À Agadez, Arlit et Tchirozérine, l’accès aux services essentiels dépend encore d’un équilibre fragile. Une panne électrique peut ralentir les pompes à eau, perturber les commerces et compliquer l’approvisionnement en gaz ou en carburant. Dans cette région du nord du Niger, les habitants demandent désormais autre chose que des réparations ponctuelles : une solution durable.
Un problème qui dépasse les coupures de courant
Depuis plusieurs semaines, les principales villes de la région d’Agadez font face à des difficultés simultanées. L’électricité manque par moments. L’eau potable n’arrive pas régulièrement dans certains quartiers. Le gaz domestique et le carburant deviennent également plus difficiles à trouver.
Cette accumulation transforme une panne technique en problème social. Les ménages doivent parfois modifier leurs horaires, stocker de l’eau ou chercher du gaz dans d’autres points de vente. Les petits commerces, eux, subissent directement les conséquences des coupures.
Les produits conservés au froid peuvent se détériorer. Les ateliers qui utilisent des machines réduisent leur activité. Les vendeurs de boissons, les restaurateurs et les artisans perdent des heures de travail. Dans une économie où l’activité informelle occupe une place importante, chaque interruption pèse rapidement sur les revenus.
« Pendant cette période pluvieuse, il y a beaucoup de moustiques, et quand il n’y a pas d’électricité et qu’il n’y a pas de ventilateurs qui brassent l’air, c’est invivable », a expliqué Barka Alhassane, président du Collectif des organisations de la société civile de la région d’Agadez. Il a également alerté sur les pertes des commerçants et sur la baisse de production des petits opérateurs.
Un réseau électrique sous pression
La région du nord est largement alimentée par la Société nigérienne du charbon, la SONICHAR. Installée à Anou Araren, près de Tchirozérine, cette entreprise exploite le charbon pour produire de l’électricité destinée aux villes d’Agadez, d’Arlit et de Tchirozérine, ainsi qu’aux activités minières.
Le dispositif reste toutefois vulnérable. Un bulletin conjoint de la Direction de la météorologie nationale et du Programme alimentaire mondial indique que la zone nord dispose d’une puissance installée de 36 mégawatts, alors que la demande peut atteindre 50 mégawatts. Pour les trois principales villes desservies par la NIGELEC, la demande est estimée à environ 20 mégawatts.
La NIGELEC, société publique chargée de la distribution de l’électricité, doit donc gérer un écart durable entre la production disponible et les besoins. Les infrastructures vieillissantes aggravent cette tension. La SONICHAR fonctionne avec des équipements mis en service depuis plusieurs décennies, selon des responsables régionaux et des documents techniques nigériens.
En juin 2025, le gouverneur de la région d’Agadez indiquait que les villes d’Agadez, de Tchirozérine et d’Arlit recevaient environ 7 mégawatts pour des besoins dépassant 17 mégawatts. Il signalait aussi l’arrivée de plus de 7 400 nouveaux branchements depuis le début de l’année. La demande progresse donc plus vite que les capacités du réseau.
Les intempéries peuvent encore aggraver la situation. En août 2025, la chute de plusieurs poteaux électriques sur l’axe reliant Arlit à Tchirozérine avait privé Arlit d’alimentation pendant plusieurs jours. La NIGELEC et la SONICHAR avaient alors mobilisé leurs équipes pour rétablir le service.
L’eau dépend aussi de l’électricité
La crise énergétique se répercute directement sur l’approvisionnement en eau. Les stations de pompage ont besoin d’une alimentation régulière. Lorsque le courant s’interrompt, le redémarrage des installations peut prendre du temps, surtout quand les équipements sont éloignés des centres urbains.
Selon la Direction régionale de l’Hydraulique et de l’Assainissement, la production quotidienne d’Agadez atteint environ 19 500 mètres cubes, pour un besoin estimé à 25 000 mètres cubes. À Arlit, la production est évaluée à 5 200 mètres cubes par jour, contre un besoin proche de 12 000 mètres cubes.
Ces chiffres décrivent une insuffisance structurelle, et non une simple panne locale. Ils expliquent pourquoi certains quartiers peuvent rester plusieurs jours avec une desserte réduite. En janvier 2025, la société civile d’Agadez avait déjà signalé des ruptures liées à la panne d’une pompe de la station d’Afara et aux délais nécessaires pour activer un groupe électrogène.
La situation n’est cependant pas uniforme. Les centres urbains disposent de réseaux organisés, tandis que les zones rurales dépendent davantage de forages, de postes d’eau autonomes et de stations de pompage pastorales. Une panne peut donc avoir des effets très différents selon la distance, les revenus des ménages et la disponibilité de solutions de remplacement.
Gaz et carburant : une autre chaîne de fragilité
Les difficultés d’approvisionnement ne concernent pas uniquement l’électricité et l’eau. Le gaz domestique manque également par moments dans les villes d’Agadez et d’Arlit. En juin 2026, les autorités régionales ont dénoncé la dissimulation de stocks, la revente à des prix supérieurs au tarif officiel et la réorientation de bouteilles vers des sites d’orpaillage ou de maraîchage.
Le carburant connaît, lui aussi, des tensions. Les autorités d’Agadez ont annoncé des contrôles renforcés dans les stations-service, avec la constitution de stocks de sécurité et des mesures contre la spéculation. Ces difficultés touchent les transporteurs, les groupes électrogènes, les exploitants agricoles et les ménages qui dépendent de la mobilité pour travailler ou se ravitailler.
Dans le nord nigérien, les différents services forment une seule chaîne. Le carburant fait fonctionner les générateurs. L’électricité alimente les pompes. L’eau soutient les ménages, les commerces et les activités agricoles. Une rupture à un niveau se propage rapidement aux autres.
Un enjeu national et régional
La réponse ne peut donc pas se limiter à l’entretien d’une centrale ou au remplacement d’une pompe. Elle suppose de renforcer la production, de moderniser les lignes, de sécuriser les stocks et d’améliorer la coordination entre la NIGELEC, la SONICHAR, la Nigérienne des Eaux et les autorités locales.
Le Niger reste confronté à un accès limité à l’électricité. Selon un bulletin national consacré à l’énergie, le taux d’accès s’élevait à 21,45 % en 2024, avec moins de 3 % dans les zones rurales. La question d’Agadez rejoint donc un défi national : étendre les réseaux tout en garantissant une fourniture régulière dans les villes déjà raccordées.
Elle s’inscrit aussi dans une reconfiguration régionale. Le retrait du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, est devenu effectif le 29 janvier 2025, en même temps que celui du Mali et du Burkina Faso. Cette évolution impose de préserver les circuits d’approvisionnement et les coopérations techniques par d’autres mécanismes, notamment dans une région où les échanges de carburant, d’équipements et de compétences restent essentiels.
Pour les habitants d’Agadez, le calendrier des annonces compte moins que la régularité du service. La priorité sera de voir si les mesures engagées produisent des résultats mesurables : davantage de mégawatts disponibles, des pompes opérationnelles, des stocks accessibles et une distribution mieux contrôlée. Sans cela, chaque nouvelle panne continuera de fragiliser à la fois les ménages et l’économie locale.
Consulter le bulletin nigérien sur l’énergie dans la région d’Agadez
Lire les données régionales sur l’accès à l’eau potable
Voir les explications des autorités d’Agadez sur le déficit électrique