Pour une usine d’aluminium, l’électricité n’est pas un poste secondaire : elle conditionne directement les coûts de production et la capacité à vendre sur les marchés extérieurs. Dans le sud de l’Égypte, un nouveau projet solaire doit fournir une part importante de cette énergie, tout en posant une question concrète : comment intégrer une production variable au réseau national ?

Un projet industriel ancré dans le sud de l’Égypte

Le 26 octobre 2026, des accords relatifs au projet Dandara ont été signés en présence du Premier ministre Mostafa Madbouly. Le site est prévu à Nagaa Hammadi, dans le gouvernorat de Qena, en Haute-Égypte. L’installation doit associer 1 000 mégawatts de panneaux solaires à des batteries capables de stocker 200 mégawattheures.

Le projet sera construit en deux étapes. Chacune prévoit 500 mégawatts de solaire et 100 mégawattheures de stockage. À terme, Dandara doit couvrir environ un tiers des besoins électriques d’EgyptAlum, la Société égyptienne de l’aluminium, selon les autorités égyptiennes. L’entreprise exploite un important complexe industriel à Nagaa Hammadi.

Le montage annoncé réunit le développeur norvégien Scatec, la Banque européenne d’investissement, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Banque africaine de développement (BAD). La Banque nationale d’Égypte doit également prendre une participation dans la société de projet. Les accords couvrent aussi le raccordement au réseau électrique. Le coût total annoncé avoisine 650 millions de dollars.

Il s’agit toutefois d’une étape de financement et de mise en œuvre, pas de la mise en service d’une centrale déjà achevée. En juillet, la BAD avait approuvé jusqu’à 66 millions de dollars pour la première phase, estimée à plus de 290 millions. La banque prévoyait alors une entrée en service au début de 2028. Elle estime que cette première tranche pourrait produire 1 373 gigawattheures par an. Ces données concernent la première phase, et non l’ensemble du projet.

Le stockage, pièce maîtresse de l’approvisionnement

Le soleil ne produit pas au même rythme que les besoins d’une usine, qui peut fonctionner en continu. Les batteries doivent donc conserver une partie de l’électricité produite pendant la journée, puis la restituer lorsque la production solaire baisse, notamment le soir. Elles peuvent aussi aider à limiter les variations envoyées sur le réseau.

La première phase doit vendre son électricité à EgyptAlum au titre d’un contrat d’achat sur 25 ans. Un tel contrat fixe dans la durée les conditions d’approvisionnement. La BAD indique que l’accord sera complété par un dispositif de transport de l’électricité sur le réseau national. La centrale peut ainsi être située loin des installations de l’acheteur, sans qu’une ligne privée directe soit nécessaire.

Pour EgyptAlum, l’enjeu est à la fois énergétique et commercial. L’accès à une électricité moins carbonée peut réduire l’exposition aux fluctuations des combustibles et renforcer la position de l’aluminium égyptien sur des marchés où l’empreinte carbone compte davantage. La BERD souligne qu’environ 60 % des exportations d’aluminium de l’entreprise sont destinées à l’Union européenne. Cela ne garantit pas, à lui seul, un avantage commercial : le coût réel de l’électricité, la fiabilité de la livraison et les règles applicables aux importations resteront déterminants.

Le chantier devrait aussi créer des emplois temporaires dans le gouvernorat de Qena, puis un nombre plus limité de postes permanents pour l’exploitation. Ces retombées locales dépendront notamment des recrutements, de la formation proposée et de la part des entreprises égyptiennes dans les travaux. La documentation de la BAD évoque environ 2 500 emplois durant la construction et 23 postes permanents, des estimations qui ne doivent pas être confondues avec des emplois déjà créés.

Une trajectoire énergétique ambitieuse, sous contrainte de réseau

Dandara s’inscrit dans le mouvement engagé par l’Égypte pour accroître la part des énergies renouvelables dans son électricité. Le 22 octobre, le ministre de l’Électricité Mahmoud Esmat a annoncé un objectif de 45 % d’énergies renouvelables d’ici 2028, avancé par rapport à la cible précédente de 42 % en 2030. Selon Ahram Online, le pays disposait alors de 10,5 gigawatts de capacités renouvelables raccordées au réseau et de 1,1 gigawatt de stockage.

Ces ambitions rencontrent un défi technique : raccorder rapidement de nouvelles centrales, transporter l’électricité et équilibrer l’offre avec la demande. Le solaire produit surtout en journée, tandis que les besoins industriels et résidentiels ne suivent pas nécessairement le même calendrier. Dandara associe donc une centrale et des batteries à un accord de raccordement, mais ne règle pas à lui seul les besoins d’extension et de modernisation du réseau.

Le projet s’ajoute à d’autres investissements de Scatec en Égypte, dont Obelisk, également situé dans la région de Nagaa Hammadi. Cette concentration de projets peut soutenir l’activité locale et accélérer l’apprentissage autour du stockage. Elle renforce aussi l’importance des infrastructures communes : lignes électriques, règles d’accès au réseau et capacité à gérer plusieurs sources d’énergie.

Un enjeu qui dépasse les frontières égyptiennes

L’Égypte appartient à l’Union du Maghreb arabe (UMA), organisation régionale d’Afrique du Nord, et à l’Union africaine. Dandara ne constitue pas un projet régional au sens d’une interconnexion entre pays. Sa portée continentale tient plutôt à son modèle : associer un acheteur industriel, un producteur solaire, des batteries et des financements publics et privés afin de décarboner une activité exportatrice.

La BAD présente la première phase comme un exemple de contrat d’électricité renouvelable destiné à une grande entreprise. Pour d’autres pays africains, cette formule pourrait intéresser les industries dont la consommation est élevée et régulière. Elle suppose néanmoins des accords bancables, un réseau fiable et des garanties adaptées aux risques de financement. Le niveau de participation de la Banque nationale d’Égypte et la répartition complète des financements n’étaient pas détaillés dans les informations publiques consultées.

Les prochaines étapes à suivre sont donc précises : finalisation des financements, raccordement, démarrage des travaux et respect de l’échéance de début 2028 annoncée pour la première phase. Il faudra aussi vérifier la production effectivement livrée à EgyptAlum, plutôt que de s’en tenir aux capacités prévues. Pour l’Égypte, Dandara sera un test de la capacité à convertir ses objectifs renouvelables en électricité fiable pour l’industrie, sans négliger les besoins du réseau et des populations.

Sources de vérification : Service d’information de l’État égyptien, Al-Ahram Business, Banque africaine de développement, BERD, Ahram Online et Reuters.