Être propriétaire d’un opérateur télécom ne garantit pas sa place dans les téléphones des abonnés. En Guinée, l’État détient désormais tout Areeba, mais l’entreprise perd du terrain face à Orange sur la téléphonie, l’Internet mobile et le mobile money.

Un opérateur public à redresser

Le président Mamadi Doumbouya a nommé Mamy Diaby directeur général d’Areeba Guinée et Mohamed Diallo directeur général adjoint. Le décret a été rendu public le 26 octobre 2026, d’après plusieurs médias guinéens. La nouvelle équipe prend les commandes d’une société qui doit à la fois rétablir ses finances et regagner des clients.

Cette nomination intervient après une reprise progressive par l’État. Le 30 décembre 2024, les autorités ont racheté les 75 % détenus par le groupe sud-africain MTN. Puis, le 11 décembre 2025, un décret a consacré la détention intégrale du capital par l’État. Le ministère de l’Économie et des Finances indique qu’un diagnostic conduit par le cabinet EY avait révélé une situation de quasi-insolvabilité.

En juillet 2025, les actionnaires ont adopté une opération dite de « coup d’accordéon » : une réduction du capital pour absorber des pertes, suivie d’une augmentation par conversion de créances de l’État. Des discussions avec des créanciers publics, dont l’administration fiscale et l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT), visent également un allègement du passif. Le ministère évoque un éventuel remboursement si la situation financière s’améliore.

Cette restructuration est une étape comptable, pas un redressement commercial à elle seule. Areeba doit aussi financer son réseau, améliorer la qualité de service et étendre sa couverture, notamment en 4G. Ces investissements pèseront sur les ressources d’une entreprise que le ministère décrit comme financièrement fragilisée.

Des écarts qui se creusent sur le marché

Les derniers chiffres publiés par l’ARPT montrent l’ampleur du défi. Au deuxième trimestre 2026, Orange détenait 85,4 % du parc d’abonnés mobiles, contre 13,4 % pour Areeba et 1,2 % pour Cellcom. Le parc national comptait alors 13,2 millions d’abonnés. L’observatoire de l’ARPT, régulateur guinéen du secteur, publie également des indicateurs distincts pour les appels, l’Internet mobile et le paiement numérique.

Sur l’Internet mobile, le recul est encore plus net : la part d’Areeba dans le parc d’abonnés est passée de 20,4 % fin 2024 à 8,5 % en juin 2026, tandis que celle d’Orange atteignait 90,9 %. Pour le mobile money, Areeba est passé de 11 % à 6 % du marché sur la même période. Orange est passé de 89 % à 94 %.

Les données de revenus fournies pour le deuxième trimestre 2026 soulignent elles aussi le contraste : Areeba aurait enregistré 101 milliards de francs guinéens, contre 208 milliards un an auparavant, soit une baisse de 51,4 %. Orange aurait atteint 2 573 milliards de francs guinéens, en hausse de 23,4 % sur un an. Ces montants sont rapportés dans la matière disponible ; la page publique de l’ARPT confirme la publication d’un observatoire pour ce trimestre, mais ne rend pas directement visibles les tableaux détaillés consultés ici.

Les parts de marché ne disent pas tout de l’expérience des usagers. Elles indiquent toutefois que l’enjeu ne se limite pas à préserver une entreprise publique ou ses emplois. Pour les abonnés, la couverture, la stabilité du réseau, le prix des forfaits et la disponibilité des services financiers mobiles sont des critères concrets. Les écarts entre la capitale, Conakry, et les zones moins densément desservies peuvent aussi rendre les investissements de réseau particulièrement décisifs.

La responsabilité de l’État actionnaire

La reprise d’Areeba place l’État dans une double position : actionnaire unique et autorité publique chargée de garantir un secteur concurrentiel. L’ARPT conserve un rôle central de régulation et de publication des données. La séparation entre gestion de l’entreprise et contrôle du marché sera essentielle pour préserver la confiance des clients, des créanciers et des autres opérateurs.

La CEDEAO, communauté économique regroupant des pays d’Afrique de l’Ouest, constitue le cadre régional de coopération. Mais le défi immédiat se joue en Guinée : transformer le contrôle public en service fiable, sans faire peser durablement les pertes sur les finances publiques. La nomination de Mamy Diaby ouvre une nouvelle séquence de gestion ; elle ne garantit pas, à elle seule, le retour d’Areeba dans la course.

Les prochains indicateurs de l’ARPT permettront de mesurer si l’opérateur stabilise son parc, ses revenus et ses services numériques. Il faudra aussi suivre les investissements annoncés, la mise en œuvre des accords avec les créanciers et les résultats de la nouvelle direction. Pour les autorités, l’enjeu est désormais de démontrer que la propriété publique peut s’accompagner d’une amélioration visible pour les abonnés.