Afema n’est pas encore une mine. Mais le projet aurifère du sud-est ivoirien entre dans une phase où les décisions financières, les études techniques et la place de l’État pèseront autant que les ressources annoncées. Turaco Gold veut réunir jusqu’à 130 millions de dollars australiens pour préparer les prochaines étapes et racheter la participation de son partenaire Sodim.
Un projet minier à consolider dans un secteur en croissance
La Côte d’Ivoire cherche à diversifier son économie et à accroître sa production d’or. Les données publiques ivoiriennes indiquent une progression rapide de l’activité minière ces dernières années. Cette dynamique s’inscrit dans une Afrique de l’Ouest où plusieurs pays développent leurs ressources aurifères, mais où les choix de propriété, de fiscalité et de retombées locales restent déterminants.
Afema se situe dans le sud-est du pays. Le projet est porté par Turaco Gold, société australienne cotée à la Bourse australienne. Sodim détient encore une part minoritaire. Le cadre ivoirien prévoit aussi une participation de l’État dans les sociétés d’exploitation : la participation publique annoncée pour Afema est de 10 %, sans contribution au financement du projet.
À l’échelle régionale, les enjeux dépassent la seule entreprise. La Côte d’Ivoire est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, qui rassemble des pays liés par des échanges et des politiques régionales. Pour les investisseurs, la stabilité du cadre minier ivoirien compte dans leurs arbitrages face aux autres projets ouest-africains. Pour les populations, l’enjeu est aussi de savoir quelle part de l’activité bénéficiera aux territoires proches du site.
Une levée de fonds pour financer l’acquisition et les études
Le 29 octobre 2026, Turaco a annoncé un placement d’actions de 120 millions de dollars australiens, complété par un plan d’achat d’actions pouvant atteindre 10 millions. L’enveloppe totale visée est donc de 130 millions de dollars australiens. La conversion en dollars américains varie selon le taux retenu ; le montant en devise australienne est le chiffre de référence annoncé par la société.
Le placement se divise en deux tranches. La première, de 97,1 millions de dollars australiens, doit être réalisée sans vote préalable des actionnaires. La seconde, de 23 millions, dépend de leur approbation lors d’une assemblée générale attendue début décembre. Le plan d’achat d’actions est, lui, destiné aux actionnaires éligibles en Australie et en Nouvelle-Zélande. Ces opérations annoncées ne signifient pas que tous les fonds sont déjà levés.
Turaco prévoit d’utiliser une partie de ces ressources pour acquérir les 20 % détenus par Sodim. L’accord évoque une contrepartie de 30 millions de dollars américains en numéraire, à laquelle s’ajoutent des actions et des options. La transaction n’est pas encore finalisée : elle dépend notamment des approbations requises. Si elle aboutit, Turaco détiendrait l’intégralité de la participation privée dans le projet, tandis que l’État ivoirien conserverait sa part non contributive de 10 %.
Le financement doit aussi soutenir les travaux d’ingénierie, la préparation du site et la construction envisagée d’un camp minier. Ces étapes précèdent une décision finale d’investissement, ou FID : c’est le moment où l’entreprise décide de lancer — ou non — la construction après avoir évalué les coûts, les risques et les perspectives économiques.
La faisabilité reste à confirmer
En juin 2026, l’étude de préfaisabilité d’Afema a estimé une production moyenne d’environ 200 000 onces d’or par an sur une durée initiale de 10,3 ans. Elle chiffre l’investissement de départ à environ 410 millions de dollars américains. Ces estimations décrivent un scénario d’étude ; elles ne constituent ni une production actuelle ni une garantie de rentabilité.
La prochaine étude, dite de faisabilité définitive (DFS), est attendue au deuxième trimestre 2027. Elle doit affiner les paramètres techniques et économiques avant la décision d’investissement. Elle pourra préciser les coûts de construction et d’exploitation, le calendrier, ainsi que les ajustements nécessaires à la conception de la mine. L’écart entre les fonds levés aujourd’hui et le coût estimé de construction rappelle qu’un financement complémentaire sera nécessaire si le projet passe à la phase de réalisation.
Le calendrier financier comporte lui aussi des conditions. La première tranche est annoncée pour début novembre, la clôture du plan d’achat d’actions pour le 16 novembre, et la seconde tranche reste soumise au vote des actionnaires. L’accord avec Sodim et les titres prévus dans la transaction appellent également les validations prévues. Tant que ces étapes ne sont pas franchies, la consolidation de la propriété et le calendrier de développement demeurent conditionnels.
Retombées locales et points de vigilance
Pour Turaco et ses investisseurs, l’opération vise à simplifier la structure de propriété et à financer les études en amont d’une éventuelle mine. Pour l’État, la participation prévue ouvre une place au capital, mais ne suffit pas à mesurer les bénéfices publics : les recettes dépendront aussi des règles fiscales, des paiements effectifs et du partage des risques. Pour les habitants et les activités locales, les effets dépendront notamment des emplois réellement créés, des achats auprès d’entreprises ivoiriennes et des conséquences des travaux sur les usages du territoire.
La société évoque une mise en production possible en 2029. Cette échéance reste un objectif, pas une date acquise. La publication de la DFS en 2027, les autorisations, le financement de la construction et les décisions des actionnaires seront autant de jalons à suivre. D’ici là, Afema reste un projet en développement, et non une nouvelle mine en activité.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est de transformer la croissance de l’or en retombées durables et vérifiables. Le développement d’Afema donnera une indication concrète de la manière dont le pays articule investissement étranger, participation publique et bénéfices locaux, dans un secteur stratégique pour l’économie nationale et suivi de près par ses voisins ouest-africains.