Un placement de 5,1 millions de dollars australiens peut-il peser sur l’avenir d’un projet aurifère ivoirien ? Pour PDI Gold, l’intérêt dépasse la simple détention d’actions : l’opération doit contribuer à financer de nouveaux travaux à Zaranou, dans l’est de la Côte d’Ivoire. Mais une ressource minérale estimée ne garantit ni une mine, ni des retombées locales.

Un secteur aurifère qui attire de nouveaux capitaux

La Côte d’Ivoire renforce progressivement sa place parmi les producteurs d’or d’Afrique de l’Ouest. Le portail économique national estime la production à 61 tonnes en 2025 et prévoit 63 tonnes en 2026. Ces chiffres illustrent la montée en puissance du secteur, portée par de nouvelles mines et des projets encore en exploration.

Cette croissance s’inscrit dans une région où les investissements miniers circulent entre plusieurs pays. PDI Gold est déjà présente en Guinée et au Mali. En Côte d’Ivoire, elle a commencé à investir dans l’exploration en prenant une participation dans Awalé Resources, qui travaille sur le projet Odienné, au nord-ouest du pays.

Le pays est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui regroupe des États de la région autour de la coopération économique. Pour les sociétés minières, cette proximité régionale facilite la comparaison des projets et des cadres d’investissement. Elle ne dispense toutefois pas chaque entreprise de respecter les règles ivoiriennes ni de répondre aux attentes des communautés concernées.

Zaranou : financer les prochains forages

Le 2 novembre 2026, PDI Gold a annoncé son intention d’investir 5,1 millions de dollars australiens, soit environ 3,6 millions de dollars américains, dans Skylark Minerals. À l’issue de l’opération, PDI viserait 9,9 % du capital de cette société australienne. L’investissement s’inscrit dans une levée de fonds plus large destinée à soutenir les activités de Skylark.

Une partie des capitaux doit servir à financer des forages supplémentaires sur le projet Zaranou et à faire progresser la participation de Skylark dans cet actif. La société souhaite aussi étendre les travaux d’exploration. Selon son annonce, la prise de participation de PDI dépend de la finalisation des différentes tranches du placement et des approbations requises. Elle ne doit donc pas être présentée comme déjà entièrement réalisée.

Skylark a annoncé en octobre une ressource minérale inférée de 1,2 million d’onces d’or à Zaranou, soit 29 millions de tonnes de minerai à une teneur moyenne de 1,28 gramme d’or par tonne. Le chiffre est exprimé sur la base de l’ensemble du projet. Une ressource « inférée » est une estimation fondée sur des données géologiques encore limitées : elle comporte davantage d’incertitude qu’une ressource mesurée ou indiquée et ne constitue pas, à elle seule, une réserve exploitable.

Les données publiées par Skylark et celles rapportées par le média financier ivoirien Sika Finance sur Zaranou concordent sur l’ordre de grandeur de cette ressource. Cette estimation reste néanmoins une donnée de prospection, pas une mesure de production future.

Deux investissements, une stratégie d’exposition

La démarche prolonge l’entrée de PDI au capital d’Awalé Resources. En juillet 2026, la société avait annoncé un investissement de 10 millions de dollars américains pour acquérir environ 12,3 % d’Awalé. Le projet Odienné rassemble plusieurs permis d’exploration dans le nord-ouest ivoirien. Awalé y mène des travaux avec Newmont sur une partie du périmètre et conserve d’autres cibles à étudier.

En prenant une participation dans des sociétés d’exploration, PDI s’expose à la valeur potentielle de plusieurs projets sans en devenir directement l’opérateur. Si les forages aboutissent et que les ressources progressent, la valeur des sociétés peut évoluer. À l’inverse, les résultats géologiques peuvent être décevants, les coûts augmenter ou les étapes réglementaires retarder un projet. L’investissement annoncé ne vaut donc ni promesse de découverte ni engagement à construire une mine.

La logique est aussi financière : les petites sociétés minières ont souvent besoin de nouveaux capitaux pour poursuivre les forages, tandis que leurs investisseurs cherchent à répartir le risque entre plusieurs actifs. PDI indique vouloir réexaminer régulièrement sa participation dans Skylark. Cela ne signifie pas qu’un rachat ou une hausse de sa part soit décidé.

Ce que les chiffres ne disent pas encore

Pour les Ivoiriens, l’enjeu ne se limite pas au montant des placements ou à la taille estimée du gisement. Zaranou reste un projet d’exploration. Les annonces disponibles portent sur des ressources et des financements, pas sur un calendrier de construction ou une date de production. Les effets sur l’emploi, les fournisseurs locaux et les recettes publiques ne peuvent donc pas encore être établis à partir de ces seules données.

Les prochaines étapes seront déterminantes : clôture du placement, progression de la participation de Skylark dans le projet et résultats des forages. Si les travaux confirment le potentiel géologique, le débat se déplacera vers les autorisations, les infrastructures, la gestion des terres et la répartition des bénéfices. Ces questions concernent aussi bien les autorités nationales que les collectivités proches du site.

À l’échelle ouest-africaine, les opérations d’Awalé et de Skylark montrent que les capitaux miniers peuvent soutenir plusieurs projets d’exploration dans un même pays. Elles témoignent de l’intérêt des investisseurs pour le potentiel aurifère ivoirien, mais ne préjugent pas de l’issue des projets. À Yamoussoukro, comme dans les localités concernées, le suivi devra porter autant sur les résultats géologiques que sur les conditions concrètes d’un éventuel développement minier.