Une contestation politique qui dépasse le simple bilan
À Bangui, le débat ne porte plus seulement sur les promesses. Il touche désormais à ce que les Centrafricains voient, ou ne voient pas, dans leur quotidien : l’eau, les soins, l’emploi, l’électricité et la circulation de l’argent public. Dans un pays où les recettes restent fragiles et où l’économie dépend encore fortement des secteurs primaires, chaque franc collecté compte. Les institutions financières internationales rappellent d’ailleurs que la République centrafricaine reste confrontée à des finances publiques structurellement tendues, malgré une reprise de l’activité et un meilleur recouvrement des recettes.
C’est dans ce contexte que le Bloc républicain pour la défense de la Constitution a dressé un réquisitoire sévère contre les six premiers mois du nouveau mandat du président Faustin-Archange Touadéra. La plateforme d’opposition dit ne pas voir d’amélioration nette dans les services sociaux de base et accuse le pouvoir de ne pas respecter certaines décisions du Conseil constitutionnel. Le pouvoir, de son côté, défend une lecture opposée, fondée sur les progrès enregistrés depuis 2016.
L’or, nerf du débat politique et budgétaire
Le point le plus sensible reste le secteur minier. Lors d’une conférence de presse le vendredi 11 septembre, Martin Ziguélé, porte-parole du BRDC, a mis en cause la gestion de l’or centrafricain et demandé qui exploite réellement le gisement de Ndassima. Il a aussi interrogé l’écart entre les volumes d’exportation évoqués dans le débat public et les recettes fiscales effectivement reversées au Trésor. Sur ce terrain, la prudence s’impose : les chiffres avancés par l’opposition doivent être lus comme des allégations politiques tant qu’ils ne sont pas recoupés par des données publiques détaillées.
Le sujet n’est pas anodin. Le ministère des Mines rappelle que toute activité minière en République centrafricaine nécessite un titre, une autorisation ou une convention de développement minier, dans le cadre du code minier. Le même ministère indique que le Comptoir des Minéraux et Gemmes a été créé pour générer des revenus au profit de l’État, en réponse à la fraude et à la contrebande sur le diamant et l’or. Autrement dit, la bataille autour de Ndassima dépasse la politique : elle engage la transparence des permis, la traçabilité des exportations et la capacité de l’État à convertir la richesse du sous-sol en ressources budgétaires visibles.
Les données économiques récentes confirment l’enjeu. La Banque africaine de développement note que la croissance centrafricaine a atteint 3,3 % en 2025, portée notamment par l’agriculture, la foresterie, les mines, la construction et la remise en marche de certains services. Mais cette amélioration n’efface pas les fragilités : le déficit budgétaire reste important, la pauvreté monétaire demeure élevée et le sous-emploi touche une large part de la population. Le Fonds monétaire international souligne, lui aussi, que les finances publiques restent sous pression, malgré les réformes de digitalisation fiscale et la volonté de mieux encadrer les exonérations.
Deux récits du pouvoir, une même attente sociale
Le 13 août, à l’occasion de la fête de l’indépendance, Faustin-Archange Touadéra a défendu un bilan de progrès dans la sécurité, la santé, l’énergie et l’éducation. Ce récit officiel s’inscrit dans une séquence bien connue à Bangui : l’exécutif met en avant les infrastructures, les réformes sectorielles et la reprise progressive de l’État, tandis que l’opposition insiste sur le décalage entre annonces nationales et réalités locales. Dans la capitale, les administrations fonctionnent davantage ; dans plusieurs zones de province, l’accès aux services reste beaucoup plus irrégulier.
Cette tension politique a aussi une dimension institutionnelle. La République centrafricaine appartient à la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, où les États partagent le franc CFA et une partie de leur cadre monétaire. La BEAC observe d’ailleurs une embellie des activités minières dans la zone, portée notamment par l’or en Centrafrique. Mais cette reprise ne devient utile politiquement que si elle nourrit le budget, finance les services publics et réduit la dépendance aux appuis extérieurs. Sans cela, la richesse minière reste un moteur macroéconomique sans effet visible pour la majorité.
Le fond du dossier est là : le pouvoir parle de consolidation, l’opposition parle de promesses non tenues, et la population juge sur pièces. En République centrafricaine, l’or, les exonérations fiscales, les permis miniers et les dépenses sociales forment un même système. Tant que le lien entre richesse extraite et budget public restera flou, la controverse sur Ndassima restera aussi une controverse sur la qualité de l’État.
Ce que l’affaire dit de la RCA et de l’Afrique centrale
Au-delà de Bangui, l’épisode illustre un enjeu plus large en Afrique centrale : comment transformer une reprise minière en contrat social crédible. La question se pose pour la République centrafricaine, mais aussi pour l’ensemble de la CEMAC, où la faible diversification, la pression sur les recettes et les attentes sociales restent fortes. Le prochain test sera celui des chiffres publics, des audits, des permis réellement actifs et de la part des revenus miniers qui remonte au Trésor. C’est là que se mesurera, concrètement, la portée du nouveau mandat.