Un crédit qui progresse dans un pays peut se contracter dans le voisin. En 2025, les banques de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ont accru leurs prêts dans quatre États, tandis que le Tchad et la Guinée équatoriale ont enregistré des replis. Les dépôts, eux aussi, ont suivi des trajectoires différentes.
Une zone monétaire, six marchés bancaires différents
La CEMAC réunit le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad. Ces pays partagent notamment le franc CFA d’Afrique centrale et une banque centrale, la BEAC. La COBAC, Commission bancaire de l’Afrique centrale, supervise les banques et veille au respect des règles prudentielles.
Cette intégration n’efface pas les écarts entre économies nationales. Le poids des secteurs pétrolier, public et privé varie selon les pays. La taille des réseaux bancaires et la capacité des entreprises à présenter des projets finançables diffèrent également. Les chiffres régionaux peuvent donc masquer des situations locales très contrastées.
À l’échelle de la zone, les crédits bruts à la clientèle ont progressé de 12 % en 2025, à près de 13 998 milliards de FCFA, d’après les données du rapport annuel de la COBAC. Les dépôts ont atteint 19 065 milliards, en hausse de 5,9 %. Le crédit a ainsi augmenté plus vite que les ressources confiées aux banques.
Le crédit accélère au Congo et au Cameroun
La hausse des prêts est particulièrement marquée au Congo (Brazzaville), où les encours de crédits bruts ont progressé de 17,5 %. Le Cameroun suit avec 15,1 %, devant le Gabon, à 12,6 %, et la République centrafricaine, à 5,9 %. À l’inverse, les crédits ont reculé de 8,4 % au Tchad et de 1,2 % en Guinée équatoriale.
Le secteur privé a reçu 75,1 % du total des crédits bruts accordés dans la région en 2025, selon les chiffres rapportés de la COBAC. Cette part indique où va l’essentiel des financements, mais ne mesure pas à elle seule leur accessibilité pour les petites entreprises ou les ménages. Elle ne renseigne pas non plus sur les taux appliqués ni sur la répartition des prêts entre grandes sociétés et acteurs de proximité.
Les évolutions nationales méritent donc d’être lues avec prudence. Une progression de l’encours peut refléter davantage de nouveaux prêts, mais aussi la concentration des financements sur certains secteurs ou emprunteurs. Pour les entreprises, le résultat concret dépendra de la capacité des crédits à soutenir l’investissement et l’activité, au-delà des grands agrégats bancaires.
Les dépôts montent, mais pas partout
La collecte de l’épargne a le plus progressé en République centrafricaine : +11,8 %, soit 38 milliards de FCFA supplémentaires. Le Cameroun a enregistré 794 milliards de dépôts additionnels (+9,5 %), le Gabon 233 milliards (+7,7 %) et le Congo 60 milliards (+2,2 %).
Les replis concernent le Tchad, où les dépôts ont diminué de 1,7 %, soit 31 milliards de FCFA, et la Guinée équatoriale, avec une baisse de 1,4 %, soit 24 milliards. Ces mouvements ne suffisent pas à établir pourquoi les ressources ont diminué. Ils signalent toutefois une différence importante pour les banques : les dépôts constituent une source majeure de financement de leur activité, aux côtés d’autres ressources.
Le Cameroun conserve la première place régionale. Ses banques détenaient 48 % des dépôts de la CEMAC en 2025, contre 46,5 % en 2024. Cette concentration donne au marché camerounais un poids déterminant dans les totaux régionaux. Elle ne signifie pas que les dépôts sont répartis de façon homogène entre les régions du pays ou entre les catégories de clients.
Dans l’ensemble de la zone, les dépôts du secteur privé ont augmenté de 8,3 %, à 14 042 milliards de FCFA à fin décembre 2025. Ils représentaient 73,7 % des ressources collectées, contre 72 % un an plus tôt. La COBAC associe notamment cette progression au rapatriement de recettes de certaines compagnies pétrolières et à la hausse des ressources apportées par des entreprises agricoles, du bâtiment et des travaux publics, des télécommunications, du commerce des produits pétroliers, du gaz et de l’électricité.
La croissance bancaire ne dit pas tout de l’accès au financement
Une hausse des dépôts et des crédits décrit une activité bancaire en expansion, mais ne garantit pas que chaque entreprise ou ménage obtient un prêt. Les besoins de financement d’une petite société, d’un commerçant du secteur informel ou d’un producteur rural diffèrent de ceux d’un grand groupe. Les données agrégées disponibles ne précisent pas la répartition des nouveaux crédits selon la taille des emprunteurs ou leur localisation.
Les résultats régionaux mettent aussi en évidence un décalage : en 2025, les crédits ont crû deux fois plus vite que les dépôts, en valeur relative. Ce constat ne suffit pas à conclure à une tension de liquidité. Il justifie néanmoins de suivre l’évolution des ressources bancaires, la qualité des prêts et les secteurs qui absorbent les financements.
Pour les autorités de la CEMAC, l’enjeu est double : préserver la solidité des établissements et soutenir un financement plus largement accessible aux économies nationales. Les prochains rapports de la COBAC permettront de voir si les écarts entre pays se prolongent, et si la progression du crédit se traduit par un accès accru au financement pour les entreprises et les ménages, au-delà des principaux marchés bancaires.