Fabriquer un vaccin ne se résume pas à installer une machine. Il faut maîtriser les procédés, garantir la qualité de chaque lot et obtenir les autorisations nécessaires. C’est à cette étape exigeante que se joue le pari algérien de développer une production locale.
Une capacité industrielle à construire, pas seulement à acheter
Le 28 octobre 2026, à l’occasion d’une visite de travail en Allemagne, le ministre algérien de l’Industrie pharmaceutique, Ouacim Kouidri, a rencontré des responsables de Syntegon. Les discussions portent sur l’acquisition, au bénéfice du groupe public Saidal, d’une ligne de production de vaccins. Le calendrier de livraison et les capacités industrielles ont été abordés, mais ni le coût, ni les volumes attendus, ni les vaccins concernés n’ont été précisés. Les négociations ne signifient donc pas encore que l’équipement a été acheté ou mis en service. L’agence Algérie Presse Service rapporte les discussions ministérielles; la presse algérienne en a également rendu compte.
La ligne envisagée doit servir de support aux accords de coopération conclus avec des fabricants internationaux, notamment pour transférer des technologies. Mais une ligne de remplissage ou de conditionnement ne garantit pas, à elle seule, la fabrication complète d’un vaccin. L’enjeu sera de savoir quelles étapes seront réalisées en Algérie, quels savoir-faire seront transmis et quelle part des matières premières restera importée.
Cette démarche s’ajoute à plusieurs projets distincts. Le 26 février 2026, Saidal a signé avec la filiale Vaccins de Sanofi un protocole d’accord pour développer et produire des vaccins à usage humain. Le 23 avril, le groupe a conclu un accord avec les entreprises indiennes ONCOSIMIS et Fabtech Technologies, présenté comme un transfert de technologie pour des vaccins innovants à usages humain et vétérinaire. Les annonces dessinent une stratégie de partenariats, mais leurs calendriers et leur articulation industrielle restent à préciser. Le protocole avec Sanofi a été annoncé par l’APS; les accords indiens ont été rapportés par la télévision publique algérienne.
Réduire une facture d’importation encore importante
Les données commerciales éclairent l’enjeu économique. En 2024, l’Algérie a importé pour environ 168,8 millions de dollars de vaccins à usage humain. La France représentait près de 83,9 millions de dollars de ces achats, l’Irlande 49,5 millions et l’Inde 18,6 millions. Ces chiffres proviennent des données UN Comtrade reprises par la Banque mondiale. Ils mesurent la valeur des échanges, pas les doses disponibles ni la capacité de substitution immédiate par une production nationale. La base WITS de la Banque mondiale détaille les importations algériennes de vaccins.
Un autre chantier est en cours à El Bouni, dans la wilaya d’Annaba. Saidal y a lancé, le 29 septembre 2025, la réalisation d’une unité de production sur un terrain de 22 267 mètres carrés. Le projet prévoit d’abord des vaccins inscrits au calendrier national, puis une éventuelle extension à d’autres produits. L’entreprise annonçait alors un délai de réalisation estimé à 24 mois. Cette installation et la ligne discutée avec Syntegon ne doivent pas être confondues : les informations publiques disponibles ne précisent pas encore comment les deux projets s’intégreront. Saidal a publié les caractéristiques du projet d’El Bouni; l’APS a aussi couvert son lancement.
Les autorités ont évoqué des économies annuelles de 150 millions de dollars, pouvant atteindre 200 millions avec la montée en puissance de la production. Il s’agit de projections, et non de résultats acquis. Leur réalisation dépendra des vaccins effectivement produits, de la demande du calendrier national, des coûts industriels et de la capacité à fournir régulièrement les établissements de santé.
Des retombées différentes selon les acteurs et les territoires
Pour l’État, produire davantage localement pourrait réduire l’exposition aux ruptures d’approvisionnement et limiter certaines dépenses en devises. Pour les équipes médicales et les familles, le résultat concret se mesurera plutôt à la disponibilité des vaccins dans les centres de santé, à leur régularité et à leur prix. Une production nationale ne garantit pas automatiquement un accès équitable : l’approvisionnement doit aussi atteindre les wilayas éloignées et suivre les besoins du calendrier vaccinal.
À Annaba, le chantier d’El Bouni peut soutenir l’activité industrielle locale et créer des besoins en emplois qualifiés. Cependant, l’essentiel de la valeur ajoutée dépendra de la profondeur de la production locale : recherche, fabrication des substances actives, contrôle qualité, remplissage et conditionnement. Si les étapes les plus sensibles restent externalisées, la dépendance se déplacera plutôt qu’elle ne disparaîtra.
Le débouché africain dépendra des normes et des marchés
Saidal affiche aussi l’ambition d’exporter vers d’autres pays africains, notamment par les programmes d’approvisionnement de l’UNICEF. Cette perspective s’inscrit dans un effort continental plus large pour renforcer la fabrication locale et diversifier les fournisseurs. Elle ne vaut toutefois pas promesse de contrats : les vaccins destinés à ces achats doivent satisfaire des exigences strictes de qualité et de préqualification, tandis que les marchés reposent sur des appels d’offres et des besoins définis. L’UNICEF décrit les exigences de contrôle et de préqualification des vaccins.
Pour l’Algérie, pays d’Afrique du Nord et membre de l’Union africaine, la question régionale est donc celle du passage de la coopération à une capacité durable. Les accords avec des groupes étrangers peuvent apporter des équipements et des savoir-faire; leur portée dépendra du transfert effectif de compétences, de la continuité des investissements et du respect des délais. La prochaine étape à suivre est la mise en œuvre concrète des projets : contrats finalisés, calendrier de livraison, démarrage de l’unité d’El Bouni et premières productions conformes aux normes. C’est à ces résultats, plutôt qu’au nombre d’annonces, que se mesurera la contribution de Saidal à l’approvisionnement algérien et africain.