Un réseau d’eau ne se résume pas aux canalisations que l’on inaugure. Il faut aussi des techniciens pour réparer les pompes, surveiller la qualité de l’eau et maintenir le service lorsque les équipements vieillissent. Sans ces compétences, un investissement peut améliorer l’accès sur le papier sans garantir un approvisionnement régulier.
À Luanda, la gouvernance de l’eau au cœur du débat
Cette question s’inscrit dans un débat plus large sur la gestion de l’eau et la prévention des tensions. La quatrième Biennale de Luanda s’est tenue les 22 et 23 octobre 2026, dans la capitale angolaise. Organisée par l’Angola, l’Union africaine et l’UNESCO, elle a placé la gouvernance de l’eau au centre de ses échanges.
Le sujet dépasse la construction d’infrastructures. Il concerne la répartition de la ressource, la coopération entre territoires et la capacité des institutions à assurer un service durable. À Luanda, les discussions ont notamment porté sur la formation, la participation des communautés et la place des femmes et des jeunes. Le gouvernement angolais a également présenté des projets liés à la lutte contre les effets de la sécheresse dans le sud du pays.
Cette approche relie l’eau potable aux enjeux de paix et de coopération, sans réduire les difficultés à une simple pénurie. Les tensions peuvent aussi venir d’un accès inégal, d’un service intermittent ou d’une gestion qui laisse certaines communautés à l’écart. Les compétences locales comptent donc autant pour exploiter les installations que pour comprendre les besoins et organiser les réponses.
Un manque de personnel documenté à l’échelle mondiale
Le rapport GLAAS 2025, publié par l’OMS et ONU-Eau à partir des réponses de 105 pays et territoires, met en évidence des lacunes importantes dans les effectifs du secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène. À l’échelle mondiale, moins d’un tiers des pays répondants déclarent disposer de ressources humaines suffisantes pour ces services.
Les données ne décrivent pas spécifiquement la situation africaine. Elles ne permettent donc pas d’affirmer que les mêmes proportions s’appliquent à chaque pays du continent. Elles signalent toutefois un enjeu utile aux responsables africains : financer des installations ne suffit pas si les services publics et opérateurs manquent de personnel qualifié pour les faire fonctionner.
Le déficit ne se limite pas au nombre de formations. Plus de 70 % des pays interrogés disent disposer d’universités ou de centres de formation liés à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. Pourtant, moins de 20 % estiment que ces établissements forment assez de professionnels pour répondre aux besoins des différents sous-secteurs. Pour les réseaux d’eau potable, seuls 18 % déclarent que les structures de formation peuvent couvrir entre 95 % et 100 % des besoins estimés.
Les obstacles tiennent aussi à la répartition des agents et aux moyens disponibles. Dans l’enquête, 39 % des pays citent la difficulté à attirer des travailleurs qualifiés dans les zones rurales pour les services d’eau potable. D’autres mentionnent le manque de ressources financières pour payer le personnel. Ces constats mondiaux ne remplacent pas des diagnostics nationaux, mais ils éclairent un problème concret : les compétences doivent être présentes là où les installations sont exploitées, y compris hors des grandes villes.
Les financements doivent couvrir la durée de vie des équipements
La Banque mondiale estime qu’environ un tiers des habitants des villes africaines disposent d’un raccordement à l’eau courante à domicile. Cette donnée concerne les zones urbaines et le raccordement au domicile : elle ne mesure pas à elle seule l’accès à toute source d’eau potable, ni la régularité du service. Elle rappelle néanmoins l’ampleur des besoins dans des villes qui grandissent rapidement.
Le 30 septembre 2025, la Banque mondiale a annoncé l’approbation d’une enveloppe pouvant atteindre 1,58 milliard de dollars pour un programme consacré à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène dans douze pays d’Afrique orientale et australe. Déployé par phases, le programme doit bénéficier à au moins 30 millions de personnes. L’annonce ne précise pas quelle part de l’enveloppe sera consacrée à la formation ou au renforcement des capacités des équipes locales.
Pour les gouvernements, les opérateurs et les bailleurs, l’enjeu est donc de relier les investissements aux dépenses de fonctionnement : entretien préventif, pièces de rechange, contrôle de la qualité et formation continue. Une conduite construite mais mal entretenue risque de produire des interruptions de service. Pour les ménages, ces interruptions peuvent signifier davantage de temps consacré à chercher de l’eau ou des dépenses supplémentaires auprès de fournisseurs. L’impact dépend du territoire et des solutions de remplacement disponibles.
Un test pour les politiques publiques et la coopération régionale
Les réponses ne seront pas identiques d’un pays à l’autre. Les besoins d’une capitale en expansion diffèrent de ceux d’une petite ville ou d’une communauté rurale. Les compétences requises varient aussi selon les choix techniques, la taille des réseaux et les responsabilités confiées aux collectivités, aux entreprises publiques ou aux opérateurs locaux.
La Biennale de Luanda a ainsi posé une question de gouvernance autant que de formation : qui planifie, qui entretient et qui rend compte de la qualité du service ? Dans les bassins d’eau partagés entre plusieurs pays, la coopération régionale peut également compter, notamment pour le suivi des ressources et la prévention des tensions. Mais elle ne remplace pas les équipes et les institutions chargées du service au niveau national et local.
Le prochain indicateur à surveiller n’est donc pas seulement le montant des financements annoncés. Il s’agit aussi de savoir si les pays publient des objectifs de recrutement et de formation, si les agents peuvent travailler dans les zones rurales et si les budgets prévoient l’entretien sur plusieurs années. C’est à cette échelle que se mesure le passage d’une infrastructure financée à un service réellement durable.