Un câble posé, un site mobile installé ou une formation achevée ne suffisent pas à transformer les usages numériques. Pour les habitants et les entreprises de Djibouti, l’enjeu est plus concret : accéder à une connexion fiable, y compris loin de la capitale, et pouvoir s’en servir pour travailler, étudier ou accomplir une démarche publique.

Deux programmes soutenus par la Banque mondiale, d’un montant total annoncé de 30 millions de dollars, doivent contribuer à cet effort. Leur état d’avancement montre toutefois que les financements engagés ne se traduisent pas encore partout par des infrastructures en service.

Deux projets, deux échelles d’intervention

Le projet Djibouti Fondement Numérique (DFN), approuvé en décembre 2021, dispose de 10 millions de dollars. Il vise à améliorer l’accès à Internet, favoriser progressivement la concurrence dans les télécommunications et développer les compétences et services numériques. La Banque mondiale présente ces objectifs comme des leviers pour élargir l’accès à une connexion de qualité et soutenir l’investissement privé.

Le second volet, l’EARDIP — le Programme d’intégration numérique régionale en Afrique de l’Est — mobilise 20 millions de dollars pour Djibouti. Il s’inscrit dans une initiative régionale destinée à renforcer les connexions haut débit entre pays et les échanges numériques transfrontaliers. La Banque mondiale décrit le programme comme un effort concernant notamment Djibouti et l’Éthiopie, tandis que l’IGAD, organisation de coopération intergouvernementale de la Corne de l’Afrique, a réuni en septembre 2026 plusieurs pays participants pour coordonner les projets régionaux.

Cette dimension compte pour Djibouti, dont l’économie et les infrastructures sont étroitement liées aux flux régionaux. La connectivité numérique complète les corridors de transport et de commerce : elle peut faciliter les services, les échanges de données et l’activité des entreprises, sans pour autant remplacer les investissements matériels ni garantir à elle seule un accès abordable.

Des progrès déclarés, des résultats à consolider

Le 25 octobre 2026, à Djibouti, le ministre de la Communication chargé des Postes et des Télécommunications, Mohamed Abdoulkader Moussa Helem, a présidé une réunion des comités de pilotage des deux projets. Les participants ont examiné les activités réalisées et celles qui restent à mener. La réunion a notamment mis en avant la nécessité d’accélérer les opérations en attente.

Pour le DFN, la coordinatrice des projets, Hawa Youssouf Kayad, a indiqué que 26 des 35 activités prévues étaient achevées. Près de 80 % des ressources étaient engagées, pour un taux de décaissement de 56 %. Neuf activités restent donc à réaliser avant la clôture programmée le 30 juin 2027. Ces chiffres ont été rapportés lors de la réunion; ils décrivent l’avancement administratif et financier, mais ne mesurent pas à eux seuls la qualité ni l’usage des services par la population.

Un rapport de suivi de la Banque mondiale publié en février 2026, cité dans les informations rendues publiques à Djibouti, faisait état de 29 sites publics et privés bénéficiant d’un accès Internet amélioré au 30 septembre 2025, sur une cible de 60. Il dénombrait aussi 6 275 utilisateurs concernés, contre un objectif de 20 000 à la clôture. En revanche, 316 personnes avaient déjà suivi un renforcement de leurs compétences numériques, dépassant la cible de 300. Les indicateurs de sites et d’usagers restent donc en deçà des objectifs annoncés, tandis que celui de la formation les dépasse.

Les données publiées par la Banque mondiale en juin 2025 signalaient déjà des retards sur certaines activités liées aux compétences numériques, notamment la mise en place d’une académie de programmation et l’intégration de formations aux cursus. Cette évolution rappelle que former des personnes, connecter des bâtiments et proposer des services utilisables sont des chantiers distincts. Leur coordination déterminera les retombées concrètes du projet.

Les infrastructures attendent encore certaines validations

L’EARDIP prévoit l’extension de liaisons terrestres transfrontalières, douze sites mobiles 4G et des boucles de fibre optique vers Dikhil, Tadjourah et Obock. Ces équipements pourraient renforcer la desserte de régions éloignées de la capitale. Mais leur mise en œuvre reste conditionnée à la validation d’études commerciales, environnementales et sociales. L’existence d’un financement ne signifie donc pas que les travaux sont achevés, ni même que chaque tracé ou installation est déjà prêt à démarrer.

Un marché public djiboutien, publié en mai 2025 pour recruter un cabinet chargé d’études d’impact environnemental et social concernant des infrastructures de fibre et des sites mobiles dans les régions du nord, confirme qu’une partie de la préparation suit les procédures requises. Cette étape doit permettre d’examiner les effets locaux et les conditions d’installation. Elle est aussi déterminante pour éviter que les besoins des communautés concernées ne soient traités comme un simple détail technique.

La gouvernance nationale prévoit un comité de pilotage et une unité d’exécution rattachés au ministère chargé des télécommunications. Un arrêté publié au Journal officiel en janvier 2025 définit ce cadre pour l’EARDIP et confie au comité des responsabilités de supervision, de suivi et d’approbation des plans d’exécution. Le défi tient désormais à la capacité de ces institutions à lever les retards, coordonner les études et suivre les résultats jusqu’à leur mise en service.

La prochaine échéance sera celle des usages

Pour les administrations et les entreprises de la capitale, une meilleure connexion peut faciliter les démarches et les échanges professionnels. Dans les régions, l’effet dépendra d’abord de l’arrivée réelle du réseau, puis de son coût, de sa stabilité et de la disponibilité des équipements. Les petites entreprises et les travailleurs de l’économie informelle ne tireront pas automatiquement profit d’une infrastructure si les services restent coûteux ou difficiles d’accès.

À l’échelle régionale, l’EARDIP s’inscrit dans les travaux de coopération autour de l’intégration numérique en Afrique de l’Est, auxquels prennent part l’IGAD et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). Des liaisons plus diversifiées peuvent soutenir les échanges de données entre pays. Mais les bénéfices dépendront aussi de règles compatibles, de réseaux entretenus et de services accessibles aux usagers.

Les prochains repères sont donc précis : la validation des études nécessaires aux infrastructures prévues, le démarrage effectif des chantiers et l’atteinte des objectifs du DFN avant le 30 juin 2027. Pour Djibouti, le bilan ne se lira pas seulement dans les montants engagés ou les kilomètres de fibre annoncés. Il se mesurera à la connexion réellement disponible pour les administrations, les entreprises et les habitants, dans la capitale comme dans les régions.