À eMalahleni, dans la province du Mpumalanga, une ancienne zone industrielle liée à l’acier accueille une nouvelle installation solaire. Pour les entreprises du site, l’enjeu est concret : ajouter une source locale d’électricité et réduire leur dépendance à un réseau où le charbon reste dominant.

Un site industriel qui change d’énergie

Le parc industriel de Highveld s’est installé sur les terrains d’un ancien complexe sidérurgique, reconverti en 2016. Le 28 octobre 2026, ses partenaires ont inauguré la deuxième phase du projet Shumbasolve. L’installation comprend 6,35 mégawatts-crête (MWp) de panneaux photovoltaïques et environ 4,5 mégawattheures (MWh) de stockage par batteries.

Selon les promoteurs, cette centrale devrait produire près de 10 gigawattheures d’électricité par an. Elle complète une première installation solaire de 3,6 MWp, mise en service en 2024, ainsi qu’une unité au gaz d’environ 1 mégavoltampère. Ensemble, les deux centrales solaires portent la capacité photovoltaïque du site à 9,95 MWp.

Le nouveau parc a été construit sur un ancien bassin de résidus industriels. Ce choix réutilise un terrain déjà transformé par les activités du complexe, plutôt que d’occuper un nouvel espace. Le stockage par batteries peut aussi aider à décaler une partie de l’électricité produite, même si les partenaires n’ont pas détaillé les modalités d’exploitation ni la durée de stockage disponible.

Le projet réunit MPower Energy, la société d’investissement Fledge Capital et Highveld Industrial Park. Il s’inscrit dans une stratégie plus large visant à faire évoluer le site d’une activité sidérurgique historique vers un parc accueillant plusieurs activités industrielles. Les données précises sur les entreprises qui consommeront l’électricité de cette deuxième phase n’ont pas été rendues publiques.

Le charbon reste au cœur du système

Cette initiative locale ne signifie pas que le système électrique sud-africain a déjà changé de visage. En 2025, le charbon a fourni environ 81 % de l’électricité du pays, tandis que le solaire et l’éolien en ont représenté ensemble près de 13 %, d’après les données d’Ember. Les statistiques officielles sud-africaines confirment cette forte dépendance : le charbon a compté pour 83 % de la production en 2024.

Le Mpumalanga concentre une grande part des activités minières et des centrales au charbon du pays. La transition y concerne donc plusieurs réalités à la fois : l’approvisionnement des entreprises, l’avenir des emplois liés aux énergies fossiles et les possibilités de reconversion des territoires industriels. La nouvelle centrale constitue un ajout mesurable à l’offre locale, mais elle ne remplace pas à elle seule les infrastructures existantes.

Pour les industriels, produire ou acheter une partie de leur électricité en dehors des contrats habituels peut aider à diversifier l’approvisionnement et à mieux maîtriser les coûts. Toutefois, les bénéfices dépendront de facteurs comme le prix de l’énergie, la fiabilité des équipements, l’accès au réseau et les conditions des contrats. Les annonces disponibles ne précisent pas le tarif de l’électricité de Shumbasolve ni la répartition exacte entre autoconsommation et autres usages.

Des règles qui ouvrent la voie aux producteurs privés

La progression de ces projets accompagne les réformes du secteur électrique sud-africain. Depuis la levée du plafond de production privée en 2022, les entreprises peuvent développer davantage de capacités pour leurs propres besoins ou pour vendre de l’électricité. La loi sur la réglementation de l’électricité, entrée en vigueur le 1er janvier 2025, prépare aussi un marché où plusieurs producteurs pourront fournir des clients.

Un mécanisme important est le « wheeling », c’est-à-dire le transport comptable d’électricité produite par un fournisseur privé à travers le réseau jusqu’à un client situé ailleurs. Ce système permet, par exemple, à une entreprise d’acheter de l’électricité renouvelable sans installer ses panneaux sur son propre terrain. Mais il dépend de règles de réseau, de contrats et de capacités de transport disponibles.

À Highveld, la deuxième phase de Shumbasolve est installée sur le parc industriel même. Un autre projet annoncé près d’eMalahleni suit une logique différente : MPower, Fledge Capital et SolarAfrica prévoient une centrale solaire de 184 MW, associée à du stockage par batteries, pour fournir des clients industriels et commerciaux via le réseau à partir de 2029. Il s’agit d’un projet annoncé, et non d’une capacité déjà opérationnelle.

Cette distinction compte. Une centrale destinée à un site précis et un parc alimentant des clients à distance ne répondent pas aux mêmes contraintes. Dans le second cas, la capacité du réseau à transporter l’électricité devient déterminante. Les retards de raccordement ou le manque de lignes disponibles peuvent freiner la mise en service, même lorsque les investissements et les contrats avancent.

Un enjeu sud-africain et régional

Les projets privés peuvent renforcer l’approvisionnement de certains sites, mais leurs effets ne se répartissent pas automatiquement à l’ensemble de la population. Les grands consommateurs industriels disposent plus facilement des moyens de financer des installations et de négocier des contrats. Les petites entreprises, les ménages et les municipalités restent davantage tributaires des réseaux et des tarifs auxquels ils ont accès.

Pour le Mpumalanga, l’évolution pose aussi la question de la reconversion économique. Le développement de nouvelles infrastructures peut créer des besoins en installation, maintenance et gestion de l’énergie. En revanche, les annonces relatives à Shumbasolve ne donnent pas de bilan détaillé des emplois créés, ni des mesures prévues pour accompagner les travailleurs des activités liées au charbon et à l’acier.

À l’échelle de l’Afrique australe, les décisions sud-africaines comptent en raison du poids de son système électrique et des échanges possibles avec les pays voisins. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale de coopération, place l’énergie et les infrastructures électriques parmi ses priorités. L’essor du solaire, du stockage et des échanges privés pourrait donc influencer les projets de réseau et les investissements dans la région, sans garantir à lui seul une baisse des coûts pour tous.

Les prochaines étapes à surveiller sont la production réelle de Shumbasolve, l’usage de ses batteries et l’avancement du projet de 184 MW annoncé pour 2029. Leur mise en œuvre dira si ces installations restent des solutions propres à quelques sites ou deviennent une composante plus large de l’approvisionnement industriel sud-africain.