Dans les banques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), les compétences managériales ne se mesurent plus seulement à la maîtrise du crédit ou de la réglementation. Les paiements instantanés, les risques numériques et la cybersécurité modifient déjà le travail des établissements. Former les décideurs revient donc aussi à préparer les institutions à ces changements.
Une formation régionale, au cœur d’un système partagé
Le Centre ouest-africain de formation et d’études bancaires (COFEB), créé par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), forme depuis 1977 des cadres de la banque centrale, des administrations et des établissements financiers. Installé à Dakar, il travaille à l’échelle de l’Union monétaire, qui réunit huit pays : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. L’UEMOA associe cette monnaie commune à un cadre d’intégration économique.
Ce dispositif répond à une réalité institutionnelle particulière : les huit États partagent une banque centrale et des règles monétaires, tandis que leurs marchés, administrations et infrastructures financières gardent des caractéristiques nationales. La formation régionale peut faciliter la circulation de pratiques communes. Elle ne remplace toutefois ni les décisions de chaque banque ni le contrôle exercé par les autorités compétentes.
Le COFEB a été créé pour renforcer les compétences de la BCEAO, puis a élargi sa mission aux administrations économiques et financières et aux établissements de crédit. Les données publiées par le Centre ne se résument pas à un seul compteur : sa brochure 2025 évoque plus de 1 800 anciens diplômés, tandis qu’une allocution de la BCEAO citait 2 150 cadres de banques ayant bénéficié de formations d’accompagnement depuis 2013. Ces catégories et périodes différentes ne sont pas directement comparables.
Une promotion célébrée à Dakar, mais un chiffre à clarifier
Une cérémonie organisée à Dakar le 28 octobre 2026 a marqué la fin du parcours « Management stratégique bancaire – niveau 1 », connu sous le sigle CEMSTRAT 1. Le programme est porté par le COFEB avec HEC Paris. D’après la matière communiquée, les participants ont suivi sept mois de formation, de mai à octobre, en ligne et en présentiel, avant de présenter des travaux collectifs.
L’effectif appelle cependant à la prudence. Le texte fourni annonce 56 auditeurs. Un compte rendu publié par le média sénégalais Lejecos sur la cérémonie du CEMSTRAT 1 parle, lui, de 26 cadres. Ces deux chiffres ne concordent pas. En l’absence d’une confirmation officielle indépendante permettant de les départager, il n’est pas possible d’affirmer le nombre de diplômés sans réserve.
Le contenu du cursus reflète les changements en cours dans le secteur. Selon les informations communiquées, il aborde les risques prudentiels, le management bancaire, la transformation numérique, la cybersécurité, la blockchain et le leadership. La formation s’est achevée par des soutenances de mémoires de groupe. Charles Tianton, présenté comme délégué de la promotion et directeur des opérations de Coris Bank International Côte d’Ivoire, a décrit un parcours exigeant et salué les compétences managériales acquises.
Des enjeux qui dépassent les salles de formation
Ces thèmes répondent à des défis concrets. La numérisation peut accélérer les paiements et rendre certains services plus accessibles. Elle expose aussi les banques et leurs clients à des risques de fraude, de fuite de données et d’interruption des systèmes. Les compétences des équipes dirigeantes comptent donc pour la continuité des services, la protection des usagers et la solidité des établissements.
La région met déjà en place des infrastructures communes. La BCEAO indique que sa Plateforme interopérable du système de paiement instantané, ou PI-SPI, a été lancée le 30 septembre 2025. Elle vise à faciliter des transferts numériques entre acteurs connectés, disponibles en continu. Cette ambition dépend cependant de la sécurité des opérations, de l’adhésion des prestataires et de la capacité des utilisateurs à accéder aux services. Le communiqué de la Banque centrale décrit le projet et ses objectifs, sans constituer à lui seul une évaluation de ses effets sur les populations.
Pour les grandes banques, l’adaptation peut passer par la modernisation des systèmes et des équipes spécialisées. Pour les établissements plus petits, les coûts de mise à niveau et le manque de personnel qualifié peuvent peser davantage. Et pour les clients, notamment ceux qui utilisent surtout des services de proximité ou des outils mobiles, la confiance dépend aussi de la résolution rapide des incidents et de la clarté des recours en cas de fraude.
La formation des responsables ne garantit donc pas, à elle seule, une transformation équitable du secteur. Les résultats dépendront aussi des règles de supervision, des investissements des établissements et de la coordination entre la BCEAO, les régulateurs nationaux et les acteurs du paiement. Les compétences acquises devront se traduire dans les pratiques quotidiennes : gestion des risques, protection des données, qualité des services et dialogue avec les équipes.
Le test sera celui de la mise en pratique
La cérémonie met en lumière un enjeu plus large pour l’intégration financière ouest-africaine : disposer de cadres capables de comprendre des risques communs sans ignorer les réalités propres à chaque pays. Les anciens du COFEB travaillent dans des banques, des administrations et des institutions financières. Ce réseau peut aider à diffuser des méthodes partagées, mais son influence dépendra des responsabilités réellement confiées à ses membres.
La suite se jouera dans les établissements d’origine des participants et dans le déploiement des infrastructures régionales de paiement. Il faudra notamment observer comment les banques adaptent leurs dispositifs de cybersécurité, comment les services instantanés sont utilisés et quels mécanismes protègent les clients en cas de difficulté. D’ici là, l’écart entre les chiffres de 26 et de 56 participants reste à résoudre par une confirmation officielle.