Dans le sud-est algérien, le soleil devient aussi une question de sécurité énergétique. La mise en service d’une grande centrale à El Oued marque un nouveau jalon pour le solaire, mais elle souligne également l’ampleur du chemin restant avant que cette énergie pèse réellement dans le réseau national.

Un nouveau jalon dans le programme solaire algérien

Le 26 octobre 2026, le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a inauguré une centrale photovoltaïque de 300 mégawatts à El Foulia, dans la wilaya d’El Oued. La wilaya est une division administrative algérienne, comparable à une province. D’après les informations communiquées lors de la visite, le site comprend 69 champs solaires et près de 650 000 panneaux sur environ 600 hectares. La construction aurait duré moins de deux ans.

L’Algérie Presse Service rapporte que l’installation est la plus puissante du pays et la deuxième d’Afrique en capacité de production. Cette comparaison doit être comprise selon la puissance annoncée, et non comme un classement de la production effectivement livrée chaque année. Le complexe solaire égyptien de Benban reste une référence continentale par son ampleur. Une centrale de 300 MW désigne une puissance maximale installée, pas une production constante : l’électricité délivrée varie selon l’ensoleillement, l’entretien et les conditions de raccordement.

El Foulia est la troisième centrale photovoltaïque mise en service en Algérie en 2026, après celles de Tendla, dans la wilaya d’El-Meghaier, et d’El-Ghrous, dans la wilaya de Biskra. Chacune est donnée pour 200 MW. Ces projets s’inscrivent dans un programme national visant 15 000 MW d’énergies renouvelables à l’horizon 2035, objectif évoqué par le ministre et repris par l’Assemblée populaire nationale.

Réduire la dépendance au gaz, sans fragiliser l’approvisionnement

Le défi ne tient pas seulement à la construction de centrales. Il s’agit aussi d’intégrer leur production au réseau, de garantir l’approvisionnement lorsque le soleil baisse et de répondre à une demande électrique qui augmente. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le gaz naturel représentait environ 99 % de la production électrique algérienne dans les données récentes disponibles pour son analyse. Le solaire reste donc une part limitée du mix, malgré le potentiel du pays.

Cette dépendance a une dimension stratégique. Le gaz alimente les centrales thermiques et constitue aussi une ressource exportée. Une production solaire plus importante pourrait, à terme, libérer une partie du gaz consommé pour l’électricité. Mais cet effet dépendra du volume réellement produit, de la capacité du réseau et des moyens de stockage ou d’équilibrage. El Foulia est une étape concrète ; elle ne suffit pas, à elle seule, à transformer le système électrique.

La différence entre puissance installée et électricité effectivement disponible compte également pour les habitants et les entreprises. Les ménages, les commerces et les services publics ont besoin d’un courant fiable aux heures de forte demande, y compris après le coucher du soleil. Le raccordement, la maintenance et la gestion des pointes détermineront donc l’utilité quotidienne du parc autant que sa taille. Les collectivités du Sud peuvent aussi bénéficier des investissements et des activités d’exploitation, à condition que les retombées locales, l’emploi et la formation accompagnent les grands chantiers.

Le gouvernement a annoncé deux autres centrales dans la wilaya d’El Oued, d’une puissance respective de 200 et 100 MW, avec une mise en service prévue au premier trimestre 2027. Il s’agit d’une échéance annoncée, qui reste à confirmer par leur raccordement effectif. Le rythme de réalisation sera un indicateur important : le programme ne se mesurera pas seulement aux inaugurations, mais à la capacité des installations à produire régulièrement et à tenir leurs calendriers.

Une portée régionale, des résultats encore à démontrer

El Oued se situe dans un espace où l’énergie relie les enjeux intérieurs aux relations extérieures de l’Algérie. Le pays appartient à l’Union du Maghreb arabe (UMA), organisation régionale réunissant les États du Maghreb. La coopération énergétique dans cette région reste toutefois un chantier : les projets nationaux ne signifient pas, par eux-mêmes, qu’un marché électrique intégré fonctionne déjà. À l’échelle africaine, l’expérience algérienne rejoint des efforts plus larges pour développer le solaire et diversifier les systèmes électriques, avec des besoins et des trajectoires différents selon les pays.

La comparaison avec l’Égypte met en lumière une ambition continentale, mais aussi des questions pratiques communes : financement des équipements, raccordement, stockage et disponibilité de compétences. Pour l’Algérie, le cap des 15 000 MW d’ici 2035 permettra de juger si les projets annoncés forment une filière durable, et non une succession de sites isolés. La part du solaire dans l’électricité réellement produite sera un indicateur plus parlant que le seul nombre de panneaux installés.

Le prochain point de suivi sera donc la mise en service des deux centrales annoncées pour 2027, puis la progression du programme national. À Alger, les décisions de planification et d’investissement pèseront sur cette trajectoire. À El Oued et dans les autres wilayas concernées, la qualité du raccordement, la continuité du service et les retombées locales permettront d’en mesurer les effets concrets.

L’Algérie Presse Service sur l’inauguration de la centrale d’El Oued rapporte la puissance du parc et son inscription dans l’objectif national. Les données de contexte sur la place du gaz proviennent de l’analyse de l’électricité en Algérie de l’Agence internationale de l’énergie. L’Assemblée populaire nationale a également relayé le programme de 15 000 MW à l’horizon 2035.