La hausse du bénéfice d’Ecobank ne vient pas de toutes ses régions. Sur les neuf premiers mois de 2026, le groupe bancaire panafricain a gagné davantage en Afrique centrale, orientale et australe, tandis que ses résultats ont reculé dans l’espace UEMOA et au Nigeria. Ce déplacement des moteurs de croissance éclaire autant la performance consolidée que les risques qui pèsent encore sur certaines activités.

Une banque panafricaine, des trajectoires régionales contrastées

Basé à Lomé, au Togo, Ecobank Transnational Incorporated (ETI) fédère des filiales présentes dans plusieurs marchés du continent. Ses comptes distinguent notamment l’UEMOA, l’Union économique et monétaire ouest-africaine, qui regroupe huit pays partageant le franc CFA, le Nigeria, l’Afrique de l’Ouest anglophone hors Nigeria et la région CESA, qui couvre l’Afrique centrale, orientale et australe. Ces catégories regroupent des économies et des monnaies différentes : elles permettent de comparer les activités du groupe, mais ne décrivent pas à elles seules les situations de chaque pays.

La publication porte sur la période close le 30 septembre 2026. Le conseil d’administration a approuvé les comptes le 26 octobre. Ils restent non audités et présentent les montants en dollars, monnaie de présentation du groupe. Dans ce contexte, la progression exprimée en dollars ne reflète pas nécessairement de la même façon l’activité mesurée en monnaies locales.

Les comptes annuels de 2025 donnaient déjà à voir cet écart régional. Cette année-là, l’UEMOA avait enregistré un bénéfice avant impôt de 384 millions de dollars, tandis que les activités nigérianes avaient affiché une perte de 31 millions. Les résultats publiés pour les neuf premiers mois de 2026 prolongent le contraste entre la zone ouest-africaine francophone et plusieurs autres marchés du groupe.

La croissance se déplace vers CESA et l’Afrique de l’Ouest anglophone

Au niveau consolidé, le chiffre d’affaires atteint 1,96 milliard de dollars, en hausse de 12 % sur un an. Le bénéfice avant impôt progresse lui aussi de 12 %, à 736,9 millions. Le ratio charges sur revenus, indicateur de la part des revenus absorbée par les coûts d’exploitation, s’améliore légèrement : 47,8 %, contre 48 % un an plus tôt. Les charges d’exploitation ont toutefois augmenté au même rythme que les revenus.

La région CESA affiche la progression la plus rapide du bénéfice avant impôt : 20 %, à 392,2 millions de dollars. L’Afrique de l’Ouest anglophone hors Nigeria suit avec une hausse de 10 %, à 336,8 millions. Le groupe attribue une partie de la croissance des revenus de CESA aux intérêts nets, c’est-à-dire à l’écart entre les intérêts perçus sur les prêts et ceux versés sur les dépôts. Les états financiers font aussi état d’une augmentation de 19 % des revenus régionaux.

La tendance s’inverse dans l’UEMOA. Le bénéfice avant impôt y recule de 3 %, à 266,1 millions de dollars, malgré une hausse de 4 % des revenus, à 587,6 millions. Les dépréciations sur actifs financiers — provisions comptables destinées à couvrir des pertes de crédit attendues ou constatées — augmentent de 46 %, à 44,6 millions. Les charges progressent également plus vite que l’activité. La hausse des revenus ne suffit donc pas à maintenir le bénéfice au niveau de l’année précédente.

Le Nigeria reste un point de fragilité distinct. Le bénéfice avant impôt y tombe à 7,3 millions de dollars, en baisse de 45 %. Les revenus grimpent pourtant de 11 %, à 125,7 millions. Mais les dépréciations bondissent de 60 %, à 37,4 millions, soit près de trois dollars sur dix de revenus régionaux. Les comptes disponibles ne permettent pas d’établir si ces nouvelles provisions concernent les mêmes expositions que celles qui avaient pesé sur la banque en 2025.

Les créances pèsent sur les marges

En 2025, l’activité nigériane avait enregistré une perte avant impôt de 31 millions de dollars, après un bénéfice de 5 millions en 2024. Les résultats annuels attribuaient cette détérioration à la hausse des dépréciations, notamment dans la banque de financement et d’investissement. Le rapport mentionnait les expositions liées au pétrole et au gaz parmi les facteurs de risque. Cela donne un précédent utile, mais ne prouve pas que les provisions de 2026 portent sur les mêmes dossiers.

À l’échelle du groupe, les dépréciations atteignent 287,2 millions de dollars, contre 254,7 millions sur les neuf premiers mois de 2025. Cette progression absorbe une partie des gains tirés des revenus. Elle rappelle que, pour une banque, l’augmentation des prêts et des commissions ne se transforme pas automatiquement en bénéfice : la capacité des clients à rembourser et la qualité des garanties comptent aussi.

Les résultats intègrent par ailleurs 47,1 millions de dollars de gains de conversion, contre une perte de 24,6 millions un an auparavant. Ces gains sont liés à la conversion des comptes en dollars et à des effets de change. Leur répartition entre les régions n’étant pas publiée, il est difficile de mesurer précisément leur contribution à la performance de chaque marché.

Les effets ne sont pas identiques pour tous les acteurs. Pour les investisseurs, les résultats régionaux signalent des moteurs de croissance moins uniformes. Pour les entreprises et les particuliers qui empruntent, la hausse des dépréciations peut inciter les banques à examiner de près les risques et les conditions de crédit. Les comptes consolidés ne permettent toutefois pas de conclure à une évolution précise des taux ou de l’accès au financement dans chaque pays.

Un enjeu financier et de gouvernance régionale

Le calendrier de publication a coïncidé avec une actualité de gouvernance. Ecobank a annoncé le 23 octobre l’annulation de son assemblée générale ordinaire, prévue par visioconférence le 26 octobre. Le groupe a indiqué vouloir laisser davantage de temps aux consultations demandées par la Commission bancaire de l’UMOA, son principal superviseur. Le communiqué ne détaille pas les sujets de ces échanges et ne fixe pas de nouvelle date. L’annulation ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à un changement dans la gouvernance du groupe.

Pour les pays de l’UEMOA, cette supervision régionale s’inscrit dans un cadre monétaire et bancaire partagé, tandis que le Nigeria relève de sa propre banque centrale. Ecobank doit ainsi piloter des risques et des règles différents au sein d’un même groupe. Les résultats de septembre montrent que les performances de CESA et de l’Afrique de l’Ouest anglophone compensent, au niveau consolidé, le tassement de l’UEMOA et la faiblesse nigériane. Les prochains comptes diront si cette répartition se confirme, et si les provisions continuent d’absorber une part importante de la croissance.