En République démocratique du Congo, le franchissement du seuil des 4 000 décès confirme l’ampleur exceptionnelle de l’épidémie d’Ebola déclarée en mai 2026. La riposte progresse dans certaines zones, mais la transmission reste active dans plusieurs provinces. Le défi ne se limite donc plus à soigner les malades. Il consiste aussi à maintenir la surveillance, restaurer la confiance et garantir la traçabilité des financements.

Un bilan lourd, dans une épidémie qui continue de s’étendre

Selon le bilan communiqué le 2 octobre par l’Institut national de santé publique, l’épidémie compte 8 300 cas confirmés et 4 018 décès. Le taux de létalité atteint 48,4 %, soit près d’un décès pour deux cas confirmés. L’institut recense également 2 162 personnes guéries et 842 patients encore isolés ou hospitalisés.

Ces chiffres restent provisoires. Les autorités sanitaires précisent qu’ils peuvent évoluer après la consolidation et l’harmonisation des données venues des provinces. Cette précaution est importante dans une crise où les résultats de laboratoire, les décès communautaires et les dossiers des patients sont parfois enregistrés avec retard.

Le bilan national confirme toutefois une tendance déjà observée par l’Organisation mondiale de la santé. Dans son point de situation publié le 25 septembre, l’OMS faisait état de 7 890 cas confirmés et de 3 799 décès au 23 septembre. Elle recensait alors 63 zones de santé touchées dans sept provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Bas-Uélé, le Haut-Uélé, la Tshopo et le Sud-Ubangi.

L’écart entre les deux bilans s’explique principalement par la progression de l’épidémie et par la mise à jour régulière des données. Il ne permet pas, à lui seul, de conclure à une accélération soudaine de la transmission. En revanche, il confirme que le seuil des 8 000 cas a été franchi en quelques jours.

Des foyers inégaux selon les provinces

L’Ituri reste l’épicentre national. Au 23 septembre, cette province comptait 6 032 cas confirmés depuis le début de l’épidémie. Le Nord-Kivu arrivait ensuite avec 1 480 cas. Ces deux provinces concentrent l’essentiel de la circulation du virus et cumulent des difficultés d’accès, des déplacements fréquents et une pression importante sur les structures de santé.

La situation varie cependant fortement d’une zone à l’autre. L’OMS signalait 48 zones de santé ayant enregistré au moins un cas au cours des 21 jours précédant son rapport. Le Sud-Kivu, en revanche, n’avait plus signalé de nouveau cas depuis le 29 mai. Cette différence montre pourquoi une moyenne nationale peut masquer des réalités locales très contrastées.

Dans le Nord-Kivu, la létalité atteignait 59,7 % au 23 septembre, selon l’OMS. L’organisation poursuit ses investigations pour comprendre ce niveau particulièrement élevé. Les retards dans la détection, l’arrivée tardive dans les centres de soins et les décès survenus au sein des communautés peuvent aggraver le bilan.

Les décès communautaires constituent en effet un indicateur critique. Lorsqu’une personne meurt à domicile sans avoir été identifiée ni prise en charge, les proches peuvent être exposés au virus pendant les soins ou les funérailles. Le suivi des contacts devient alors plus difficile. Or, au 2 octobre, le taux global de suivi communiqué par l’INSP s’établissait à 80,6 %, un niveau inférieur à celui recherché pour interrompre rapidement les chaînes de transmission.

La confiance et la sécurité au cœur de la riposte

La réponse sanitaire se déroule dans un environnement marqué par l’insécurité, les déplacements de population et l’accès limité à certains services essentiels. Dans plusieurs territoires, ces contraintes compliquent le travail des équipes chargées de rechercher les cas, de suivre les contacts et d’organiser des enterrements sûrs.

L’OMS souligne également que les attaques contre les structures de santé et les équipes de riposte perturbent la surveillance. Elles peuvent décourager les familles de consulter et retarder l’isolement des patients. La lutte contre Ebola dépend donc autant des capacités médicales que de la possibilité d’atteindre les quartiers, les villages et les axes de déplacement.

Cette réalité impose une réponse construite avec les communautés. Les autorités locales, les responsables religieux, les associations et les agents de santé de proximité jouent un rôle essentiel pour expliquer les symptômes, orienter les malades et favoriser l’acceptation des mesures de prévention. La confiance ne se décrète pas depuis Kinshasa. Elle se construit au contact des populations concernées.

Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Samuel Kamba, a néanmoins estimé que certains indicateurs permettaient d’espérer une amélioration. Lors d’un point de presse tenu à Kinshasa le 2 octobre, il a défendu l’idée d’une riposte mieux anticipée, tout en reconnaissant la nécessité de poursuivre les efforts dans les zones encore actives.

Le débat sur les financements prend une dimension politique

La gestion des ressources est devenue un autre front de la crise. Roger Samuel Kamba affirme que le premier plan de riposte, prévu sur trois mois, a mobilisé environ 227 millions de dollars. Selon lui, près de 99 millions de dollars resteraient non utilisés ou insuffisamment documentés par les partenaires intervenant sur le terrain.

Le ministre a indiqué qu’environ 25 % des 97 partenaires recensés avaient, à cette date, justifié les ressources mobilisées en faveur de la RDC. Le gouvernement veut désormais conditionner l’accès au terrain à une accréditation et à la transmission d’informations sur l’origine et l’utilisation des fonds.

Cette demande répond à un enjeu réel de transparence. Elle soulève aussi une question opérationnelle. Les organisations humanitaires jouent un rôle important dans les soins, la logistique, la surveillance et la protection des personnels. Toute mesure administrative qui ralentirait leur intervention pourrait fragiliser la riposte, surtout dans les provinces difficiles d’accès.

Le débat oppose donc moins l’État aux partenaires qu’il ne pose une question de coordination. Les autorités congolaises veulent reprendre la visibilité sur les ressources mobilisées au nom de la RDC. Les organisations présentes sur le terrain doivent, de leur côté, pouvoir documenter leurs dépenses sans interrompre les services destinés aux patients et aux communautés.

Un risque régional qui dépasse les frontières congolaises

L’épidémie concerne directement les pays voisins de la République démocratique du Congo. Le Haut-Uélé partage une frontière avec le Soudan du Sud. D’autres zones touchées se trouvent à proximité de l’Ouganda, du Rwanda et de la République centrafricaine. Les déplacements de commerçants, de familles, de travailleurs humanitaires et de patients rendent indispensable une surveillance coordonnée des frontières.

L’OMS estime que le risque est très élevé en RDC et élevé pour les pays partageant une frontière terrestre avec le pays. Elle recommande cependant de ne pas instaurer de restrictions générales sur les voyages ou le commerce. La priorité va au dépistage, à l’échange d’informations et à la prise en charge rapide des cas suspects.

La réponse mobilise donc un cadre qui dépasse la seule administration congolaise. L’Organisation mondiale de la santé, les autorités sanitaires des pays voisins, les acteurs humanitaires et les institutions africaines doivent maintenir leurs mécanismes de coordination. Le prochain enjeu sera de transformer la baisse observée dans certains foyers en recul national durable, sans négliger les zones nouvellement touchées.

Au 2 octobre 2026, la République démocratique du Congo n’est pas face à une épidémie maîtrisée, mais à une crise dont la dynamique reste contrastée. Les guérisons et l’amélioration de la surveillance offrent des signes d’espoir. Toutefois, la persistance des décès communautaires, l’insécurité et les tensions sur les financements rappellent que la fin de la transmission dépendra autant de la confiance et de la coordination que des moyens médicaux.