À Dakar, la question n’est plus seulement de savoir si Bassirou Diomaye Faye dispose d’une majorité parlementaire. Elle porte désormais sur le calendrier d’un éventuel nouveau vote et sur le rapport de force qui pourrait en sortir.

Depuis plusieurs mois, l’exécutif sénégalais avance dans un environnement institutionnel tendu. Le président de la République et l’Assemblée nationale ne défendent plus toujours la même lecture de l’équilibre des pouvoirs. Cette situation nourrit les spéculations sur une nouvelle dissolution, moins de deux ans après le précédent scrutin législatif anticipé.

Un pouvoir confronté à une Assemblée devenue plus influente

Le débat s’inscrit dans la trajectoire ouverte par l’élection de Bassirou Diomaye Faye, le 24 mars 2024. Après son arrivée au palais présidentiel, le chef de l’État avait rapidement cherché à obtenir une majorité parlementaire capable de soutenir son programme de transformation politique et économique.

L’Assemblée nationale avait alors été dissoute en septembre 2024. Les élections législatives anticipées du 17 novembre de la même année avaient donné une large place au camp présidentiel. Depuis, toutefois, le fonctionnement du pouvoir a évolué. Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et figure centrale du Pastef, est devenu président de l’Assemblée nationale, tandis que les relations entre les deux pôles de l’exécutif et de la majorité se sont complexifiées.

Cette évolution intervient dans un contexte de révision institutionnelle. En juin 2026, les députés ont adopté une réforme qui renforce plusieurs prérogatives du Parlement et encadre davantage certains pouvoirs présidentiels. Le texte a suscité des critiques de l’opposition et de la société civile, qui ont dénoncé une modification jugée trop sensible des équilibres constitutionnels.

Le Conseil constitutionnel a ensuite été saisi sur cette réforme. Cette étape rappelle que la question parlementaire ne relève pas seulement d’un calcul électoral. Elle touche aussi à la séparation des pouvoirs et à l’interprétation de la Constitution sénégalaise.

Ce que le président a réellement dit

En marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, Bassirou Diomaye Faye a accordé, jeudi 24 septembre 2026, un entretien conjoint à RFI et France 24. La dissolution de l’Assemblée nationale figurait parmi les sujets abordés, avec le calendrier des élections locales et les échanges avec le Fonds monétaire international.

Interrogé sur la possibilité d’une dissolution à partir du 2 décembre 2026, le président sénégalais n’a pas fermé la porte à cette hypothèse. Il s’est toutefois gardé d’annoncer une décision arrêtée. Autrement dit, aucune dissolution n’a été prononcée au 24 septembre 2026.

Cette nuance est importante. Une éventuelle décision présidentielle ne constituerait pas une simple formalité politique. Elle ouvrirait une nouvelle séquence électorale, avec des conséquences directes sur le fonctionnement du gouvernement, le vote du budget et la mise en œuvre des réformes annoncées.

La Constitution sénégalaise autorise le président de la République à dissoudre l’Assemblée nationale, après consultation du Premier ministre et du président de l’institution parlementaire. En cas de dissolution, les élections doivent se tenir dans un délai maximal de 90 jours après la publication du décret, selon l’interprétation retenue par le Conseil constitutionnel en 2024.

Un choix politique aux effets très concrets

Pour le pouvoir exécutif, une dissolution pourrait servir à clarifier la majorité et à réduire les blocages institutionnels. Elle comporterait néanmoins un risque. Le résultat d’un nouveau scrutin ne serait pas garanti, surtout dans un paysage où le Pastef conserve une forte capacité de mobilisation et où les équilibres internes de la majorité ont changé.

Pour Ousmane Sonko et les députés qui lui sont proches, l’enjeu serait de défendre la légitimité d’une Assemblée devenue un centre de décision plus affirmé. Le renforcement des pouvoirs parlementaires donne aux députés davantage de moyens pour contrôler l’action du gouvernement, examiner les accords liés aux ressources naturelles et conduire des commissions d’enquête.

Pour les Sénégalais, les conséquences seraient d’abord pratiques. Une campagne électorale pourrait ralentir l’examen de certains textes, déplacer les priorités budgétaires et prolonger l’incertitude sur les réformes économiques. Les acteurs de l’économie informelle, très présents à Dakar comme dans les régions, seraient particulièrement sensibles aux variations du calendrier administratif et aux mesures fiscales qui pourraient suivre.

Les effets ne seraient pas identiques partout. La capitale concentrerait les débats politiques, les manifestations et les prises de position des partis. Dans les zones rurales, l’attention se porterait davantage sur les prix, l’accès aux services publics, l’agriculture, les infrastructures et les retombées concrètes des politiques nationales. Une campagne ne suffirait donc pas à résumer les attentes du pays.

Le précédent de 2024 pèse encore

La dernière dissolution avait été décidée par Bassirou Diomaye Faye le 12 septembre 2024, avant les législatives du 17 novembre. À l’époque, le président cherchait à sortir d’un face-à-face avec une Assemblée issue de l’ancienne majorité et à obtenir les moyens institutionnels nécessaires à son programme.

La situation de 2026 est différente. Le camp présidentiel ne fait plus face au même Parlement, mais à une majorité traversée par des tensions politiques et institutionnelles. Le débat ne porte donc pas uniquement sur l’opposition entre le pouvoir et ses adversaires. Il concerne aussi la relation entre deux dirigeants issus de la même dynamique politique : Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Cette configuration rend les prochaines semaines décisives. Le gouvernement devra poursuivre son action, alors que les députés disposent d’une influence accrue et que le chef de l’État conserve, sous conditions, la possibilité de provoquer de nouvelles élections.

Une séquence suivie au-delà du Sénégal

Dans l’espace ouest-africain, le Sénégal occupe une place particulière. Membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, il reste observé comme un acteur important de la stabilité institutionnelle régionale, alors que plusieurs pays voisins connaissent des transitions militaires ou des ruptures avec l’organisation régionale.

Une nouvelle crise politique à Dakar aurait donc une portée qui dépasserait les rapports entre le président et l’Assemblée nationale. Elle pourrait influencer la perception de la solidité démocratique du Sénégal, ses relations avec ses partenaires de la CEDEAO et la confiance des investisseurs dans un pays appelé à gérer des choix économiques sensibles.

Le prochain point de repère est désormais le 2 décembre 2026, date évoquée pour l’ouverture du droit présidentiel à dissoudre l’Assemblée nationale. D’ici là, les Sénégalais suivront les échanges entre l’exécutif et le Parlement, les décisions du Conseil constitutionnel et l’évolution des relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. À ce stade, une seule certitude demeure : la question parlementaire est devenue le principal test de la nouvelle architecture politique sénégalaise.