Les paiements numériques se développent rapidement dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Mais leur essor ne dépend pas seulement des applications et des cartes : il repose aussi sur la confiance, les règles communes et la capacité des commerçants à accepter ces moyens de paiement. C’est dans cet environnement que s’inscrit la nouvelle responsabilité confiée à la dirigeante ivoirienne Christelle N’Guessan-Rigaud chez Mastercard.
Un marché régional en pleine évolution
L’UEMOA rassemble huit pays : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. La BCEAO, leur banque centrale commune, encadre une partie des services financiers numériques. Le GIM-UEMOA, organisme interbancaire régional, contribue notamment à l’interopérabilité des cartes et des réseaux de paiement.
Les données de la BCEAO montrent à la fois l’ampleur des usages et les défis qui restent à relever. En 2024, les transactions de monnaie électronique dans l’Union ont atteint 11 milliards d’opérations, pour une valeur de 160 415 milliards de FCFA. Leur volume a augmenté de 27 % en un an. La valeur cumulée représente près de 119 % du produit intérieur brut régional, un indicateur de l’intensité des flux, et non de la richesse créée par le secteur.
L’accès ne signifie pas pour autant un usage régulier. La BCEAO dénombrait 248 millions de comptes de monnaie électronique ouverts en 2024, mais 76,9 millions étaient actifs. Les paiements marchands progressent également : le nombre de points d’acceptation a plus que doublé en un an, pour atteindre environ 3,7 millions. Pourtant, les dépôts et retraits restent une part importante des opérations. Transformer un portefeuille numérique en outil courant pour régler des achats demeure donc un enjeu central.
Une nomination à l’échelle de l’Afrique francophone
Christelle N’Guessan-Rigaud occupe depuis juin 2026 le poste de vice-présidente chargée du développement commercial pays pour l’Afrique subsaharienne francophone, selon les informations communiquées à l’occasion de sa nomination. Elle doit piloter la croissance commerciale de Mastercard, développer ses partenariats et renforcer sa présence sur les marchés concernés.
Son parcours professionnel s’est construit dans plusieurs segments des paiements. Avant Mastercard, elle a travaillé chez Visa sur le développement commercial dans l’espace UEMOA. Elle a également exercé dans la banque et les technologies de paiement, notamment chez Ecobank Côte d’Ivoire et Onafrique. Ces étapes lui donnent une expérience des relations entre banques, réseaux de cartes, opérateurs de monnaie mobile et entreprises technologiques.
Chez Mastercard, elle avait auparavant occupé des fonctions liées à la gestion des comptes dans l’UEMOA. La nouvelle responsabilité élargit son périmètre à l’Afrique subsaharienne francophone. Elle doit travailler avec des gouvernements, des banques, des opérateurs de mobile money et des fintechs. Les détails des marchés couverts et des objectifs chiffrés n’ont pas été rendus publics dans les informations disponibles.
Au-delà des cartes, la question de l’interopérabilité
Pour les utilisateurs, l’enjeu concret est simple : pouvoir envoyer ou recevoir de l’argent, payer un commerçant et accéder à son solde sans multiplier les comptes ou les intermédiaires. Or, les systèmes ne se connectent pas toujours facilement. Les partenariats entre réseaux internationaux, banques et acteurs locaux peuvent étendre l’acceptation des paiements, mais leur utilité dépend des frais, de la couverture et de la simplicité d’usage.
La BCEAO et le GIM-UEMOA jouent ici un rôle structurant. La banque centrale fixe le cadre régional et soutient l’interbancarité, tandis que le groupement met en œuvre des solutions techniques partagées. Mastercard a également formalisé un partenariat avec le GIM-UEMOA en 2024. Ces coopérations montrent que les réseaux internationaux ne sont qu’une partie d’un écosystème où les banques centrales, les institutions régionales, les opérateurs télécoms et les fintechs disposent aussi de leviers propres.
Les retombées ne seront pas identiques pour tous. Les grandes entreprises et les commerces urbains peuvent plus facilement s’équiper et intégrer les paiements numériques. Les petites entreprises, les vendeurs informels et les commerces éloignés des centres urbains peuvent être freinés par les commissions, le coût des terminaux, la qualité de la connexion ou l’accès à l’électricité. Pour les clients, la sécurité des données, la prévention de la fraude et les procédures de recours comptent autant que la disponibilité d’une application.
La confiance comme condition de l’inclusion
La hausse des comptes ouverts ne suffit donc pas à mesurer l’inclusion financière. Il faut aussi considérer leur activité, le coût des transactions, la protection des utilisateurs et la possibilité d’utiliser les services au quotidien. Dans son rapport sur 2024, la BCEAO relève que les paiements marchands progressent, mais que les dépôts et retraits représentent encore une part importante des opérations en monnaie électronique.
La dirigeante présente l’inclusion financière comme une infrastructure plutôt que comme un slogan. Cette formule renvoie à une réalité opérationnelle : les services doivent être fiables, accessibles et adaptés aux besoins des ménages et des entreprises. La responsabilité commerciale qu’elle prend ne lui confère toutefois pas le pouvoir de régler seule les questions de réglementation, de tarification ou de couverture. Ces choix impliquent plusieurs acteurs publics et privés.
Sa nomination met aussi en lumière la présence de cadres ivoiriennes dans les métiers des paiements, secteur où les responsabilités commerciales et technologiques restent très disputées. Elle a évoqué la portée de cette évolution pour les jeunes femmes de la région. Cet aspect relève de son témoignage ; il ne remplace pas la question des conditions concrètes d’accès aux postes de direction et de progression professionnelle.
Un enjeu qui dépasse les réseaux internationaux
Pour l’UEMOA, la prochaine étape ne se résume pas à l’extension d’une marque ou d’un réseau. Elle concerne la compatibilité entre les systèmes, l’acceptation par les commerçants et la capacité des utilisateurs à effectuer des paiements sûrs, à coût raisonnable. Les chiffres de 2024 témoignent d’un marché déjà vaste, mais aussi d’un écart entre le nombre de comptes et leur utilisation active.
À l’échelle de l’Afrique subsaharienne francophone, les conditions varient selon les pays et les cadres régionaux. Les initiatives conçues pour l’UEMOA ne s’appliquent pas automatiquement aux États relevant d’autres banques centrales ou communautés économiques. Le développement commercial de Mastercard devra donc composer avec des règles et des infrastructures différentes. La portée réelle de cette nomination se mesurera aux partenariats conclus et à l’élargissement effectif des usages, notamment pour les petites entreprises et les personnes encore peu servies par les réseaux financiers.