Un réseau de paiement mobile peut presque doubler sans que son usage quotidien suive le même rythme. Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), l’écart entre les points marchands enregistrés et ceux réellement actifs pose désormais une question concrète : comment transformer l’équipement en paiements réguliers chez les commerçants ?

Un marché commun, des usages à consolider

L’UEMOA réunit huit pays d’Afrique de l’Ouest : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) supervise leur cadre monétaire commun et suit l’évolution des services financiers numériques dans l’Union.

Le paiement mobile repose sur des réseaux de prestataires qui ne se limitent pas aux banques. Il permet notamment d’envoyer de l’argent, de retirer des espèces et de régler des achats depuis un portefeuille électronique. Pour payer directement dans un commerce, toutefois, il faut qu’un point de vente accepte le paiement et que le dispositif soit effectivement utilisé.

Cette distinction est au cœur des données 2025 publiées par la BCEAO dans son rapport sur l’inclusion financière dans l’UEMOA. La banque centrale relève aussi le lancement de la plateforme interopérable de paiement instantané, destinée à faciliter les échanges entre banques, institutions de microfinance et émetteurs de monnaie électronique.

Les inscriptions progressent plus vite que l’activité

En 2025, le nombre de points marchands enregistrés pour accepter la monnaie électronique a atteint 6,99 millions, contre 3,71 millions en 2024. Cette hausse de 88 % prolonge l’expansion rapide de l’année précédente, que la BCEAO associait notamment au déploiement des paiements par code QR. Ces solutions peuvent faciliter l’acceptation des paiements numériques sans équipement lourd.

Mais un point enregistré n’est pas nécessairement un commerce distinct ni un commerce actif. Un même établissement peut être référencé chez plusieurs prestataires. Et, selon les chiffres rapportés à partir des données de la BCEAO, 2,97 millions de points ont été actifs en 2025, contre 1,70 million un an plus tôt, soit une progression de 74,4 %.

La part des points actifs parmi les points enregistrés a donc reculé, passant de 45,95 % à 42,52 %. En clair, un peu plus de quatre points sur dix ont été considérés comme actifs. L’écart ne permet pas, à lui seul, de conclure que les commerces concernés ont cessé toute activité : il indique que leur présence dans les fichiers dépasse leur usage mesuré par l’indicateur.

La progression des inscriptions et celle des points actifs sont recoupées par plusieurs comptes rendus de médias ouest-africains s’appuyant sur le tableau de bord de la BCEAO, dont L’Observateur et Afrimag. Les chiffres décrivent l’échelle régionale ; ils ne disent pas comment l’activité se répartit entre chaque pays ni entre quartiers centraux, petites villes et zones rurales.

Des transactions en hausse, mais des usages variés

Les opérations financières réalisées par téléphone ont atteint 219 151 milliards de FCFA en 2025, contre 156 889 milliards en 2024. La valeur cumulée a ainsi progressé de 39,7 %. Le nombre d’opérations a augmenté de 37,3 %, à 16,37 milliards.

Ces totaux couvrent plusieurs usages : transferts entre particuliers, dépôts, retraits et paiements. Ils ne mesurent donc pas uniquement les achats réglés chez un commerçant. Ils ne correspondent pas non plus aux revenus des opérateurs : un même montant peut circuler au fil de plusieurs opérations. La hausse témoigne d’une activité accrue via les services mobiles, mais ne permet pas d’isoler la place exacte des paiements de proximité.

Cette nuance compte pour les petites entreprises. Un encaissement mobile peut réduire le besoin de conserver des espèces sur place ou simplifier certaines ventes. Cependant, les données agrégées ne renseignent pas sur les frais, la fiabilité du réseau, la facilité de remboursement en cas d’erreur ou les contraintes rencontrées par les commerçants pour maintenir leur point actif.

L’interopérabilité, prochain test régional

La plateforme de paiement instantané de la BCEAO vise à relier des prestataires jusque-là organisés autour de réseaux différents. L’interopérabilité, c’est la possibilité pour ces systèmes de communiquer entre eux. Si elle facilite les paiements d’un portefeuille à l’autre, elle pourrait élargir les choix des clients et des commerçants. Son lancement ne suffit toutefois pas à garantir une adoption régulière : les coûts, la couverture réseau et la simplicité d’usage pèseront aussi.

L’enjeu concerne les huit pays de l’Union, mais les résultats peuvent varier selon la densité commerciale, les infrastructures et les pratiques locales. Une moyenne régionale masque ces écarts. Pour les autorités, les opérateurs et les organisations de commerçants, le suivi des points réellement actifs est donc aussi important que celui des inscriptions ou des montants cumulés.

La prochaine étape se mesurera moins au nombre de commerces ajoutés aux réseaux qu’à la fréquence des paiements acceptés dans la vie courante. Les prochains rapports de la BCEAO permettront de voir si la hausse des équipements se traduit par un usage plus régulier, et si l’interconnexion des services réduit les obstacles entre prestataires. C’est à cette condition que l’expansion numérique pourra prendre une place plus tangible dans les échanges quotidiens, au-delà des seuls volumes régionaux.