Dans une même union monétaire, obtenir un prêt ne signifie pas la même chose à Douala, Bangui ou Libreville. Au deuxième trimestre 2026, les nouveaux crédits ont reculé sur un an dans ces trois pays, tandis que BGFIBank y occupait la première place, avec des positions très inégales.
Un marché régional, des réalités nationales
Le Cameroun, la République centrafricaine (RCA) et le Gabon appartiennent à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui regroupe six pays autour d’une monnaie commune, le franc CFA d’Afrique centrale. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) publie des données comparables sur les crédits accordés et leur coût.
Ces chiffres décrivent les nouveaux concours accordés entre avril et juin 2026. Ils ne mesurent pas l’ensemble des prêts encore dus aux banques. La distinction compte : une part élevée des nouveaux crédits ne renseigne, à elle seule, ni sur le nombre d’emprunteurs ni sur leur accès durable au financement.
À l’échelle de la CEMAC, les nouveaux crédits ont totalisé 2 903,6 milliards de FCFA, en baisse de 6,03 % par rapport au deuxième trimestre 2025. Les entreprises ont néanmoins reçu davantage de financements qu’un an plus tôt, alors que les crédits aux particuliers ont diminué. La contraction globale masque donc des évolutions différentes selon les pays et les catégories d’emprunteurs.
Au Cameroun, une première place dans un marché partagé
Au Cameroun, BGFIBank a accordé 15,86 % des nouveaux crédits bancaires du trimestre, selon le rapport de la BEAC. Banque Atlantique du Cameroun suit de près, avec 15,35 %. Commercial Bank of Cameroon, SCB Cameroun et CCA-Bank dépassent également chacune 10 %.
La progression de BGFIBank est nette : un an auparavant, sa part atteignait 8,60 %. Mais le marché reste réparti entre plusieurs établissements. La première place ne donne donc pas à une seule banque le contrôle du financement bancaire.
Le volume total des nouveaux crédits au Cameroun a atteint 1 824,2 milliards de FCFA, contre 1 887 milliards au deuxième trimestre 2025, soit une baisse de 3,33 %. Le pays a toutefois concentré près de 63 % des nouveaux crédits recensés dans la CEMAC. Cette part reflète le poids du marché camerounais dans la zone, sans signifier que toutes les entreprises ou tous les ménages accèdent aux mêmes conditions.
En RCA, une avance qui se réduit
En République centrafricaine, BGFIBank-CA reste largement en tête, avec 46,34 % des nouveaux crédits. Ecobank-CA en a représenté 21,58 %, devant la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce (BSIC), à 19,95 %, et la Banque populaire maroco-centrafricaine (BPMC), à 12,13 %.
La filiale conserve ainsi le premier rang, mais sa part était de 64,75 % un an plus tôt. Cette baisse ne suffit pas à conclure que les financements se sont élargis à davantage d’acteurs : elle montre uniquement que la répartition des nouveaux crédits entre les banques a changé.
Le marché centrafricain est aussi le plus petit des trois étudiés. Les nouveaux crédits se sont établis à 21,3 milliards de FCFA, contre 30,5 milliards un an auparavant. La RCA n’a pesé que 0,74 % du total régional. Pour les entreprises, les financements ont diminué sur un an, selon les données de la BEAC. Ces volumes limités rendent les variations de parts de marché particulièrement visibles.
Au Gabon, une concentration marquée
Au Gabon, BGFIBank a conservé une position bien plus dominante : elle représente 70,21 % des nouveaux crédits du trimestre. Citibank arrive loin derrière, avec 11,38 %. Aucune autre banque ne dépasse 10 %.
Cette forte concentration intervient alors que le montant total des nouveaux crédits a reculé de 9,83 %, à 515,8 milliards de FCFA contre 572 milliards un an plus tôt. Les entreprises ont reçu 316,1 milliards, soit 61,28 % de l’enveloppe. À l’intérieur de cette catégorie, les crédits aux petites et moyennes entreprises (PME) ont progressé de 33,54 %, à 74,7 milliards. Cette hausse mérite d’être distinguée du recul global : elle indique une évolution favorable pour cette catégorie, mais ne renseigne pas sur le nombre de PME financées ni sur la répartition des prêts entre elles.
La part de marché ne dit pas le coût du crédit
Pour les emprunteurs, être présent sur le marché ne garantit pas un financement abordable. Au deuxième trimestre 2026, le taux débiteur moyen atteignait 8,22 % au Cameroun, 14,36 % en RCA et 21,51 % au Gabon, d’après le même rapport de la BEAC. Cet indicateur inclut les frais et commissions dans le coût effectif global du prêt. Il varie fortement d’un pays à l’autre, malgré la monnaie commune.
Les effets de cette configuration ne sont pas identiques pour tous. Les grandes entreprises, les PME et les particuliers n’empruntent pas aux mêmes conditions. À l’échelle régionale, les crédits aux particuliers ont baissé de 10,46 % sur un an, tandis que ceux accordés aux entreprises ont augmenté. Les données disponibles ne permettent toutefois pas d’attribuer ces évolutions à une banque particulière ni d’en déduire directement l’accès au crédit dans les zones rurales ou dans l’économie informelle.
Le tableau de la BEAC dessine donc trois rapports de force distincts : une concurrence serrée au Cameroun, une avance réduite mais maintenue en RCA, et une concentration forte au Gabon. Le prochain point d’attention sera l’évolution des volumes et des coûts du crédit dans les trimestres suivants. Elle permettra de voir si ces parts se maintiennent et si la progression des financements aux PME se confirme.
Les chiffres sur les parts de marché et les volumes proviennent du rapport de la BEAC sur les crédits et taux débiteurs au deuxième trimestre 2026. Les tendances régionales ont également été recoupées avec une analyse des données de crédit de la CEMAC.