En Côte d’Ivoire, le défi n’est plus seulement de réunir des financements. Il consiste désormais à les convertir en usines, en compétences et en emplois durables, y compris en dehors d’Abidjan. C’est le test central du nouveau cycle de développement engagé jusqu’en 2030.

Un plan national qui mise sur l’investissement privé

Le Plan national de développement (PND) 2026-2030 fixe une enveloppe globale de 114 838,5 milliards de francs CFA. Le document prévoit que 70,2 % de cette somme proviennent du secteur privé, contre 29,8 % pour le secteur public.

Adopté par l’Assemblée nationale le 14 avril 2026, le plan vise une croissance annuelle de 7,2 %. Il entend aussi accélérer la transformation industrielle, améliorer les infrastructures et renforcer l’accès aux services essentiels. Le gouvernement veut ainsi rapprocher la croissance des réalités vécues dans les régions.

La Banque mondiale présente ce programme comme un levier vers le statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Elle souligne toutefois plusieurs obstacles : l’accès au financement, les écarts de compétences, les besoins en infrastructures et les difficultés persistantes du marché foncier. Ces contraintes concernent particulièrement les petites entreprises et les activités implantées loin de la capitale économique.

La Banque mondiale veut relier financement et emploi

À Abidjan, l’institution a réaffirmé, le lundi 21 septembre 2026, sa volonté d’accompagner les priorités ivoiriennes. Cette position a été exprimée à l’ouverture des premières Journées portes ouvertes du Groupe de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire.

Son portefeuille couvre notamment la santé, la protection sociale, l’énergie et les programmes destinés à la jeunesse. Pour l’exercice 2025-2026, il était évalué à 6,3 milliards de dollars pour 25 projets, selon les données communiquées dans la matière examinée.

Le ministre ivoirien de la Communication, Amadou Coulibaly, a indiqué que le gouvernement souhaitait porter le taux de décaissement de 32 % à 40 % au cours de l’exercice 2026-2027. Le décaissement correspond au versement effectif des fonds engagés. Cet indicateur sera déterminant : une promesse financière ne produit pas d’impact tant que les projets ne passent pas à l’exécution.

Dans le même temps, le gouvernement ambitionne de faire passer le nombre de personnes en emploi de 11,5 à 14 millions d’ici 2030. Il prévoit aussi de doubler les emplois formels, actuellement supérieurs à 1,5 million selon les chiffres repris par les autorités.

Les documents publics ne présentent toutefois pas tous le même objectif. Le ministère du Plan évoque plus de 3 millions d’emplois formels à créer. La Banque mondiale mentionne, de son côté, une cible de 4 millions d’emplois décents. Ces chiffres renvoient à des périmètres différents. La distinction devra être clarifiée pour mesurer les résultats avec précision.

Le secteur privé placé au centre du dispositif

La Société financière internationale (SFI), branche du Groupe de la Banque mondiale consacrée au secteur privé, occupe une place importante dans cette stratégie. Elle affirme avoir investi et mobilisé près de 2,7 milliards de dollars en Côte d’Ivoire au cours des cinq dernières années.

Ces financements concernent notamment l’agriculture, l’énergie et les petites et moyennes entreprises. La SFI indique également que les prêts accordés par ses banques partenaires aux PME ont doublé depuis 2019. Cette orientation répond à un enjeu concret : les grandes infrastructures attirent l’attention, mais les petites entreprises restent essentielles à la création d’emplois.

En mars 2026, le gouvernement ivoirien avait invité la SFI à participer au groupe consultatif international chargé de mobiliser des capitaux privés pour le PND. Makhtar Diop, directeur général de l’institution, est appelé à contribuer à cette articulation entre investissements publics, banques et entreprises.

Le groupe consultatif réuni les 8 et 9 juillet à Abidjan a enregistré 80 milliards de dollars d’engagements annoncés. Les autorités ivoiriennes ont présenté cette mobilisation comme un signal positif pour le lancement du nouveau plan. Elles devront maintenant distinguer les annonces, les accords juridiquement engagés et les montants effectivement décaissés.

Des emplois à mesurer au-delà d’Abidjan

La réussite du PND ne se jugera pas uniquement au volume des capitaux mobilisés. Elle dépendra aussi de la localisation des projets et de leur capacité à créer des chaînes de valeur ivoiriennes.

Dans l’agriculture, l’enjeu est de dépasser l’exportation de matières premières. Le plan prévoit une hausse de la transformation du cacao, de l’anacarde et de l’hévéa. Cette évolution peut soutenir les revenus des producteurs, les emplois industriels et les activités de transport, de maintenance et de services.

Dans l’énergie, les investissements doivent réduire les contraintes qui pèsent sur les entreprises et les ménages. Dans les zones rurales, l’accès à l’électricité et aux services numériques peut aussi ouvrir des possibilités pour les coopératives, les ateliers et les petites activités commerciales.

La formation constitue un autre point sensible. En juin 2026, la Banque mondiale a approuvé le programme régional SIRA, consacré aux compétences, à l’innovation et à l’accès à l’emploi. En Côte d’Ivoire, ce programme doit améliorer les parcours de formation de plus de 900 000 jeunes et rapprocher les programmes d’enseignement des besoins des employeurs.

Cette approche est importante pour éviter un décalage entre la croissance des secteurs modernes et les compétences disponibles. Elle devra toutefois intégrer les jeunes des villes secondaires, les femmes, les travailleurs de l’économie informelle et les personnes qui n’ont pas accès aux formations longues.

Un enjeu ivoirien, mais aussi ouest-africain

La Côte d’Ivoire reste l’une des principales économies de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Ses choix influencent les échanges, les investissements et les emplois dans plusieurs pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui regroupe quinze États de la région.

Les infrastructures annoncées, comme les corridors routiers, les pôles agro-industriels et les plateformes logistiques, peuvent renforcer les échanges régionaux. Elles peuvent aussi accroître la concurrence entre territoires pour attirer les capitaux et les travailleurs qualifiés.

Depuis Yamoussoukro, capitale politique ivoirienne, jusqu’à Abidjan et aux régions productrices, la question sera donc la même : les financements annoncés permettront-ils de créer une économie plus productive, plus territorialisée et plus inclusive ?

Les prochains indicateurs à suivre seront le taux réel de décaissement, le nombre d’emplois créés, leur niveau de formalisation et la part des entreprises ivoiriennes dans les projets. Ils permettront de vérifier si le PND 2026-2030 transforme les engagements financiers en résultats mesurables.