Pour un commerçant, accepter un paiement en ligne ne se résume pas à ouvrir une page web : il faut pouvoir recevoir l’argent depuis des réseaux bancaires, des cartes et des services de monnaie mobile qui ne communiquent pas toujours entre eux. C’est sur ce travail d’interconnexion que repose une partie de l’activité de CinetPay, la fintech fondée par l’Ivoirien Daniel Dindji, récemment distingué à Kigali.

Des distinctions, mais aussi une vitrine pour la fintech ivoirienne

Le Prix Africain de Développement (PADEV) 2026 s’est tenu à Kigali, au Rwanda, du 21 au 25 octobre. Le programme de l’événement et plusieurs comptes rendus situent les distinctions de Daniel Dindji les 22 et 23 octobre. Il a reçu un doctorat honoris causa en administration des affaires de Nexus Global University, puis le Sabre d’honneur du PADEV et le Grand Prix Prestige « Étoile d’Afrique », dans la catégorie du paiement électronique et de la digitalisation en Côte d’Ivoire. Ces éléments sont rapportés par Sika Finance et Ouragan.cd.

Le PADEV est organisé par la Fondation 225, créée à Abidjan en 2006. Ses récompenses mettent en avant des personnalités et des organisations présentées comme contribuant au développement de leur pays. Une distinction attribuée lors d’une cérémonie n’est toutefois pas, à elle seule, une mesure indépendante des résultats économiques ou sociaux d’une entreprise.

Le parcours professionnel de Dindji s’inscrit dans un secteur où des entreprises africaines bâtissent des outils pour faciliter les transactions entre marchés. La reconnaissance reçue à Kigali donne ainsi une visibilité à un dirigeant ivoirien et à une activité directement liée aux échanges quotidiens des entreprises. Elle ne dispense pas d’examiner les données opérationnelles, la qualité du service et les règles applicables dans chaque pays.

Un agrégateur entre plusieurs moyens de paiement

CinetPay propose aux marchands une intégration technique destinée à réunir plusieurs canaux de paiement, notamment la carte bancaire et le Mobile Money. Ce dernier désigne des services de paiement accessibles par téléphone, souvent liés à un opérateur télécom. Pour un commerçant, l’intérêt potentiel est de limiter le nombre d’intégrations distinctes à gérer. Pour son client, l’enjeu est de pouvoir régler avec le moyen déjà disponible.

La société affirme être présente dans dix pays et compter plus de 25 000 marchands. Ces chiffres sont des données communiquées par l’entreprise et reprises dans les informations diffusées autour du PADEV; ils ne constituent pas, en eux-mêmes, un audit indépendant. CinetPay les a notamment publiés sur sa page LinkedIn.

En Côte d’Ivoire, l’agrément de CinetPay Africa comme établissement de paiement est vérifiable dans les registres officiels. La Commission bancaire de l’UMOA, qui supervise des établissements financiers de l’Union monétaire ouest-africaine, répertorie l’entreprise sous le numéro EP.CI.007/2025. La BCEAO a également publié la liste des établissements agréés dans l’Union. Ces registres confirment le statut dans ce périmètre réglementaire; ils ne permettent pas de conclure que les activités sont agréées de la même manière dans tous les pays où l’entreprise opère.

Des règles différentes selon les régions

La distinction est importante, car la Côte d’Ivoire appartient à l’UEMOA, tandis que le Cameroun fait partie de la CEMAC. Ce sont deux ensembles régionaux distincts, avec des autorités et des cadres de supervision propres. La BCEAO encadre les services concernés dans l’UEMOA. En Afrique centrale, la BEAC et la COBAC interviennent dans l’architecture régionale des paiements et la supervision bancaire.

Au Cameroun, CinetPay indique servir les clients par l’intermédiaire de CinetPay Cameroun. La présence commerciale d’une société ne signifie pas automatiquement que celle-ci détient un agrément local d’établissement de paiement. Dans son rapport sur la CEMAC en 2024, la COBAC recensait sept établissements de paiement agréés dans la sous-région; le nom de CinetPay ne figure pas dans la liste reproduite dans ce rapport. Cette donnée ne permet pas, à elle seule, de tirer une conclusion sur tous les services que la société peut fournir, mais elle invite à distinguer agrément, partenariat et activité d’agrégation.

La fragmentation des paiements n’est d’ailleurs pas propre à une entreprise ou à un pays. Dans la CEMAC, la BEAC soutient GIMACPAY, un écosystème qui vise à rendre interopérables cartes, monnaie mobile et transferts. L’existence de ce réseau montre que l’interconnexion est aussi un chantier institutionnel et régional, avec des acteurs publics, des banques, des opérateurs télécoms et des prestataires privés.

Les effets concrets se mesurent chez les usagers

Pour les petites entreprises et les commerçants qui vendent en ligne, agréger les paiements peut simplifier l’encaissement et le suivi des transactions. Les écoles, associations ou administrations peuvent également utiliser des canaux numériques pour percevoir des frais ou des règlements. Mais la solution ne supprime pas les questions de commissions, de délais de transfert, de gestion des remboursements et de recours en cas de paiement contesté.

Les usages varient aussi selon les territoires et les revenus. Une entreprise formelle disposant d’un compte bancaire n’a pas les mêmes besoins qu’un vendeur indépendant qui dépend principalement du téléphone. En ville comme dans les zones moins bien couvertes, la fiabilité du réseau, l’accès à un téléphone adapté et le coût des transactions peuvent peser sur l’adoption. L’interopérabilité n’a donc de valeur pour l’usager que si le service fonctionne de manière accessible et prévisible.

Daniel Dindji préside également l’Association des professionnels des Fintech de Côte d’Ivoire, selon les comptes rendus de la cérémonie. Cette fonction le place dans un écosystème où les entreprises cherchent à dialoguer avec les autorités sur la réglementation et les usages. La confiance dépend toutefois de règles vérifiables : protection des fonds, sécurité des données, prévention de la fraude et transparence des frais.

Un enjeu qui dépasse la Côte d’Ivoire

Les récompenses de Kigali mettent en lumière un entrepreneur, mais le sujet de fond est plus large : comment construire des paiements numériques utilisables au-delà des frontières tout en respectant les cadres réglementaires nationaux et régionaux. Pour l’UEMOA comme pour la CEMAC, l’interopérabilité peut faciliter le commerce. Elle exige aussi une supervision capable de suivre des flux qui traversent plusieurs opérateurs et juridictions.

La portée de ces distinctions se jugera donc moins au nombre de trophées qu’à la capacité des services à répondre aux besoins des marchands et des clients. Les prochaines données à suivre concernent notamment le nombre de transactions réellement traitées, leur coût, leur fiabilité et le périmètre exact des agréments dans chaque pays. À ce stade, les chiffres de présence et de clientèle restent ceux avancés par CinetPay, tandis que l’agrément ivoirien est confirmé par les registres régionaux.