Casablanca gagne du terrain dans une carte financière encore très concentrée
À l’heure où les capitaux cherchent surtout de la stabilité, de la visibilité et des passerelles rapides vers plusieurs marchés, Casablanca veut rappeler qu’un centre financier africain peut jouer dans la cour mondiale sans renoncer à sa fonction régionale. La progression de Casablanca Finance City dans le classement GFCI 40 confirme ce positionnement, au moment où les places du Golfe, d’Asie et d’Amérique du Nord continuent de dominer l’échelle internationale.
Le Maroc s’appuie ici sur un atout devenu central dans sa diplomatie économique : faire de Rabat le siège des décisions et de Casablanca la vitrine financière, commerciale et entrepreneuriale tournée vers l’Afrique. Cette stratégie s’inscrit dans une trajectoire plus large de coopération Sud-Sud, déjà visible dans les partenariats noués par Casablanca Finance City avec d’autres hubs, dont Nairobi.
Ce que dit vraiment le nouveau classement
Le Global Financial Centres Index 40, publié le 16 septembre 2026, évalue 117 centres financiers dans le monde. Dans cette 40e édition, Casablanca gagne 11 places et atteint le 38e rang mondial. Le centre marocain prend aussi la troisième place dans la zone Moyen-Orient et Afrique, derrière Dubaï et Abou Dhabi, tout en restant le premier centre africain du classement.
Le classement ne repose pas sur un seul ressenti. Il combine 144 facteurs quantitatifs fournis par des institutions comme la Banque mondiale, l’OCDE et l’ONU, ainsi qu’une enquête menée auprès de 6 147 professionnels des services financiers, pour un total de 39 531 évaluations. Cette méthode éclaire moins la puissance brute d’une place que sa compétitivité perçue, sa réputation et sa capacité à attirer talents et investisseurs.
Dans le même temps, le rapport souligne que Casablanca fait partie des centres susceptibles de gagner encore en importance dans les deux à trois prochaines années. Kigali figure dans la même catégorie. Autrement dit, l’indice ne décrit pas seulement un rang figé. Il trace aussi une trajectoire possible, utile pour les investisseurs comme pour les pouvoirs publics.
Pourquoi Casablanca Finance City compte pour le Maroc
Créée en 2010, Casablanca Finance City est devenue l’un des instruments les plus visibles de l’ouverture économique marocaine vers l’Afrique. Le centre revendique aujourd’hui 280 membres, 110 pays couverts, 67 nationalités représentées et 7 800 employés au sein de son écosystème. Ces données montrent qu’il ne s’agit pas d’un simple quartier d’affaires, mais d’une plateforme de coordination pour des entreprises qui gèrent des activités régionales depuis Casablanca.
Le dispositif repose aussi sur un cadre incitatif précis. Le Centre régional d’investissement de Casablanca-Settat rappelle que les entreprises installées à Casablanca Finance City bénéficient d’une exonération totale de l’impôt sur les sociétés pendant cinq ans, puis d’un taux de 20 % au-delà, ainsi que d’un taux de 20 % pour l’impôt sur le revenu des salariés, dans certaines limites. Pour le Maroc, l’enjeu est clair : attirer des fonctions de pilotage, de conseil, de financement et de gestion depuis Casablanca, plutôt que d’exporter ces services vers d’autres places.
La composition de la communauté CFC est révélatrice. On y trouve des banques, des assureurs, des cabinets de conseil, des groupes technologiques et des multinationales actives sur plusieurs marchés africains. Parmi les noms visibles sur la plateforme figurent notamment McKinsey, Deloitte, KPMG, Huawei, Mastercard, Allianz Africa, Africa50, ou encore plusieurs structures liées à des activités panafricaines. Ce portefeuille explique en partie le poids de Casablanca dans les services aux entreprises et dans l’intermédiation régionale.
Un signal pour l’Afrique du Nord et pour l’Afrique des affaires
La progression de Casablanca a une portée qui dépasse le seul Maroc. En Afrique du Nord, elle confirme qu’un hub financier peut se construire à partir d’un écosystème local, d’infrastructures solides et d’une offre réglementaire lisible. À l’échelle du continent, elle montre aussi que la compétition ne se joue pas seulement entre capitales politiques, mais entre places capables de connecter financement, services, conformité, fiscalité et accès aux marchés.
Cette évolution intervient alors que d’autres places africaines cherchent à capter la même chaîne de valeur. Le rapport cite l’île Maurice au deuxième rang africain, Kigali au troisième, puis Le Cap, Johannesburg, Nairobi et Lagos. Le message est important : l’Afrique n’est pas absente de la finance mondiale, mais elle reste dispersée entre plusieurs pôles qui avancent à des vitesses différentes. Casablanca conserve ici un avantage d’ancienneté, de réseau et de proximité avec l’Europe.
Pour le Marocain, l’enjeu n’est pas abstrait. Une place financière plus attractive signifie des sièges régionaux, des emplois qualifiés, davantage de flux pour les services juridiques, comptables, numériques et assurantiels, mais aussi une pression plus forte sur les standards de gouvernance, de transparence et de formation. Pour les entreprises locales, cela ouvre des marchés. Pour les petites structures, cela peut aussi relever le niveau d’exigence et accélérer la professionnalisation.
Le prochain test se jouera dans la durée. Le GFCI est publié chaque mois de mars et de septembre. La question sera donc de savoir si Casablanca consolide ce gain de 11 places ou si elle le transforme en ancrage durable dans le Top 40 mondial. C’est là que se mesure la différence entre un bon score de classement et une position réellement installée dans la hiérarchie financière internationale.