À l’approche d’une présidentielle, la prévention des violences dépend aussi de la possibilité de documenter les atteintes aux droits et de les rendre visibles. Au Burundi, le renouvellement d’un mandat d’enquête des Nations unies remet cette question au centre du débat, à quelques mois du scrutin prévu en 2027.

Une surveillance prolongée avant le scrutin

Le 6 octobre 2026, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a renouvelé d’un an le mandat du Rapporteur spécial sur la situation des droits humains au Burundi. D’après le média burundais RPA, la résolution a obtenu 22 voix pour, 7 contre et 17 abstentions, sur 46 membres. Ce mandat permet à un expert indépendant de recueillir des informations et de présenter des rapports, mais il ne s’exprime pas au nom de l’ensemble des Nations unies.

L’Association des chrétiens contre la torture au Burundi (ACAT-Burundi) a salué la décision. Son président, Armel Niyongere, y voit un signe que la situation burundaise « n’est pas oubliée sur la scène internationale ». L’organisation considère que le rapporteur constitue un mécanisme indépendant de suivi, alors que les autorités burundaises contestent régulièrement les conclusions qui les mettent en cause.

Le renouvellement intervient dans un contexte de désaccord persistant sur l’accès au pays et la vérification des allégations. Selon les informations rapportées par RPA, le rapporteur n’est pas autorisé à effectuer une visite au Burundi. Cette limite rend le recoupement plus difficile : des témoignages peuvent être recueillis hors du pays, mais l’expert ne peut pas directement enquêter sur place dans le cadre d’une mission officielle.

Des chiffres attribués, un débat contesté

Dans son intervention du 18 septembre devant le Conseil, Fortuné Gaëtan Zongo a évoqué des signes avant-coureurs d’une « crise électorale ». Il a indiqué que, selon les informations rassemblées par son mandat, 402 personnes avaient perdu la vie en 2025 et 182 durant les six premiers mois de 2026. Il a également fait état de 80 personnes enlevées ou portées disparues depuis 2025. Ces chiffres sont des données attribuées au rapporteur ; ils ne doivent pas être présentés comme des bilans judiciairement établis.

Le rapporteur a aussi dénoncé des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des arrestations arbitraires et des restrictions des libertés politiques. Le gouvernement burundais rejette les critiques formulées contre le pays et met en avant ses propres préoccupations sécuritaires. La prolongation du mandat ne tranche donc pas, à elle seule, les différends sur chaque cas. Elle maintient un espace où ces accusations peuvent être consignées, examinées et discutées.

La société civile burundaise présente cette surveillance comme un outil de prévention à l’approche du vote. Elle insiste sur les risques de pression contre les opposants, les militants et les médias. À l’inverse, les autorités peuvent considérer le mécanisme comme une mise en cause extérieure de leur souveraineté. L’enjeu est alors de confronter les versions à des éléments vérifiables, sans confondre la parole d’un expert indépendant avec une décision de justice.

Un calendrier électoral sous observation

La présidentielle est annoncée pour le 3 mai 2027. Le président Évariste Ndayishimiye, élu en 2020, est présenté comme favori pour un nouveau mandat, mais le scrutin reste à venir. La Constitution promulguée en 2018 fixe la durée du mandat présidentiel à sept ans. La compétition politique, les règles de candidature et la capacité des institutions à garantir un vote crédible feront partie des sujets à suivre à mesure que la campagne approche.

Le précédent de 2025 pèse également dans les évaluations. Dans sa déclaration de septembre, le rapporteur a décrit un paysage politique dominé par le CNDD-FDD et signalé des obstacles à une compétition électorale véritable. L’opposition, les organisations de la société civile et les autorités ne partagent pas nécessairement le même diagnostic. La question pratique sera de savoir si les partis peuvent s’organiser, faire campagne et contester les décisions dans un cadre sûr et prévisible.

Pour les Burundais, les conséquences ne se limitent pas aux dirigeants ou aux acteurs politiques de Gitega. Les restrictions civiques touchent aussi les associations locales, les journalistes et les habitants qui veulent signaler des abus ou participer à la vie publique. Lorsque les mécanismes de plainte sont perçus comme insuffisants, la confiance dans les institutions électorales peut s’éroder, dans les villes comme dans les zones rurales.

Une portée régionale et continentale

Le Burundi est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), organisation régionale qui réunit plusieurs pays de la région autour de la coopération politique et économique. La stabilité institutionnelle d’un État membre a des répercussions sur la confiance entre partenaires et sur la circulation des personnes et des activités transfrontalières. Toutefois, le renouvellement décidé à Genève relève du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, et non de l’EAC.

À l’échelle africaine, le dossier illustre une tension récurrente : comment concilier souveraineté nationale, coopération avec les mécanismes internationaux et protection des droits fondamentaux. Le mandat renouvelé ne garantit ni l’accès au Burundi ni la prévention d’incidents pendant la campagne. Il maintient cependant une instance de suivi à un moment où les alertes électorales sont déjà formulées. Les prochaines étapes à observer seront la publication des rapports du mandat, la coopération des autorités et les conditions concrètes de préparation du scrutin de mai 2027.