Un nouveau visage pour une mise à l’épreuve industrielle

Au Zimbabwe, le passage de l’exploration à la production ne se joue pas seulement dans le sous-sol. Il se décide aussi dans les bureaux, les ateliers et les chaînes de décision. Quand une compagnie veut transformer une découverte en activité rentable, elle a besoin d’un profil capable de tenir la géologie, la finance et le terrain. C’est exactement le type de pari que fait Kavango Resources, alors que son projet aurifère de Hillside entre dans une phase plus opérationnelle.

Cette séquence s’inscrit dans un environnement zimbabwéen où l’or reste un pilier de l’économie minière, au moment où Harare pousse davantage la formalisation, la valeur ajoutée locale et la conformité des circuits d’exportation. Le ministère des Mines et du Développement minier affiche clairement cette ligne, tandis que la SADC plaide, elle aussi, pour davantage de transformation locale des matières premières dans toute l’Afrique australe.

Jasper Musadaidzwa prend la tête de Kavango

Le groupe a nommé Jasper Musadaidzwa directeur général et administrateur exécutif avec effet immédiat le 7 septembre 2026. Le nouveau patron est zimbabwéen et revendique plus de 27 ans d’expérience dans l’industrie minière, dont 17 ans chez AngloGold Ashanti. Sa nomination intervient au moment où Kavango veut consolider sa présence au Zimbabwe et faire basculer son modèle vers une activité génératrice de trésorerie.

Son parcours est centré sur des opérations africaines de grande taille. Kavango et les documents de référence d’AngloGold Ashanti indiquent qu’il a travaillé sur plusieurs actifs du groupe sur le continent, notamment à Siguiri, en Guinée, ainsi que sur d’autres opérations en Afrique de l’Ouest et de l’Est. La mine de Siguiri reste, aujourd’hui encore, l’un des repères majeurs de la présence du groupe en Afrique de l’Ouest.

Le nouveau dirigeant arrive aussi avec une réputation de gestionnaire de redressement. Dans l’annonce de sa nomination, Kavango souligne qu’il a contribué à améliorer la performance des activités guinéennes du groupe et à prolonger la durée de vie de l’exploitation. Pour une société encore jeune dans la production, ce type de profil compte autant que les ressources minières elles-mêmes.

Hillside, un test concret dans la ceinture aurifère de Filabusi

Le cœur du dossier reste Hillside, dans la ceinture de roches vertes de Filabusi, au sud du Zimbabwe, à proximité de Bulawayo. Kavango y présente un projet aurifère composé de plusieurs anciennes mines, relancé par une stratégie de montée en puissance progressive. Le groupe a lancé une activité minière à petite échelle dès août 2024, avant d’engager, en juin 2025, la construction d’une unité de traitement Carbon in Pulp de 50 tonnes par jour.

Le rapport intermédiaire publié en septembre 2025 allait déjà plus loin. Il indiquait que l’entreprise visait une montée à 250 tonnes de minerai par jour, avec un objectif de production d’environ 8 000 onces d’or par an à ce niveau. Le document précisait aussi que la mise en service d’une installation de 200 tonnes par jour était attendue au premier semestre 2026. Autrement dit, le projet a quitté la phase purement géologique pour entrer dans celle des réglages industriels.

Dans ce contexte, le choix d’un dirigeant habitué aux mines africaines n’a rien d’anodin. Le passage de l’exploration à l’exploitation exige une discipline quotidienne sur les coûts, la récupération du minerai, la sécurité, l’approvisionnement et la relation avec les communautés locales. C’est là que se joue la différence entre un site prometteur et une activité durable.

Ce que cela change pour le Zimbabwe, et au-delà

Pour le Zimbabwe, l’enjeu dépasse le seul cas de Kavango. Le pays cherche à capter davantage de valeur sur ses ressources, au lieu de rester cantonné au seul export de concentrés ou de minerai brut. La SADC pousse dans le même sens avec sa stratégie d’industrialisation et sa vision minière régionale, qui mettent l’accent sur la transformation locale, les chaînes de valeur et l’intégration des marchés.

Le ministère zimbabwéen des Mines rappelle pour sa part que l’investissement minier doit servir la génération de revenus nationaux, la conformité et la valorisation sur place. Dans le cas de l’or, cela renvoie aussi à un sujet sensible : l’artisanat minier reste central dans les volumes officiels, et sa formalisation continue d’influencer les flux vers les circuits reconnus. La Banque centrale du Zimbabwe a d’ailleurs noté une progression des livraisons d’or via les canaux officiels après des efforts de formalisation du secteur artisanal et à petite échelle.

Pour Kavango, l’arrivée de Jasper Musadaidzwa sert donc plusieurs objectifs à la fois. D’abord, rassurer les investisseurs sur la capacité du groupe à opérer. Ensuite, ancrer davantage la société dans l’écosystème minier zimbabwéen, où les compétences locales comptent. Enfin, sécuriser la montée en régime de Hillside pendant que le portefeuille cuivre du Botswana reste, lui aussi, sous surveillance. La société cherche à tenir deux promesses en parallèle : produire plus vite au Zimbabwe et continuer à explorer en Afrique australe.

La suite dépendra de deux jalons très concrets : la stabilisation du petit site de traitement de Hillside, puis l’augmentation de capacité qui doit confirmer ou non la viabilité du modèle. À l’échelle régionale, ce dossier illustre une tendance plus large en Afrique australe : la bataille ne porte plus seulement sur la découverte de gisements, mais sur la maîtrise de l’outil industriel qui transforme la ressource en revenu local.