Au Zimbabwe, diversifier la production électrique ne relève plus seulement d’un objectif climatique. C’est aussi une manière de réduire la vulnérabilité des ménages, des entreprises et des services publics aux pénuries, lorsque les centrales ne couvrent pas la demande.
Un projet hybride prévu dans les districts de Guruve et Mazowe, au nord du pays, pourrait contribuer à cette diversification. Mais sa portée dépendra encore du financement, des accords de vente d’électricité et de son raccordement effectif au réseau.
Un système électrique exposé aux aléas
Le Zimbabwe s’appuie sur plusieurs sources d’électricité, notamment le charbon et l’hydroélectricité. Cette dernière dépend des précipitations et du niveau du lac Kariba, retenue partagée avec la Zambie sur le fleuve Zambèze. En période de sécheresse, la production hydroélectrique peut reculer et accentuer les tensions sur l’approvisionnement.
Les difficultés ne s’arrêtent pas aux centrales. La capacité disponible, le réseau de transport et la possibilité d’importer de l’électricité influencent aussi l’accès au courant. Les coupures touchent les activités de façon inégale : elles compliquent le fonctionnement des entreprises et des équipements dépendants de l’électricité, tandis que les ménages ruraux éloignés du réseau font face à des obstacles spécifiques de raccordement.
À l’échelle régionale, le Zimbabwe appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Il participe aussi au Southern African Power Pool, un mécanisme qui permet aux opérateurs de la région de coordonner et d’échanger de l’électricité. Ce marché régional peut aider à gérer les déficits et les surplus, sans garantir qu’une offre soit disponible au moment où chaque pays en a besoin.
Un projet combinant vent, soleil et batteries
Le 3 novembre 2026, les développeurs Modaso Energy, filiale du groupe MISA, et Tatanga Energy ont annoncé un partenariat pour faire avancer le projet Guruve-Mazowe. La configuration présentée associe 128 mégawatts (MW) d’éolien, 100 MW de solaire et des batteries d’une puissance de 50 MW, pour une capacité de stockage annoncée de 100 mégawattheures (MWh).
Le coût estimé atteint 300 millions de dollars. Les promoteurs avancent une production annuelle d’environ 550 gigawattheures (GWh), soit près de 5 % de la production électrique annuelle actuelle du Zimbabwe. Ce chiffre est une estimation du projet, et non une production déjà injectée dans le réseau.
L’électricité doit être vendue principalement à ZESA, l’entreprise publique du secteur, tandis que ZimGreenCo, une société liée au négociant régional Africa GreenCo, prévoit également d’en acheter une partie. Les contrats d’achat restent toutefois à finaliser. Sans accords commerciaux conclus, les volumes réellement vendus et les conditions de livraison ne sont pas encore établis.
Le projet a évolué depuis ses premières étapes. Tatanga Energy et l’entreprise espagnole Enerfin avaient d’abord travaillé sur un parc éolien de 100 MW. Une campagne de mesure du vent avait débuté en septembre 2021 pour évaluer le site et aider à choisir les turbines. L’ajout du solaire et du stockage élargit aujourd’hui le dispositif envisagé.
Une production plus souple, sous conditions
Le principe de l’hybridation est de tirer parti de sources dont les périodes de production peuvent se compléter. Les panneaux solaires produisent pendant la journée ; le vent suit un profil différent selon les conditions locales. Les batteries peuvent restituer une partie de l’énergie stockée lorsque la production baisse ou que la demande augmente.
Cette combinaison pourrait réduire la dépendance à l’hydroélectricité, sans la remplacer. Elle ne supprime pas non plus les contraintes liées au réseau : il faudra acheminer l’électricité depuis le site, intégrer les variations de production et assurer l’exploitation des batteries. Le projet pourra donc renforcer l’offre, mais ses bénéfices dépendront aussi des infrastructures et de la capacité du système à absorber cette énergie.
Pour les habitants des districts concernés, les retombées dépendront notamment des travaux, des emplois effectivement créés et des modalités d’accès au raccordement. Pour les clients de ZESA, une nouvelle capacité ne signifie pas automatiquement une alimentation continue : la disponibilité des centrales, le transport, la distribution et les conditions d’achat comptent également.
Des objectifs nationaux à concrétiser
Le Pacte national pour l’énergie du Zimbabwe, préparé dans le cadre de l’initiative Mission 300 de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, fixe des ambitions pour 2030. Il vise à faire passer la capacité renouvelable de 1 282,3 MW en 2024 à 2 640 MW. Le document associe aussi l’expansion de la production à un objectif d’accès universel à l’électricité.
Ces cibles sont ambitieuses. Le pacte estime qu’environ 41 % des ménages avaient accès à l’électricité en 2024 et prévoit une forte accélération des raccordements, en combinant réseau, mini-réseaux et solutions hors réseau. Une centrale de grande taille peut contribuer à la production, mais ne répond pas à elle seule aux difficultés de desserte dans les zones éloignées ni aux besoins d’investissement dans la distribution.
Le projet Guruve-Mazowe illustre ainsi un enjeu partagé par plusieurs pays d’Afrique australe : diversifier les sources tout en renforçant les réseaux et les échanges régionaux. Sa prochaine étape concrète sera la finalisation des contrats d’achat et des arrangements financiers. C’est à ces conditions que la capacité annoncée pourra se transformer en électricité livrée aux consommateurs zimbabwéens.
Les précisions publiées au Zimbabwe sur le projet Guruve-Mazowe | La présentation de Tatanga Energy sur le développement éolien initial | Le Pacte national pour l’énergie du Zimbabwe