Pour le Togo, l’enjeu ne se limite plus à fournir des machines aux producteurs. Il s’agit désormais de mieux maîtriser l’eau, d’augmenter les rendements et de rapprocher les services agricoles des exploitations, alors que la demande alimentaire progresse.
Un programme agricole qui change d’échelle
La Banque ouest-africaine de développement (BOAD), l’institution commune de financement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), a approuvé un nouveau prêt de 45 milliards de francs CFA en faveur du Togo.
La décision a été prise le 24 septembre 2026, lors de la 152e session ordinaire du conseil d’administration de la banque, réunie à Lomé. Le financement concerne la troisième phase du Programme d’appui à la mécanisation agricole et à l’irrigation, connu sous le sigle ProMAI.
Avec cette nouvelle enveloppe, les engagements de la BOAD pour le ProMAI atteignent 105 milliards de francs CFA. Ce total additionne les 20 milliards approuvés en octobre 2025, les 40 milliards accordés en juin 2026 et le nouveau financement de 45 milliards.
Ce cumul doit être distingué d’un montant de 182 millions de francs CFA, qui ne correspond pas aux financements annoncés pour le programme. Les données disponibles établissent plutôt un engagement total de 105 milliards de francs CFA.
530 hectares et 100 000 tonnes de riz supplémentaires visés
La troisième phase prévoit l’aménagement de 530 hectares ainsi que l’acquisition d’équipements d’irrigation. L’objectif affiché est d’obtenir au moins 100 000 tonnes supplémentaires de riz par an.
La BOAD associe cette hausse de production à la création d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes. Le financement doit aussi soutenir l’amélioration des revenus agricoles et la sécurité alimentaire.
Cette cible est importante au regard du niveau actuel de la filière. Les données disponibles pour 2023 font état d’une production d’environ 183 000 tonnes de riz paddy, avec un rendement moyen de 1,81 tonne par hectare.
À ce niveau, les 100 000 tonnes additionnelles représenteraient plus de la moitié de la production de riz paddy enregistrée en 2023. L’objectif est donc ambitieux. Sa réalisation dépendra de la mise en service effective des équipements, de la disponibilité de l’eau et de l’accès des producteurs aux services agricoles.
Le besoin est également lié à la transformation du riz. En 2023, la production locale de riz usiné était estimée à 105 448 tonnes, pour une demande proche de 206 000 tonnes. L’écart montre que la progression des volumes devra s’accompagner d’investissements dans la transformation, le stockage et la commercialisation.
Des centres régionaux au plus près des producteurs
La première phase du ProMAI, financée à hauteur de 20 milliards de francs CFA, a porté sur l’acquisition de matériels agricoles et d’équipements d’irrigation destinés aux Centres régionaux de mécanisation agricole, les CRMA.
Ces centres doivent fournir aux exploitants des prestations de mécanisation, comme la préparation des sols ou certains travaux culturaux. Ils peuvent aussi jouer un rôle dans la maintenance, la formation et l’accès à des équipements trop coûteux pour une exploitation individuelle.
Les CRMA de Tové, dans la région des Plateaux, et de Tchitchao, dans la région de la Kara, sont déjà opérationnels. Leur extension doit permettre de couvrir progressivement les principales zones agricoles du Togo.
La deuxième phase, approuvée en juin 2026, a ajouté 40 milliards de francs CFA. Elle prévoit notamment l’élargissement des interventions aux zones agricoles prioritaires et la construction ou la réhabilitation d’infrastructures hydrauliques.
Cette orientation répond à une contrainte concrète. Une agriculture dépendante des seules pluies reste exposée aux décalages de saison, aux épisodes secs et aux fortes variations de rendement. L’irrigation ne supprime pas ces risques, mais elle peut réduire leur impact lorsqu’elle est accompagnée d’une gestion rigoureuse de l’eau.
Le défi de l’accès et de la mise en œuvre
Pour les exploitations familiales, l’effet du programme dépendra moins du montant annoncé que des conditions d’accès aux services. Les tarifs de location des machines, la proximité des centres et les délais d’intervention seront déterminants.
Les producteurs des zones éloignées de Lomé doivent pouvoir bénéficier du même dispositif que ceux installés près des infrastructures principales. La réussite du ProMAI se mesurera donc aussi dans les régions rurales, et pas uniquement dans les résultats administratifs du programme.
La question de la maintenance sera tout aussi importante. Les équipements agricoles ne produisent des gains durables que si les pièces détachées, les techniciens et les compétences locales sont disponibles. Cette exigence peut créer des emplois, mais elle suppose une organisation adaptée et un financement régulier.
La BOAD et les autorités togolaises ont par ailleurs engagé un travail sur la gouvernance du programme. Des manuels relatifs aux procédures administratives, financières, au suivi-évaluation et aux marchés publics ont été validés en avril 2026.
Ces outils doivent améliorer la traçabilité des dépenses et le suivi des résultats. Ils seront particulièrement utiles pour vérifier le nombre d’hectares effectivement aménagés, le volume de riz produit et le nombre de producteurs servis.
Un enjeu togolais, une portée ouest-africaine
Le ProMAI s’inscrit dans une priorité partagée par les pays de l’UEMOA et, plus largement, par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La région cherche à réduire sa dépendance aux importations alimentaires tout en renforçant les chaînes de valeur locales.
Pour le Togo, l’augmentation de la production rizicole peut réduire une partie des achats extérieurs. Elle peut aussi soutenir les transformateurs, les transporteurs, les commerçants et les fournisseurs d’intrants.
Mais la production supplémentaire ne suffira pas à elle seule. Il faudra sécuriser les débouchés, améliorer la qualité du riz local et limiter les pertes après récolte. Le prix payé au producteur restera également un indicateur central de l’impact économique du programme.
La prochaine étape sera donc opérationnelle. Les acteurs suivront la passation des marchés, l’installation des équipements, l’aménagement des 530 hectares et l’accès réel des producteurs aux services des CRMA.
À Lomé comme dans les régions agricoles, le résultat attendu est simple à mesurer : davantage de terres productives, des rendements plus réguliers et une part plus importante du riz consommé au Togo issue de la production nationale.