À Dakar, la lutte contre le cancer ne s’est pas limitée à un message de sensibilisation. Le dimanche 27 septembre 2026, une randonnée organisée par la Ligue sénégalaise contre le cancer (LISCA) a réuni des milliers de participants autour d’un objectif concret : encourager le dépistage et réduire les retards de prise en charge.

La mobilisation intervient à quelques jours du début officiel d’Octobre Rose, campagne consacrée principalement à la prévention et au dépistage du cancer du sein. Au Sénégal, cette période concerne aussi le cancer du col de l’utérus, une maladie liée dans la majorité des cas à une infection persistante par le papillomavirus humain.

Une campagne lancée depuis Dakar, mais pensée pour tout le Sénégal

Le rendez-vous s’est tenu à la Place de la Nation, à Dakar, dès le matin du 27 septembre. La LISCA avait présenté cette randonnée comme le lancement officiel de l’édition 2026 d’Octobre Rose. L’organisation invite notamment les femmes à profiter des consultations et des opérations de dépistage annoncées à partir du 1er octobre.

Selon l’Agence de presse sénégalaise, la présidente de la LISCA, Fatma Guenoune, a indiqué que les femmes dont le dépistage révélerait une anomalie pourraient bénéficier d’un accompagnement de l’association. Cette étape est essentielle : un examen de dépistage ne constitue pas un diagnostic de cancer. Il permet d’identifier une situation qui doit être vérifiée par des examens complémentaires.

Un bilan publié le 28 septembre par la presse locale fait état de plus de 3 400 participants à la randonnée. Ce chiffre doit être attribué à cette source, car les premiers comptes rendus disponibles ne donnent pas tous le même niveau de détail sur la participation. L’essentiel reste ailleurs : la campagne cherche à transformer une mobilisation ponctuelle en consultations réellement suivies.

La LISCA indique que ses campagnes d’Octobre Rose permettent habituellement de dépister plus de 5 000 femmes dans différentes localités du pays. L’association mène également des actions d’information, soutient des patientes et participe à l’équipement de structures sanitaires.

Le dépistage reste le principal point de fragilité

Le cancer du sein est désormais présenté par la LISCA comme le premier cancer chez les femmes au Sénégal. Des données communiquées lors du lancement de la campagne évoquent environ 2 220 nouveaux cas chaque année et plus de 1 300 décès. Ces chiffres, rapportés par plusieurs médias sénégalais, doivent être lus avec prudence, car les registres de cancer ne couvrent pas toujours l’ensemble du territoire avec la même précision.

Le retard au diagnostic reste l’un des facteurs les plus lourds. Lorsqu’une tumeur est repérée tardivement, les traitements sont souvent plus complexes, plus longs et plus coûteux. Les conséquences touchent directement les familles. Elles concernent les dépenses médicales, les déplacements vers Dakar et la perte de revenus lorsque la malade ou un proche doit interrompre son activité.

Le problème ne se résume donc pas à l’existence de centres spécialisés dans la capitale. Une femme vivant dans une région éloignée peut devoir parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour accéder à une mammographie, à une biopsie ou à un traitement adapté. Cette concentration des soins crée une différence entre les habitantes de Dakar et celles des zones rurales ou des villes secondaires.

La LISCA défend régulièrement une décentralisation de la prise en charge. Cette orientation suppose de renforcer les compétences du personnel local, d’assurer la disponibilité des équipements et de garantir un système d’orientation efficace entre les postes de santé, les hôpitaux régionaux et les établissements spécialisés.

Le cancer du col de l’utérus appelle une réponse différente

Le cancer du col de l’utérus présente un enjeu particulier. Il peut être prévenu par la vaccination contre le papillomavirus humain et repéré avant son évolution grâce au dépistage des lésions précancéreuses. Le traitement de ces lésions peut éviter l’apparition d’un cancer invasif.

Le profil de pays publié par l’Organisation mondiale de la santé indique qu’en 2019, seulement 8 % des femmes sénégalaises âgées de 30 à 49 ans avaient été dépistées au cours des cinq années précédentes. Ce niveau montre l’ampleur du travail à accomplir, notamment dans les territoires où l’offre de soins préventifs reste irrégulière.

Le ministère sénégalais de la Santé a déjà soutenu des opérations gratuites dans plusieurs zones. Une campagne menée à Khombole a ainsi ciblé 470 femmes et s’est accompagnée de la remise d’un appareil de cryothérapie. Cette technique permet de traiter certaines lésions précancéreuses sans attendre leur aggravation.

La vaccination contre le papillomavirus constitue l’autre levier. Elle s’inscrit dans une politique de prévention à long terme. Son efficacité dépend toutefois de l’information des familles, de la confiance accordée aux services de santé et de la capacité à atteindre les adolescentes dans toutes les régions.

Au-delà du mois rose, la question du coût des soins

Une campagne de sensibilisation ne peut produire des résultats durables que si les personnes dépistées peuvent accéder rapidement à la suite du parcours médical. Le financement des examens, de la chirurgie, de la radiothérapie, de la chimiothérapie et des soins de soutien demeure donc central.

La gratuité de certains traitements a déjà été annoncée par les autorités sénégalaises pour les cancers du sein et du col de l’utérus dans les structures publiques. Mais la gratuité théorique ne suffit pas toujours. Les patientes doivent aussi pouvoir payer le transport, les examens non disponibles localement, les médicaments complémentaires et les dépenses liées à l’accompagnement.

Pour les femmes qui travaillent dans l’économie informelle, une journée passée dans un centre de santé peut entraîner une perte immédiate de revenus. Dans les ménages ruraux, le coût du déplacement vers Dakar ou vers une capitale régionale peut retarder la consultation. Ces réalités doivent être intégrées à toute politique de lutte contre le cancer.

Un enjeu national et ouest-africain

Le Sénégal appartient à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, qui facilite la coopération entre quinze pays de la région. Les difficultés liées au dépistage, au prix des traitements et à la disponibilité des spécialistes dépassent donc les frontières sénégalaises.

La circulation des patientes, la formation des professionnels et l’achat d’équipements pourraient gagner à être davantage coordonnés à l’échelle ouest-africaine. Les campagnes nationales restent indispensables, mais elles ont intérêt à s’appuyer sur des normes communes et sur le partage d’expériences entre pays.

Après la randonnée de Dakar, le principal indicateur sera le nombre de femmes effectivement dépistées, orientées et accompagnées. La réussite d’Octobre Rose 2026 ne se mesurera pas seulement à la mobilisation visible dans la capitale. Elle se vérifiera aussi dans les centres de santé régionaux, dans la continuité des soins et dans la capacité du Sénégal à réduire les écarts entre Dakar et le reste du pays.

Lire les informations de l’Agence de presse sénégalaise sur le lancement d’Octobre Rose.

Consulter les informations de la LISCA sur le dépistage et l’accompagnement.

Voir le profil de l’OMS sur le cancer du col de l’utérus au Sénégal.