À Kédougou, dans le sud-est du Sénégal, l’or change d’échelle. Mais l’augmentation des volumes extraits ne dit pas, à elle seule, quelle part de cette richesse revient à l’État, aux entreprises sénégalaises et aux habitants des zones minières.
Les données publiques disponibles invitent d’abord à distinguer les chiffres vérifiés des prévisions. Le rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) consacré au premier semestre 2025 recense 6,168 tonnes d’or produites par les sociétés minières. Un article de l’ITIE Sénégal détaille également cette production et sa valeur. En revanche, les chiffres de 8,2 tonnes au premier semestre 2026 et de 16 tonnes attendues sur l’ensemble de l’année, avancés dans des publications récentes, n’ont pas été retrouvés dans une seconde source publique indépendante. Ils doivent donc être considérés comme des estimations attribuées, pas comme un bilan officiellement recoupé. Les rapports de l’ITIE Sénégal sur la production aurifère apportent un point de comparaison vérifiable.
Trois mines, une production en expansion
La progression attendue repose notamment sur Boto, dans la région de Kédougou. Exploitée par le groupe marocain Managem, cette mine a démarré sa production en 2025. L’entreprise indique que le site a atteint sa capacité nominale au premier semestre 2026. Elle prévoit une production annuelle de l’ordre de 4,6 tonnes d’or, selon les éléments présentés dans la matière disponible. Ce chiffre décrit une capacité attendue, et non un résultat déjà établi pour une année complète.
Boto vient s’ajouter à Sabodala-Massawa, exploité par le groupe canadien Endeavour Mining, et à Mako, opéré par l’australien Resolute Mining. Les prévisions attribuées aux opérateurs portent la production nationale autour de 16 tonnes en 2026. Elles restent sensibles au rythme de montée en puissance des sites, aux teneurs du minerai et aux conditions d’exploitation. L’or se concentre dans l’est du pays, tandis que les décisions fiscales, les achats des entreprises et la transformation des revenus concernent toute l’économie sénégalaise.
Le secteur ne se limite pas aux grandes mines industrielles. L’ITIE Sénégal a aussi relayé une étude sur l’orpaillage dans la région de Kédougou, qui estime la production artisanale à 4 tonnes. Cette activité fait vivre des travailleurs et des circuits économiques locaux, mais ses volumes et ses retombées doivent être suivis séparément de ceux des entreprises industrielles. Additionner ces chiffres sans préciser leur périmètre donnerait une image trompeuse de la production nationale. Les données de l’ITIE sur l’or et les autres productions minières montrent l’importance de cette distinction.
Des projets annoncés, mais encore soumis à des étapes
La hausse pourrait se poursuivre si plusieurs projets franchissent les étapes techniques, environnementales et financières nécessaires. Endeavour Mining évoque une augmentation de la production de Sabodala-Massawa à l’horizon 2028. À Diamba Sud, dans le sud-est, Fortuna Mining fait avancer les études et les démarches administratives. En février 2026, l’entreprise a annoncé avoir déposé une demande de permis d’exploitation auprès des autorités sénégalaises. Une demande ne vaut toutefois ni autorisation définitive ni démarrage de la production.
Les estimations de production associées à Diamba Sud varient selon les annonces et les hypothèses retenues. Elles ne doivent donc pas être présentées comme un résultat acquis. Le projet doit encore franchir les procédures d’autorisation et les décisions d’investissement. L’ITIE Sénégal a documenté les ressources estimées du site, tandis que Fortuna publie ses propres avancées et études. Ces informations permettent de suivre le projet, mais les ressources souterraines annoncées ne sont pas équivalentes à des réserves exploitables ni à de l’or déjà extrait.
Un autre projet, à Douta, est également cité parmi les développements possibles. Mais, en l’absence de confirmation indépendante des calendriers et volumes avancés, ses objectifs de production doivent rester attribués aux annonces de l’entreprise. Ainsi, les projections d’une production nationale pouvant approcher 24 tonnes en 2028 dépendent de plusieurs mises en service et extensions. Elles constituent un scénario, pas une certitude.
La question des retombées dépasse les volumes
Pour l’État, l’enjeu est de convertir l’activité minière en recettes publiques prévisibles : impôts, redevances, dividendes et emplois. Pour les communautés de Kédougou, les effets se mesurent aussi dans l’accès à l’emploi, les contrats accordés aux entreprises locales, les infrastructures et la gestion des terres et de l’eau. Les bénéfices ne sont pas automatiques. Ils dépendent des règles des contrats, de leur application et de la transparence des paiements.
Les chiffres de production ne suffisent donc pas à mesurer la contribution réelle de l’or. Il faut les rapprocher des revenus versés au budget, des emplois créés et des dépenses réalisées dans les territoires concernés. Les rapports de l’ITIE, qui rapprochent les déclarations des entreprises et celles des administrations, sont un outil de suivi parmi d’autres. Ils ne remplacent pas le contrôle des impacts sociaux et environnementaux sur le terrain.
Ce développement s’inscrit dans une Afrique de l’Ouest où les États cherchent à mieux maîtriser la valeur tirée de leurs ressources. Le Sénégal est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui rassemble des pays aux trajectoires minières différentes. La comparaison régionale rappelle qu’une hausse de production ne garantit pas, à elle seule, une meilleure redistribution. Pour Dakar, l’enjeu sera de concilier attractivité des investissements, contrôle public et retombées durables pour les populations.
La prochaine étape à surveiller est donc moins un chiffre prévisionnel qu’une série de décisions vérifiables : publication des résultats complets de 2026, délivrance éventuelle des permis, décisions finales d’investissement et transparence sur les recettes. C’est à cette aune que se mesurera la place grandissante de l’or dans l’économie sénégalaise.