Pour une usine ou un entrepôt frigorifique, produire une partie de son électricité sur place peut réduire la facture et renforcer la continuité des opérations. Au Sénégal, un nouveau financement privé doit permettre à Afreenergy Solar d’élargir cette offre destinée aux entreprises, tout en refinançant des installations déjà en service.
Un portefeuille appelé à plus que quintupler
Le fonds Renewable Energy Performance Platform 2 (REPP 2), géré par Camco, accorde à Afreenergy Solar un prêt senior de 12 millions d’euros. Une dette senior est remboursée avant les créances de rang inférieur. Le financement servira à refinancer des centrales solaires opérationnelles et à construire de nouvelles installations photovoltaïques, avec 5,7 mégawattheures (MWh) de stockage sur batteries.
L’entreprise prévoit de faire passer son portefeuille de 2,7 mégawatts-crête (MWc) à 14,9 MWc. Le MWc mesure la puissance maximale théorique des panneaux, tandis que le MWh mesure une quantité d’énergie, ici la capacité de stockage. Les 14,9 MWc correspondent à une capacité visée, et non à un parc déjà entièrement en service.
Le financement regroupe plusieurs sites associés à des contrats de fourniture d’électricité avec des clients de la distribution, de l’agroalimentaire, de l’agro-industrie et des infrastructures. Afreenergy conserve la propriété et l’exploitation des équipements. Les clients achètent l’électricité sur le long terme. L’entreprise estime que ce modèle peut réduire leurs dépenses d’électricité d’environ 30 % ; cette économie annoncée dépend toutefois des conditions propres à chaque site.
Le solaire décentralisé complète les investissements du réseau
Cette opération s’inscrit dans une trajectoire déjà engagée. En juillet 2024, Afreenergy Solar a acquis trois centrales solaires en toiture auparavant détenues par GreenYellow au Sénégal. Ce portefeuille représentait 2,6 MWc selon les informations publiées à l’époque. En mars 2026, le groupe de financement du développement PIDG a annoncé un engagement de 4,3 millions d’euros via InfraCo, sa branche de développement de projets. Cet appui distinct vise une plateforme pouvant, à terme, déployer jusqu’à 30 MW de solaire et 10 MWh de batteries dans le pays.
Les deux financements ne doivent donc pas être confondus : l’engagement de PIDG soutient le développement de la plateforme, tandis que le prêt de REPP 2 finance le refinancement d’actifs et de nouvelles constructions. Ensemble, ils illustrent la mobilisation de plusieurs instruments financiers autour du solaire commercial et industriel, souvent désigné par le sigle C&I.
Pour les entreprises, l’intérêt est direct : une production sur site peut limiter l’exposition aux coûts de l’électricité du réseau et soutenir les activités qui dépendent d’une alimentation régulière. Le stockage peut déplacer une partie de l’énergie solaire vers des périodes où les panneaux produisent moins. Mais il ne garantit pas, à lui seul, une alimentation continue. La performance dépendra du dimensionnement des batteries, de la consommation de chaque client et de la disponibilité des installations.
Ce modèle privé ne remplace pas les investissements nécessaires dans la production nationale, le transport et la distribution. Il ne répond pas non plus de la même manière aux besoins des ménages, des petites entreprises informelles ou des localités éloignées des grands centres économiques. Son bénéfice immédiat vise des clients commerciaux et industriels capables de conclure des contrats de long terme. La question sera donc aussi celle de la répartition des gains et de l’accès à ces solutions au-delà des grandes entreprises.
Un test pour le financement énergétique en Afrique de l’Ouest
Le Sénégal a inscrit le développement des énergies renouvelables dans sa politique énergétique et vise une part de 40 % dans son mix électrique d’ici à 2030. Les projets décentralisés destinés aux entreprises peuvent contribuer à cet objectif, à condition que les capacités annoncées soient effectivement construites et que leur intégration avec le réseau soit maîtrisée. Le pays reste aussi lié à ses voisins par la CEDEAO, organisation régionale ouest-africaine où les échanges d’énergie et les infrastructures transfrontalières comptent dans la sécurité d’approvisionnement.
Camco présente REPP 2 comme un fonds de dette privé qui finance des projets renouvelables de taille petite ou moyenne, raccordés ou non au réseau. Dans le cas d’Afreenergy, l’enjeu dépasse donc l’installation de panneaux : il s’agit de vérifier si des contrats privés à long terme et le regroupement de plusieurs sites peuvent attirer des financements remboursables à grande échelle.
Les prochains repères seront concrets : la mise en chantier des nouveaux sites, leur entrée en exploitation, la capacité de stockage réellement installée et les économies constatées chez les clients. L’entreprise évoque aussi la possibilité d’une plateforme pour des projets industriels et miniers plus importants en Afrique. Cette ambition dépendra des résultats obtenus au Sénégal et de la capacité à reproduire le modèle dans d’autres marchés, aux cadres réglementaires et aux réseaux différents.
Sources : annonce du financement REPP 2 ; communiqué de PIDG sur son engagement de mars 2026 ; recoupement par l’Agence Ecofin ; informations sur l’acquisition du portefeuille GreenYellow ; présentation de REPP 2 par Camco.