À Dakar comme dans les régions, l’accès au financement reste un obstacle majeur pour les petites et moyennes entreprises sénégalaises. Le Fonds islamique de relance tente d’y répondre en orientant progressivement ses ressources vers la production, les chaînes de valeur locales et l’éducation scientifique.
Un nouvel investissement dans quatre entreprises sénégalaises
Le Fonds islamique de relance (FIR) a officialisé, le mardi 22 septembre 2026, une enveloppe globale de 600 millions de francs CFA au profit de quatre entreprises sénégalaises. L’opération porte le montant cumulé de ses investissements à 7,5 milliards de francs CFA, en fonds propres et sous forme de prêts moudharaba.
La moudharaba est un mécanisme de finance islamique fondé sur le partage des bénéfices et des risques entre l’apporteur de capitaux et l’entreprise financée. Elle se distingue d’un prêt classique par l’absence d’un intérêt fixe appliqué au capital.
Les bénéficiaires de cette nouvelle opération sont Agro Industries du Nord, Mintou Rassoul, Bassari Baobab et l’École Scientifique Internationale d’Excellence. Leurs activités couvrent l’agroalimentaire, la transformation agricole et l’enseignement scientifique.
Agro Industries du Nord et Mintou Rassoul évoluent dans la filière riz, notamment dans la vallée du fleuve Sénégal. Le financement doit soutenir la modernisation des équipements, l’augmentation des capacités de stockage et la sécurisation de l’approvisionnement.
Le FIR indique également que l’investissement consacré à l’École Scientifique Internationale d’Excellence doit contribuer à l’équipement de nouvelles infrastructures éducatives. L’établissement prévoit notamment l’ouverture d’un second lycée à Keur Massar, dans la région de Dakar.
Ces éléments ont été communiqués par le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques. Une publication indépendante de la presse sénégalaise confirme le montant, la date de formalisation et l’identité des quatre entreprises bénéficiaires.
Un fonds créé après la crise sanitaire
Le FIR est une filiale du Fonds souverain d’investissements stratégiques, le FONSIS. Il a été créé avec l’appui de la Banque islamique de développement et de l’État du Sénégal afin de renforcer les fonds propres et les capacités de financement des PME affectées par la crise de Covid-19.
Son enveloppe initiale s’élève à 20 milliards de francs CFA. Le dispositif repose sur deux composantes. La première, dotée de 5 milliards de francs CFA, est consacrée au renforcement des fonds propres. La seconde, de 15 milliards, vise des financements sous forme de dette ou d’instruments conformes aux principes de la finance islamique.
À son lancement, le fonds ciblait principalement les PME et les PMI confrontées à une baisse d’activité ou à des difficultés de trésorerie. Les interventions envisagées devaient généralement se situer entre 10 et 50 millions de francs CFA, avec un objectif initial de 400 entreprises accompagnées.
La stratégie a depuis évolué. En octobre 2024, le FONSIS a affecté 5 milliards de francs CFA à Taysir Finance. Cette institution de microfinance doit redistribuer ces ressources aux PME sénégalaises à un taux annoncé de 5,5 %. Taysir Finance est devenu le troisième partenaire du FIR, après la Banque islamique du Sénégal et Coris Bank Baraka.
En janvier 2025, une ligne supplémentaire de 2,5 milliards de francs CFA a été accordée à Al Rahma, filiale de la Banque nationale pour le développement économique. Cette opération vise notamment les très petites entreprises, les acteurs de l’économie sociale et solidaire et les entrepreneurs qui accèdent difficilement au crédit bancaire.
Les montants et les dates de ces deux opérations sont documentés par les communications du FONSIS sur le partenariat avec Taysir Finance et par la convention publiée au sujet d’Al Rahma et du financement des PME.
De la relance d’urgence au soutien des filières productives
Le portefeuille du FIR ne se limite plus à la réparation des effets de la pandémie. Ses interventions couvrent désormais la transformation agricole, l’agro-industrie, la valorisation des ressources locales, le textile, la santé et l’éducation.
Cette orientation répond à une difficulté structurelle de l’économie sénégalaise. De nombreuses entreprises disposent d’un marché ou d’un savoir-faire, mais manquent de capitaux pour acheter des équipements, constituer des stocks ou franchir un cap industriel.
Les investissements dans la filière riz illustrent cet enjeu. Ils concernent à la fois la transformation et le stockage. Leur impact potentiel dépasse donc les entreprises financées. Il peut toucher les producteurs, les transporteurs, les fournisseurs d’équipements et les commerçants liés à la chaîne de valeur.
Dans les territoires éloignés de Dakar, l’effet recherché est également territorial. Une unité agroalimentaire mieux équipée peut stabiliser des emplois locaux et offrir des débouchés plus réguliers aux producteurs. Toutefois, ces résultats dépendront de la capacité des entreprises à maintenir leur activité, à accéder aux marchés et à maîtriser leurs coûts.
L’éducation scientifique constitue un autre axe important. Le soutien à des infrastructures scolaires privées ne remplace pas l’effort public, mais il peut accroître l’offre de formation dans des domaines où le Sénégal cherche à renforcer ses compétences : sciences, ingénierie, santé et recherche.
En mars 2025, le FIR avait déjà investi 586,5 millions de francs CFA dans cinq entreprises : Contanna, Dialibatou, By Tchico, Prozen Industries et la Clinique du Littoral. Cette opération concernait la transformation de produits agricoles et halieutiques, le textile et la santé, selon le bilan publié par le FONSIS sur cet investissement.
Un instrument inscrit dans l’espace financier ouest-africain
Le FIR s’inscrit dans l’environnement financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Le Sénégal partage avec plusieurs pays de la région le franc CFA, ainsi qu’un marché financier régional et des réseaux bancaires communs.
La finance islamique y occupe une place encore limitée, mais elle dispose de relais institutionnels et commerciaux. Les banques islamiques, les sociétés de microfinance et les instruments comme les sukuk offrent des solutions complémentaires au crédit conventionnel.
Pour les entreprises sénégalaises, l’enjeu ne consiste pas seulement à mobiliser des ressources. Il s’agit aussi de renforcer la gouvernance, la transparence comptable et la capacité à présenter des projets viables. Sans ces conditions, les fonds disponibles risquent de profiter à un nombre restreint d’acteurs déjà structurés.
Le passage à 7,5 milliards de francs CFA investis marque donc une étape, mais pas l’aboutissement du dispositif. Le principal indicateur à surveiller sera désormais l’impact concret : nombre d’entreprises accompagnées, emplois préservés ou créés, progression de la production locale et répartition des investissements entre Dakar et les autres régions du Sénégal.
Avec cette nouvelle opération, le FIR confirme une évolution de son rôle. Né comme un outil de relance post-Covid, il devient progressivement un véhicule de financement destiné à soutenir des capacités productives sénégalaises. Sa portée dépendra, dans les prochaines années, de sa capacité à atteindre les entreprises en croissance et à transformer les investissements annoncés en résultats durables.