Le nord du Ghana cherche encore le bon raccourci vers le haut débit
Dans plusieurs zones du Ghana, la question n’est plus seulement de savoir qui a le téléphone. Elle est de savoir qui peut réellement se connecter, payer un service stable et en tirer un bénéfice économique. Dans le nord du pays, l’écart reste visible, alors que les usages numériques progressent à l’échelle nationale. Le pays affiche désormais un taux de pénétration d’Internet proche de 70 %, mais les régions du nord restent en dessous de cette moyenne dans de nombreux districts.
Pour les Ghanéens des villes secondaires, des écoles, des centres de santé et des petites entreprises, la vraie question est donc l’infrastructure. Sans réseau de transport du trafic numérique, les services restent lents, coûteux ou inégaux. C’est ce vide que Csquared veut exploiter avec un projet de fibre optique aérienne adossé aux lignes électriques du nord du Ghana.
Un projet installé dans une trajectoire nationale déjà engagée
Le Ghana n’en est pas à son premier chantier de mutualisation des réseaux. En 2021, Ghana Grid Company a déjà signé avec Csquared pour louer de la capacité fibre issue de ses infrastructures de transport d’électricité, un modèle présenté comme une voie plus rapide et moins coûteuse vers la couverture numérique. Le nouveau dossier prolonge cette logique, mais en la déplaçant vers le nord du pays et vers les réseaux de NEDCo, la filiale de distribution qui couvre environ 64 % de la superficie ghanéenne selon la Volta River Authority.
Cette continuité compte. Au Ghana, la connectivité ne dépend pas seulement des opérateurs télécoms. Elle repose aussi sur la capacité à utiliser des actifs publics ou semi-publics, comme les pylônes et les couloirs électriques, pour réduire le coût du déploiement. Dans un marché où la concurrence se joue aussi sur les prix de gros, un réseau ouvert peut changer l’équation pour les fournisseurs d’accès, les administrations et les services décentralisés.
Ce que prévoit l’accord signé à Accra
Le 9 septembre 2026, l’USTDA a annoncé à Accra un accord de financement d’étude de faisabilité avec Csquared Ghana. L’étude doit évaluer la viabilité commerciale d’un réseau de fibre posé le long des lignes de distribution électrique exploitées par NEDCo, estimer la demande du marché, préciser les besoins techniques et bâtir une stratégie de financement. L’agence américaine présente aussi ce projet comme une infrastructure à accès ouvert, c’est-à-dire un réseau que plusieurs opérateurs peuvent louer au lieu de dupliquer chacun leurs propres lignes.
L’intérêt du montage est clair. Csquared ne cherche pas seulement à transporter des données. L’entreprise cherche aussi à créer un actif louable, capable de générer des revenus de gros auprès des opérateurs mobiles, des fournisseurs d’accès, des écoles, des hôpitaux, des administrations et des entreprises. L’étude doit donc dire si le marché du nord ghanéen peut soutenir ce modèle et à quel coût.
Le projet s’inscrit dans une société où les chiffres d’usage montrent encore une fracture nette. Le Ghana Statistical Service a indiqué que, dans plusieurs régions du nord, la part des personnes n’utilisant pas Internet restait supérieure à la moitié en 2021, avec un gradient marqué entre le nord et le sud. De son côté, le World Bank Africa blog a rappelé que les taux d’usage varient fortement selon les districts, de 24 % dans certains territoires du nord à 92 % dans certaines zones urbaines du littoral.
Ce que change la fibre aérienne pour les acteurs locaux
Pour les opérateurs, la proposition est financièrement intéressante. Louer une infrastructure mutualisée revient souvent moins cher que construire son propre réseau fibre de bout en bout. Pour les consommateurs, l’effet attendu passe par une meilleure qualité de service, davantage de concurrence en gros et, à terme, des tarifs plus soutenables. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est plus large : il s’agit de brancher des zones moins bien desservies aux services numériques de base.
Le nord du Ghana n’est pas un espace périphérique au sens économique. C’est une zone de circulation, d’échanges agricoles, d’éducation et de services publics, connectée au reste du pays et, par endroits, aux pays voisins. NEDCo alimente aussi certaines localités frontalières du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et du Togo, ce qui rappelle que les infrastructures ghanéennes ont souvent une portée sous-régionale. Une fibre installée sur ces axes peut donc renforcer des usages commerciaux et institutionnels au-delà de la seule géographie nationale.
Le projet doit toutefois franchir une étape décisive : l’étude de faisabilité. Tant que la rentabilité n’est pas démontrée, le financement reste à lever et la mise en œuvre n’est pas acquise. L’expérience montre pourtant que l’accumulation de réseaux de gros, en Afrique de l’Ouest comme ailleurs sur le continent, devient un levier de compétitivité. Elle permet de réduire la duplication des infrastructures, un point central dans les marchés où le coût du déploiement freine encore l’extension du service.
Une séquence à surveiller pour l’Afrique de l’Ouest
Au niveau régional, le dossier dit quelque chose de plus vaste sur la CEDEAO : la connectivité ne progresse plus seulement par les grandes artères côtières, mais aussi par des solutions de mutualisation qui valorisent les infrastructures existantes. Le Ghana, souvent présenté comme un marché numérique relativement avancé dans la sous-région, montre ici qu’un pays peut afficher une pénétration nationale élevée tout en gardant des poches de retard profond.
Cette tension entre progrès global et inégalités locales intéresse aussi l’Union africaine, qui pousse depuis plusieurs années l’intégration numérique et la Zone de libre-échange continentale africaine. Sans dorsales régionales fiables et sans dernier kilomètre abordable, la circulation des services numériques, des paiements et des données reste incomplète. Le dossier Csquared-NEDCo dit donc moins un simple investissement qu’une stratégie : connecter là où le marché seul n’avance pas assez vite, sans refaire à l’identique les réseaux existants.