Au Nigeria, un téléphone simple peut bientôt servir de première porte d’entrée vers le crédit formel. Mais l’accès au service ne suffira pas : pour les ménages et les petites activités, tout dépendra aussi du coût des prêts et de leur remboursement.
Un accès par téléphone, sans connexion Internet
La Nigerian Consumer Credit Corporation (CREDICORP), société publique chargée de développer le crédit à la consommation, a présenté SPARK à Aba, dans l’État d’Abia, au sud-est du Nigeria. La plateforme s’appuie sur le code USSD, un menu accessible depuis un téléphone mobile classique, sans smartphone ni connexion Internet.
Le dispositif vise notamment les personnes qui empruntent pour la première fois ou ne disposent pas encore d’un historique de crédit formel. En principe, des remboursements effectués dans les délais peuvent contribuer à établir un dossier et faciliter l’accès ultérieur à d’autres financements. CREDICORP a annoncé le code *347*333#, mais la diffusion du service à plus grande échelle est attendue avant la fin de 2026 : son lancement ne signifie donc pas qu’il est déjà accessible partout.
SPARK a été présenté lors d’une étape de l’initiative « CREDICORP for All » organisée à Aba. L’événement a mis en avant des commerçantes, des jeunes et des professionnels du transport, ainsi que des financements liés à des biens utiles aux ménages et aux activités économiques.
Le défi : transformer l’accès en crédit soutenable
Le besoin est réel dans une économie où les petites entreprises occupent une place majeure, mais rencontrent des difficultés pour obtenir des prêts. Selon des données de l’enquête nationale SMEDAN/NBS, reprises par PwC, les micro, petites et moyennes entreprises représentaient environ 96,9 % des entreprises et contribuaient à 46,3 % du PIB, sur la base des données de 2020. Ces chiffres décrivent leur poids économique, sans garantir que le crédit à la consommation réponde aux besoins de financement des entreprises.
La distinction compte. Un prêt à un ménage pour acheter un équipement ou un moyen de transport n’est pas nécessairement un crédit de trésorerie pour une entreprise. Il peut néanmoins aider un commerçant à s’équiper ou un transporteur à acquérir un actif productif, si les conditions de remboursement correspondent aux revenus générés.
Au 31 octobre 2026, CREDICORP déclarait que ses programmes avaient facilité plus de 61,4 milliards de nairas de crédits pour 353 561 bénéficiaires. Le chiffre, rapporté par plusieurs médias nigérians, concerne l’ensemble des dispositifs de l’organisme et non SPARK seul. Le programme s’appuie sur 36 institutions financières partenaires et couvre les 774 collectivités locales du pays, selon les données publiées par la société.
Cette couverture nationale ne dit toutefois pas, à elle seule, si les prêts sont abordables, si les bénéficiaires les obtiennent dans toutes les régions au même rythme ni quelle part va aux zones rurales. Les conditions précises de SPARK — montants, taux, frais et échéances — seront déterminantes. Un accès facilité peut élargir les possibilités, mais un crédit mal adapté peut aussi alourdir le budget d’un ménage déjà sous pression.
Un enjeu nigérian, avec une portée régionale
Pour les autorités fédérales installées à Abuja, l’élargissement du crédit s’inscrit dans une stratégie économique plus vaste : soutenir la consommation, les activités locales et l’inclusion financière. Mais les effets ne seront pas identiques pour tous. Les ménages sans historique bancaire pourraient gagner une première trace de remboursement, tandis que les commerçants et transporteurs dépendront de la capacité du financement à produire un revenu supérieur à son coût.
La question dépasse les frontières nigérianes. Au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les débats sur les paiements numériques et l’accès au financement croisent les enjeux d’intégration économique. SPARK mise sur une technologie basique plutôt que sur une application connectée : cette approche peut réduire une barrière d’équipement, mais elle ne remplace ni l’information sur les droits de l’emprunteur ni la transparence des tarifs.
La prochaine étape à surveiller est donc le déploiement effectif du service, annoncé avant la fin de 2026, et la publication de ses modalités. Les résultats devront être évalués au-delà du nombre de bénéficiaires : qualité des remboursements, répartition entre femmes et hommes, accès hors des grands centres urbains et financement d’activités réellement génératrices de revenus permettront de juger si l’élargissement du crédit renforce durablement l’autonomie financière.
Le compte rendu de Premium Times sur le lancement de SPARK et les précisions de Punch sur le déploiement annoncé rapportent les informations de lancement et les chiffres communiqués par CREDICORP. Les données économiques sur les PME sont issues de l’analyse de PwC fondée sur l’enquête SMEDAN/NBS.