Dans plusieurs communautés du centre du Nigeria, l’enjeu n’est plus seulement de produire de l’électricité. Il faut aussi financer les équipements avant que les premières recettes et les aides publiques ne soient versées. C’est précisément le rôle du nouveau montage mobilisé autour de Prado Power.

Un financement hybride pour accélérer l’accès à l’électricité

Le développeur nigérian prévoit de construire et d’exploiter cinq mini-réseaux solaires dans les États de Benue et de Nasarawa. Ces installations devraient représenter une capacité totale de 1,84 mégawatt-crête et 5,2 mégawattheures de stockage par batteries.

Plus de 12 000 connexions sont annoncées. Elles doivent desservir des ménages, des petits commerces et des activités économiques situés dans des zones encore mal reliées au réseau électrique national.

Le financement comprend une dette senior accordée par REPP 2, un fonds privé spécialisé dans les infrastructures d’énergies renouvelables et géré par Camco. L’annonce a été faite le 30 septembre 2026.

La dette senior correspond à un prêt remboursé prioritairement par rapport à d’autres créances. Pour un développeur, elle permet de lancer les travaux, d’acheter les panneaux et les batteries, puis de mettre les sites en service avant de percevoir l’ensemble des subventions attendues.

Les cinq projets s’inscrivent dans le programme DARES, acronyme de Distributed Access through Renewable Energy Scale-up. Cette initiative de 750 millions de dollars, financée par la Banque mondiale et mise en œuvre au Nigeria par la Rural Electrification Agency, vise à améliorer l’accès à l’électricité pour 17,5 millions de personnes.

Le programme prévoit notamment le déploiement de 1 225 mini-réseaux, ainsi que l’installation de solutions solaires autonomes pour les ménages et les petites entreprises. Il cible en priorité les localités où l’extension du réseau central reste difficile ou trop coûteuse.

Le rôle décisif des subventions versées après les résultats

Dans le modèle retenu par DARES, l’aide publique n’est pas entièrement versée au début du projet. Une partie dépend de la réalisation effective des connexions et du fonctionnement des installations.

Pour les mini-réseaux isolés, les subventions basées sur la performance sont calculées en fonction du nombre de nouveaux clients raccordés. Ce mécanisme vise à éviter que les fonds publics ne financent des équipements sans utilisateurs réels.

Dans le cas présenté pour Prado Power, 80 % de l’aide seraient versés après la mise en service des infrastructures, selon les connexions réalisées. Le solde dépendrait notamment de l’atteinte d’un niveau minimal de consommation. Ces modalités doivent inciter les opérateurs à maintenir les équipements en fonctionnement et à développer les usages productifs de l’électricité.

Ce calendrier crée toutefois un besoin de trésorerie important. L’entreprise doit engager une grande partie des dépenses avant de recevoir la totalité du soutien public. La dette permet donc de combler temporairement l’écart entre les investissements et les décaissements liés aux résultats.

Ce type de financement associe plusieurs sources de capitaux. Les pouvoirs publics réduisent le coût et le risque initial grâce aux subventions. Les prêteurs privés apportent les fonds nécessaires à la construction. De leur côté, les opérateurs portent la responsabilité technique et commerciale des sites.

Camco présente ce financement comme un soutien à l’extension des infrastructures énergétiques décentralisées en Afrique. Prado Power n’a pas attendu cette opération pour utiliser ce modèle.

Prado Power change d’échelle

En mars 2026, la Société financière internationale, membre du Groupe de la Banque mondiale, a signé avec Prado Power une facilité de financement pouvant atteindre 10 millions de dollars. Norfund, le fonds norvégien destiné aux investissements dans les pays en développement, participe également au dispositif.

Selon les informations publiées par la Société financière internationale, cette enveloppe doit aider Prado Power à financer jusqu’à 41 mini-réseaux. L’entreprise vise près de 49 500 nouvelles connexions, pour un coût total d’investissement estimé à 33,3 millions de dollars.

Le financement combine un prêt senior de la Société financière internationale, un prêt parallèle de Norfund et une dette subordonnée concessionnelle. Cette dernière bénéficie de conditions plus favorables qu’un prêt commercial classique et améliore la capacité de l’opérateur à mobiliser d’autres capitaux.

Les projets concernés doivent eux aussi bénéficier de subventions liées aux performances du programme DARES. Le mécanisme prévoit notamment l’affectation des subventions futures au remboursement de la dette. En pratique, le prêteur s’appuie sur des recettes publiques attendues, mais conditionnées à la livraison effective des résultats.

La Société financière internationale indique que Prado Power développe des mini-réseaux hybrides associant production solaire et stockage. L’entreprise cherche également à relier l’accès à l’électricité aux besoins des exploitations agricoles, des petites entreprises et des activités locales.

Un enjeu national qui dépasse les zones rurales

Pour le Nigeria, les mini-réseaux ne constituent pas une solution marginale. Ils répondent à la difficulté d’alimenter rapidement un territoire vaste, peuplé et marqué par de fortes disparités entre les États.

Dans les zones rurales, une alimentation électrique plus régulière peut prolonger les heures d’activité des ateliers, soutenir la conservation des produits agricoles et réduire l’usage des groupes électrogènes. Dans les petites villes, elle peut aussi renforcer les services de santé, les commerces et les activités numériques.

Les effets ne seront toutefois pas identiques pour tous les usagers. Les ménages devront pouvoir payer les consommations de base. Les entreprises auront besoin de tarifs compatibles avec leurs marges. Les opérateurs, eux, devront maintenir les batteries, assurer le service après-vente et atteindre les niveaux de consommation prévus par les contrats.

La réussite dépendra donc autant de la construction des installations que de leur exploitation sur la durée. Le nombre de connexions ne suffira pas à mesurer l’impact réel. La qualité du service, la durée des coupures, les tarifs et les usages économiques seront également déterminants.

La CEDEAO observe un modèle reproductible

Le dispositif nigérian s’inscrit dans une réflexion plus large en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO, qui regroupe les pays de la région et travaille à l’intégration de leurs marchés, cherche depuis plusieurs années à améliorer les échanges d’électricité et l’accès aux énergies renouvelables.

Les mini-réseaux peuvent compléter les grands projets interconnectés. Ils ne remplacent pas les réseaux nationaux, mais permettent de desservir plus rapidement des localités éloignées. Leur développement dépend cependant de règles claires, de financements adaptés et d’une coordination entre l’État fédéral, les États fédérés, les autorités locales et les opérateurs.

Le principal point à surveiller sera la capacité de Prado Power et des autres développeurs à transformer les promesses de financement en installations opérationnelles. Il faudra aussi mesurer la régularité des décaissements de DARES et la solidité des mécanismes de remboursement.

Si ce modèle confirme sa viabilité, le Nigeria pourrait attirer davantage de capitaux vers les infrastructures énergétiques décentralisées. Pour les autres pays de la CEDEAO, l’expérience offrira un exemple concret d’articulation entre dette privée, subventions publiques et résultats vérifiables.