Une cargaison venue d’Algérie peut soulager les stations du nord du Niger. Elle ne règle pas, à elle seule, la question qui pèse sur les ménages, les transporteurs et les entreprises : comment assurer durablement l’approvisionnement d’un pays producteur de pétrole lorsque le raffinage et la distribution ne couvrent pas tous les besoins, ni partout au même moment ?
Une pénurie qui a atteint Niamey
En octobre, les difficultés d’approvisionnement, déjà signalées dans plusieurs villes, ont gagné Niamey. Des files se sont formées devant certaines stations-service. Le 23 octobre, l’Agence nigérienne de presse rapportait une amélioration de la situation dans la capitale, après plusieurs jours de manque. Cette accalmie ne signifiait pas pour autant que les tensions avaient disparu dans le reste du pays. Le compte rendu de l’ANP sur l’approvisionnement à Niamey et celui de l’Agence ivoirienne de presse, qui reprend les observations de terrain, décrivent cette amélioration progressive.
Pour contenir la pression, les autorités ont interdit les exportations d’essence super et de gasoil, sauf autorisation en cas de surplus, selon les dispositions officielles publiées par le ministère du Commerce et de l’Industrie. Un communiqué du 19 octobre a aussi limité les horaires de vente dans les stations et prévu des points de permanence. La vente hors station a été interdite dans les localités disposant d’au moins une station-service. Ces mesures visent à réserver davantage de produits au marché intérieur, mais elles compliquent aussi l’accès au carburant en dehors des heures d’ouverture, notamment pour les travailleurs et les activités dépendantes des déplacements. Le communiqué ministériel sur les horaires et la distribution précise ces règles.
Le convoi d’Agadez et ses chiffres
Le dimanche 1er novembre 2026, un convoi venu d’Algérie a été réceptionné à Agadez. L’Agence nigérienne de presse fait état de 53 camions-citernes transportant 1,65 million de litres, commandés par la Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP), chargée de la commercialisation nationale. De son côté, l’agence algérienne APS parle d’une cinquantaine de camions et d’un total de 1 600 tonnes d’essence en provenance de la raffinerie de Sbaa, dans la région d’Adrar. Les deux bilans s’accordent sur l’arrivée d’une cargaison importante, mais ne présentent pas exactement la même quantité ni la même description des produits. Il convient donc de conserver cette distinction plutôt que de fusionner les chiffres. L’APS confirme la livraison depuis Adrar ; Aïr Info rapporte l’arrivée du convoi à Agadez.
Selon l’ANP, l’achat a été effectué par la SONIDEP dans le cadre de la coopération entre Niamey et Alger, à un prix préférentiel dont le montant n’a pas été rendu public. La livraison peut renforcer les stocks dans le nord et desserrer localement la contrainte. Elle ne permet pas, sans données supplémentaires sur les volumes distribués et les stocks disponibles, de mesurer son effet sur la situation nationale ou sur les prix à la pompe.
Produire du pétrole ne suffit pas
Le décalage entre ressources pétrolières et disponibilité du carburant tient à toute une chaîne : extraction, raffinage, transport, stockage et distribution. Une faiblesse à l’une de ces étapes peut provoquer des ruptures, même lorsque le pays produit du brut. La Société de raffinage de Zinder (SORAZ) demeure un maillon central, mais sa capacité installée ne correspond pas à une production garantie chaque jour de l’année.
Le 5 octobre, le ministre du Pétrole, Hamadou Tini, a présenté devant le Conseil consultatif de la refondation des écarts entre les livraisons de la SORAZ à la SONIDEP et les volumes sortis par cette dernière. Pour les huit premiers mois de 2026, l’écart indiqué atteignait 196,62 millions de litres pour l’essence super et 52,60 millions pour le gasoil. Le ministre a toutefois averti que ces écarts ne prouvaient pas, à eux seuls, l’existence de fraudes ou d’exportations clandestines. Il a demandé de les examiner avec les données de production, de stocks, d’importations, de consommation et de mouvements transfrontaliers. L’ANP détaille les chiffres présentés par le ministre.
Cette prudence est importante : un écart comptable signale un besoin d’explication, pas nécessairement sa cause. Pour les autorités, la difficulté est de réconcilier les flux et d’orienter les volumes. Pour les usagers, le résultat se mesure plus directement : disponibilité dans les stations, temps d’attente et régularité des déplacements. Les restrictions peuvent aider à répartir les stocks, mais elles ne remplacent ni une logistique fiable ni un suivi transparent des quantités.
Un partenariat énergétique à suivre
La livraison s’inscrit dans une relation énergétique qui se développe entre le Niger et l’Algérie. En août 2026, Sonatrach a annoncé les premières livraisons de Jet A1, le carburant utilisé par les avions, à la SONIDEP, dans le cadre d’un contrat conclu entre les deux sociétés publiques. Le recours à plusieurs produits importés montre que l’enjeu dépasse l’essence vendue aux automobilistes : il concerne aussi l’aviation et les activités économiques qui en dépendent. Sonatrach a annoncé le début des livraisons de Jet A1 au Niger.
Le contexte régional compte également. Le retrait du Niger de la CEDEAO, effectif depuis le 29 janvier 2025, a reconfiguré ses relations institutionnelles en Afrique de l’Ouest, tandis que les échanges et les routes commerciales restent indispensables à son économie. Cette livraison illustre une autre voie d’approvisionnement, tournée vers l’Algérie, sans démontrer à elle seule un remplacement des circuits existants. La CEDEAO a confirmé la date d’effet du retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso.
La prochaine échéance sera donc moins la seule arrivée de nouveaux camions que la capacité à rendre les flux prévisibles : publier des données comparables, suivre les stocks et éviter que les restrictions ne déplacent simplement la pénurie d’une ville à l’autre. Pour les Nigériens, l’enjeu immédiat est l’accès régulier au carburant. Pour Niamey et ses partenaires régionaux, il est aussi de consolider des approvisionnements commerciaux qui tiennent dans la durée.