Pour un salarié du charbon dans le Mpumalanga, la transition énergétique ne se mesure pas seulement en mégawatts. Elle se joue aussi dans la possibilité de faire reconnaître son expérience, d’apprendre un nouveau métier et de trouver un emploi près de chez soi.
C’est à cette question que l’Afrique du Sud veut répondre avec une nouvelle zone de développement des compétences dans cette province du nord-est. L’enjeu dépasse les salles de formation : il concerne l’avenir économique des villes minières et énergétiques, alors que les besoins des entreprises évoluent et que certaines centrales approchent de la fin de leur activité.
Former au plus près des bassins d’emploi
Le ministre sud-africain de l’Enseignement supérieur et de la Formation, Buti Manamela, a lancé le dispositif le 29 octobre 2026, avec les autorités provinciales. C’est la première des trois zones prévues dans le cadre national de formation lié à la transition énergétique juste, qui vise à accompagner les travailleurs et les territoires concernés par la transformation du secteur.
La première phase s’ancre dans le district de Nkangala, autour des municipalités d’Emalahleni et de Steve Tshwete. Le Nkangala TVET College, un établissement public de formation technique et professionnelle, doit servir de point d’appui. Les autorités veulent réunir établissements de formation, employeurs, syndicats, administrations et collectivités.
La démarche doit commencer par un diagnostic local : quels métiers les entreprises recherchent-elles ? Les programmes d’études, les équipements et le nombre d’enseignants permettent-ils d’y répondre ? Le gouvernement cite notamment les énergies renouvelables, les réseaux électriques et le stockage de l’énergie parmi les domaines à prendre en compte. Il entend aussi relier la planification des formations aux projets d’investissement, plutôt que d’attendre que les postes existants disparaissent.
Dans son discours de lancement, Manamela a présenté la zone comme un moyen de transformer les orientations nationales en possibilités concrètes pour les habitants. Le texte officiel mentionne également la coordination avec les municipalités et les entreprises, ainsi que des pistes de formation pratique liées à l’installation et à l’entretien de panneaux solaires sur des logements publics.
Des compétences transférables, mais pas une garantie d’emploi
Le Mpumalanga occupe une place centrale dans le système énergétique sud-africain. Le charbon y reste lié à l’activité des centrales, des mines, des transports et de fournisseurs locaux. Cette concentration donne à la province une expérience industrielle importante. Elle l’expose aussi davantage aux conséquences économiques des changements de production et des fermetures de sites.
Une partie des compétences acquises dans le secteur du charbon pourrait être réutilisée ailleurs. Des savoir-faire en électricité, mécanique, maintenance et sécurité peuvent trouver des équivalents dans certaines activités renouvelables ou dans la modernisation du réseau. Mais cette proximité ne signifie pas qu’un mineur ou un technicien pourra passer automatiquement d’un poste à l’autre. Il faut parfois une formation complémentaire, une certification reconnue et un employeur qui recrute effectivement.
Le rapport « Powering Pathways », présenté par la National Business Initiative en octobre, s’inscrit dans cette réflexion sur les besoins de compétences et les zones de développement. Il souligne l’importance d’une planification adaptée aux réalités provinciales. Toutefois, l’existence de projets énergétiques ne suffit pas, à elle seule, à garantir un volume d’emplois équivalent à celui des activités qui déclinent. Les débouchés dépendront aussi du calendrier des investissements, de leur contenu local et de la capacité à développer d’autres secteurs.
Le ministre a reconnu que les capacités des établissements techniques et des organismes de formation restent un défi. Si les collèges manquent d’équipements ou d’enseignants spécialisés, les parcours promis peuvent prendre du retard. Les entreprises sont donc appelées à contribuer aux cursus, à proposer des stages et à accueillir des apprentis. Pour les travailleurs déjà en poste, le dispositif prévoit aussi des possibilités de reconversion et la reconnaissance des compétences acquises par l’expérience.
Un enjeu pour les villes, les travailleurs et les jeunes
Les effets de la transition ne seront pas identiques pour tous. Les salariés des centrales et des mines ont besoin de parcours adaptés à leur métier et à leur âge. Les jeunes entrant sur le marché du travail, eux, doivent pouvoir accéder à des formations qui débouchent sur des postes réels. Dans des municipalités dépendantes des activités énergétiques, les petits commerces et les prestataires locaux peuvent également ressentir les conséquences d’une baisse d’activité.
La localisation de la formation compte donc autant que son contenu. Un programme concentré loin des bassins d’emploi peut être difficile d’accès pour les personnes qui travaillent ou ont des responsabilités familiales. À l’inverse, une coordination avec les municipalités peut rapprocher les formations des besoins locaux et mieux relier emploi, infrastructures et développement des petites entreprises. Cette promesse dépendra cependant des moyens consacrés à sa mise en œuvre.
Pour l’Afrique du Sud, pays dont le réseau électrique reste fortement dépendant du charbon, la question est aussi celle du rythme. Le gouvernement doit faire évoluer la production sans déstabiliser l’approvisionnement ni laisser les communautés concernées porter seules le coût des changements. Les choix de formation ne règlent pas toutes les tensions, mais ils peuvent déterminer qui aura accès aux nouvelles activités.
Un test pour la transition énergétique régionale
Le lancement dans le Mpumalanga inaugure un modèle que Pretoria prévoit de déployer dans deux autres provinces. La déclaration officielle associe déjà le projet aux acteurs publics, aux établissements, aux entreprises et aux représentants des travailleurs. La prochaine étape sera de vérifier si cette coopération aboutit à des formations financées, des stages et des recrutements mesurables, plutôt qu’à une nouvelle stratégie sans retombées locales.
À l’échelle de l’Afrique australe, l’expérience sud-africaine intéresse les pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale qui rassemble les États de la zone. Les décisions sur l’électricité, les réseaux et les investissements dépassent les frontières nationales. Mais la réussite d’une transition dépend aussi de réponses ancrées dans chaque territoire : les métiers disponibles à Nkangala ne se confondent pas nécessairement avec ceux d’une autre région.
Le défi est désormais de relier trois calendriers : celui des formations, celui des investissements et celui des transformations industrielles. Si les apprentissages arrivent trop tard, les travailleurs risquent de perdre leur emploi avant d’avoir accès à une autre voie. S’ils ne correspondent pas aux besoins des employeurs, les diplômes ne suffiront pas. C’est sur cette articulation, et sur les possibilités concrètes offertes aux habitants d’Emalahleni et de Steve Tshwete, que se jugera la portée de la nouvelle zone.
Discours officiel de lancement de la zone de compétences du Mpumalanga · Présentation du dispositif par le gouvernement provincial du Mpumalanga · Travaux de la National Business Initiative sur les compétences de la transition énergétique · Analyse de l’OCDE sur le secteur électrique sud-africain