Pour le Mozambique, l’enjeu minier ne se limite plus à extraire et exporter. Maputo cherche aussi à augmenter les recettes publiques et à faire émerger davantage d’activités de transformation sur son territoire. L’accord conclu autour de Moma donne un premier aperçu de cette stratégie, sans encore régler la question de son application à tous les projets en activité.
Une réforme qui veut retenir davantage de valeur
Le 3 juin 2026, le président Daniel Chapo a promulgué une nouvelle loi minière. Elle prévoit notamment une participation gratuite de l’État d’au moins 15 % dans les projets miniers, ainsi que des mesures pour favoriser la transformation locale. Le texte permet aussi de réserver au marché intérieur jusqu’à 20 % de certaines productions minérales. Ces règles visent à renforcer la part des revenus et des activités industrielles qui bénéficie au pays.
Le gouvernement a ensuite créé l’Empresa Nacional de Minas (ENM), une compagnie publique chargée de représenter l’État dans les projets et de gérer certaines allocations de minerais. Le ministère des Ressources minérales et de l’Énergie a présenté cette entreprise comme un instrument de gestion des droits de l’État et d’appui au traitement local.
Ces changements s’inscrivent dans une trajectoire où les autorités mozambicaines cherchent à mieux négocier les retombées de l’exploitation des ressources. Mais leur portée dépendra des textes d’application et des accords déjà conclus avec les opérateurs. C’est particulièrement sensible pour les projets dont les contrats protègent certains droits existants.
Moma : une prolongation assortie de nouvelles conditions
Le Conseil des ministres a approuvé, le 13 octobre, le renouvellement jusqu’en 2044 de droits liés à l’accord de mise en œuvre de Moma, dans la province de Nampula. Kenmare Resources, l’entreprise qui exploite le site, a reçu la notification officielle le 29 octobre et a rendu la décision publique le 30 octobre 2026. L’accord encadre les activités de traitement et d’exportation de sa filiale. Les opérations minières relèvent, elles, d’un cadre réglementaire distinct.
Le compromis augmente progressivement la redevance calculée sur les revenus bruts de l’activité : de 1 % à 3 % pour 2025-2029, puis à 4 % pour 2030-2034 et à 5 % pour 2035-2044. La nouvelle grille prévoit donc des taux appliqués à partir de 2025, même si l’approbation de la prolongation date d’octobre 2026.
Le Mozambique pourra également acheter, directement ou par l’intermédiaire d’un tiers, jusqu’à 20 % de la production annuelle de Kenmare Moma Processing. Les achats se feront aux prix du marché et viseront le traitement au Mozambique. Le gouvernement devra normalement prévenir l’entreprise deux ans à l’avance, sauf accord sur un délai plus court.
Kenmare s’engage en outre à investir au moins 200 millions de dollars dans les installations, les machines et les infrastructures pendant les vingt années de prolongation. L’entreprise prévoit aussi 50 millions de dollars pour des projets sociaux, notamment dans l’éducation, la santé, les transports, l’énergie, l’eau et l’assainissement, ainsi que pour développer des débouchés aux petites et moyennes entreprises.
Moma produit notamment de l’ilménite, du zircon et du rutile, ainsi que des concentrés contenant de la monazite, un minerai associé aux terres rares. Cette diversité donne au dossier un intérêt qui dépasse les seules recettes fiscales : l’accès aux matières premières et leur transformation deviennent des enjeux industriels et commerciaux.
Un accord particulier, pas encore une règle générale
Les conditions annoncées ne mentionnent pas l’attribution à l’État d’une participation gratuite de 15 % dans Moma. Cela ne suffit pas à conclure que la nouvelle loi ne s’appliquera pas au site : l’accord annoncé concerne le traitement et l’exportation, tandis que le régime des opérations minières est distinct. Il faudra connaître l’addendum signé et les mesures d’application pour préciser comment les nouvelles obligations s’articulent avec les droits existants.
Le cas de Balama, dans la province de Cabo Delgado, sera suivi de près. Cette mine de graphite est exploitée par une filiale de Syrah Resources. Dans son rapport trimestriel de juin 2026, l’entreprise indique que son accord minier arrive à échéance en 2038 et comprend des clauses de stabilité destinées à préserver les arrangements existants malgré les changements législatifs. Syrah précise que les effets de la nouvelle loi dépendront des textes d’application encore en préparation. L’État détient déjà 5 % de la société qui porte le projet.
La comparaison entre Moma et Balama aidera à comprendre la méthode de Maputo : renégocier au moment du renouvellement d’un accord, appliquer certaines obligations aux contrats en cours, ou prévoir des modalités différentes selon les projets. Les investisseurs recherchent des règles prévisibles. De son côté, l’État veut disposer de recettes plus importantes et de leviers pour encourager la transformation sur place. L’arbitrage entre ces objectifs pèsera sur les investissements futurs.
Des retombées à mesurer au-delà des comptes publics
Une hausse des redevances peut accroître les revenus publics, mais son effet concret dépendra des recettes effectivement versées, de leur gestion et de leur traduction en services ou en investissements. Les engagements sociaux de Kenmare créent une autre voie de retombées, à condition que les projets annoncés soient réalisés et que les communautés concernées puissent en suivre les résultats.
Les bénéfices ne se répartissent pas automatiquement de la même façon entre la capitale et les régions productrices, les entreprises formelles et les petites activités locales, ou l’État et les ménages vivant près des sites. Les investissements industriels peuvent soutenir des emplois et des fournisseurs mozambicains, mais cela dépendra notamment des compétences disponibles, des infrastructures et des contrats attribués aux entreprises locales.
Le Mozambique est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui regroupe des États de la région et soutient leur coopération économique. Pour ses voisins comme pour l’Union africaine, l’expérience mozambicaine pose une question commune : comment transformer l’exploitation des ressources en recettes publiques, en capacités industrielles et en bénéfices locaux, tout en préservant des règles suffisamment lisibles pour les projets de long terme ?
La prochaine étape sera la signature de l’addendum à l’accord de Moma, puis son examen dans le cadre des procédures administratives mozambicaines. Les textes d’application de la loi minière et les discussions avec les opérateurs déjà présents permettront ensuite de voir si Moma annonce une pratique plus large ou reste un arrangement lié au renouvellement de cet accord.