Au Mozambique, l’électricité revient par les barrages, mais la question de fond reste la même

À Maputo, le courant ne dépend pas seulement des centrales. Il dépend aussi des pluies tombées en amont, dans le bassin du Zambèze. Quand les barrages se remplissent, le pays respire. Quand l’eau manque, toute la chaîne énergétique se tend, de la consommation urbaine aux exportations régionales.

C’est ce qui rend le premier semestre 2026 instructif. La production électrique du Mozambique a atteint 8,06 millions de MWh, en hausse de 8,8 % sur un an, selon les données semestrielles de l’exécution budgétaire et sectorielle citées dans la presse mozambicaine. L’objectif annuel fixé par les autorités est de 16,17 millions de MWh. À ce stade, le pays a donc réalisé 49,9 % de sa cible.

Le bassin du Zambèze a changé la donne, mais pas tout le tableau

Le redressement vient d’abord de l’hydroélectricité. Sur les six premiers mois de 2026, la production issue de cette source a progressé de 12,2 % pour atteindre 6,55 millions de MWh. La remontée des pluies après deux années très dures a amélioré les apports en eau, en particulier dans le bassin du Zambèze. Le réservoir de Cahora Bassa, l’un des grands ouvrages du continent, est ainsi passé d’environ 20 % de sa capacité en janvier à 56 % en juin, selon les données publiées par l’opérateur Hidroeléctrica de Cahora Bassa.

Cette amélioration compte d’autant plus que la sécheresse de 2024-2025 avait pesé lourdement sur le système. Des documents publics du gouvernement ont déjà montré que les contraintes hydriques avaient dégradé la performance du secteur, et les autorités ont lancé en 2026 des plans d’anticipation face à la sécheresse pour l’année hydrologique suivante. Autrement dit, la reprise actuelle reste fragile. Elle dépend toujours du cycle des pluies, donc d’un facteur que l’État ne contrôle pas.

HCB a, de son côté, annoncé une production de 6 399 GWh au premier semestre, soit environ 13 % de plus qu’à la même période en 2025, et au-dessus de ses prévisions internes d’environ 10 %. L’entreprise publique exploite un actif stratégique pour le Mozambique, mais aussi pour l’architecture électrique d’Afrique australe.

Exportations, marché régional et promesse de hub énergétique

La hausse de la production s’est aussi retrouvée dans les ventes extérieures. Les exportations mozambicaines d’électricité ont progressé de 5,1 % au premier semestre 2026 pour atteindre 1,77 million de MWh. Cela s’inscrit dans la logique du Southern African Power Pool, le marché électrique interconnecté de la SADC, qui permet aux membres d’échanger leurs excédents et leurs déficits d’électricité. Le Mozambique en fait partie, tout comme l’entreprise publique EDM et HCB dans l’écosystème régional.

Pour Maputo, l’enjeu dépasse la seule saison des pluies. Le pays veut consolider son rôle de plaque tournante énergétique dans la région. Le projet Mphanda Nkuwa, prévu sur le Zambèze avec une capacité annoncée de 1 500 MW et une mise en service commerciale visée en 2032, est au cœur de cette stratégie. Les autorités le présentent comme un outil de stabilisation du système, d’exportation d’électricité et d’appui à l’industrialisation.

Ce positionnement a une logique régionale claire. Le Southern African Power Pool a été créé sous l’égide de la SADC pour organiser les échanges d’électricité dans la zone. Le Mozambique peut y vendre de l’énergie, mais il peut aussi y acheter lorsque ses propres capacités vacillent. Cette souplesse est un atout. Elle devient aussi une dépendance quand la météo ou les infrastructures déraillent.

Les limites structurelles restent visibles derrière le rebond

Le gouvernement mozambicain ne cache pas les fragilités du secteur. Dans son rapport semestriel, il évoque des défis liés à la disponibilité de certaines centrales thermiques, aux limites du transport du gaz naturel et à une concurrence accrue sur le marché régional de l’énergie. Ce point est important, car la reprise hydroélectrique masque mal les retards des autres briques du système.

La centrale thermique de Temane, alimentée au gaz naturel et présentée comme la plus grande du pays avec 450 MW, n’apparaît pas dans les données de production du premier semestre 2026. Cela ne permet pas, à lui seul, de conclure à un échec technique ou commercial. En revanche, l’absence de cette unité dans le bilan disponible confirme que la diversification du mix n’est pas encore pleinement au rendez-vous. C’est une lecture prudente, mais solide.

Pour les ménages, cette situation se traduit par une tension diffuse mais réelle : plus de stabilité quand l’hydroélectricité repart, mais une vulnérabilité persistante dès qu’un maillon casse. Pour l’industrie et les investisseurs, le signal est plus large. Le Mozambique dispose d’un potentiel énergétique réel, avec l’eau, le gaz et les interconnexions régionales. Mais il doit encore sécuriser la production, les réseaux de transport et la fiabilité des nouvelles unités.

Le pays a aussi intérêt à maintenir la confiance autour des grands projets. À l’échelle de l’Afrique australe, l’électricité mozambicaine n’est pas seulement un dossier national. Elle pèse sur la sécurité énergétique de pays voisins comme l’Afrique du Sud, le Zimbabwe ou l’Eswatini via les échanges du SAPP. Le prochain test n’est donc pas seulement hydrologique. Il est industriel, financier et diplomatique. Il se jouera dans la capacité du Mozambique à transformer un rebond porté par la pluie en puissance durable, au service de Maputo et de toute la région.