Pour une entreprise marocaine qui achète en Chine, payer directement en renminbi peut simplifier une opération. Mais choisir une autre monnaie de règlement ne garantit, à lui seul, ni des frais plus bas ni une protection contre les variations de change.
L’adhésion annoncée par Attijariwafa bank au système chinois CIPS ouvre une nouvelle voie de paiement pour ses clients entreprises et institutionnels. Son intérêt dépendra désormais des modalités concrètes d’accès, des tarifs et de la disponibilité du yuan.
Un nouveau circuit pour les échanges du Maroc avec la Chine
Le CIPS, ou Cross-Border Interbank Payment System, est une infrastructure chinoise de compensation et de règlement des paiements transfrontaliers en renminbi (RMB), aussi appelé yuan. Lancé en 2015, il vise à faciliter les paiements internationaux libellés dans cette monnaie. Il ne supprime pas pour autant les banques intermédiaires ni les autres réseaux de paiement.
Le 19 octobre 2026, Attijariwafa bank a annoncé son adhésion au dispositif. Le groupe indique vouloir permettre à ses clients marocains de régler plus efficacement des opérations commerciales et financières en RMB. Adil Hajji, directeur de l’International Banking Groupe, affirme que cette étape renforce la capacité de la banque à accompagner les flux d’échanges et d’investissement entre le Maroc et la Chine.
La banque n’a toutefois pas détaillé le statut technique obtenu, le calendrier de mise en service ni les économies attendues. Cette précision compte : dans les systèmes de paiement, être participant direct n’offre pas nécessairement les mêmes capacités qu’un accès indirect par l’intermédiaire d’une autre institution.
La démarche s’inscrit dans une relation économique déjà importante. La Chine figure parmi les principaux fournisseurs du Maroc, tandis que les échanges restent déséquilibrés au détriment du royaume. Les données marocaines de commerce extérieur montrent que le déficit vis-à-vis de la Chine s’est creusé en 2024. Faciliter les règlements peut donc servir les importateurs marocains, mais ne rééquilibre pas à lui seul les échanges ni ne crée de nouveaux débouchés pour les exportateurs.
Les gains possibles, et leurs limites
Dans un circuit classique, une transaction peut passer par plusieurs banques correspondantes et être convertie entre différentes monnaies avant d’arriver au bénéficiaire. Un règlement directement en yuan peut réduire certaines étapes et rendre les paiements plus lisibles. Pour un importateur marocain qui paie un fournisseur chinois, cela pourrait simplifier le suivi d’une facture ou le traitement du transfert.
Mais le résultat dépendra du coût total. Il faut tenir compte du taux de conversion entre le dirham et le RMB, des frais bancaires, de la liquidité disponible et des conditions proposées par le fournisseur. Si le dirham doit d’abord être converti en dollars, puis en yuans, une partie du bénéfice attendu peut disparaître. Le risque de change reste également présent : la valeur de la facture peut évoluer entre la commande et le paiement.
Les entreprises les plus susceptibles d’en tirer parti sont celles qui réalisent régulièrement des achats ou des investissements en Chine et disposent d’une trésorerie suffisante pour gérer plusieurs devises. Pour les petites structures, l’accès à ce type d’outil dépendra surtout de son intégration aux services bancaires courants, de la clarté des frais et de la possibilité de couvrir le risque de change.
Le développement de nouveaux rails de paiement ne signifie pas que le dollar va disparaître des échanges avec la Chine. Il ajoute une option. Les entreprises pourront choisir leur monnaie de facturation et leur circuit de règlement selon leur activité, leurs contrats et leurs coûts. Le bénéfice réel se mesurera dans les paiements effectués, pas seulement dans l’annonce d’une adhésion.
Une dynamique bancaire qui dépasse le Maroc
Le mouvement concerne plusieurs banques africaines, mais leurs annonces ne correspondent pas toutes au même niveau d’intégration. Standard Bank, en Afrique du Sud, a été autorisée à traiter directement des transactions via CIPS en juin 2025, avant le lancement de son service en novembre. En juillet 2026, elle déclarait avoir traité plus de 8 milliards de yuans, soit environ 1,2 milliard de dollars, et étendu l’accès à plusieurs marchés africains.
Ecobank, groupe panafricain basé à Lomé et présent dans 34 marchés, a annoncé le 12 octobre 2026 la signature d’un protocole d’accord avec CIPS. Cette coopération vise à renforcer les paiements en renminbi entre la Chine et les économies africaines. Un protocole de coopération, des transactions déjà traitées et une adhésion dont les modalités restent à préciser sont donc trois situations distinctes.
Pour Attijariwafa bank, dont le réseau couvre plusieurs pays africains, la portée potentielle va au-delà des seules entreprises marocaines. Elle dépendra toutefois des marchés où le service sera disponible et des institutions qui pourront y accéder. Les infrastructures régionales de paiement africaines et les initiatives liées à la Zone de libre-échange continentale africaine poursuivent, de leur côté, un objectif complémentaire : rendre plus simples les échanges entre pays africains, et pas seulement ceux avec la Chine.
La prochaine étape sera donc opérationnelle. Les clients devront connaître le statut de participation de la banque, les délais réellement constatés, les frais et les monnaies de conversion proposées. Ces éléments permettront d’évaluer si cette nouvelle liaison améliore concrètement les paiements des entreprises marocaines, ou si elle constitue surtout une option supplémentaire dans un paysage financier en diversification.