À Rabat, un soutien qui dépasse le terrain

Dans le football mondial, les alliances se jouent souvent loin des tribunes. Elles se nouent dans les congrès, les votes et les couloirs du pouvoir, avec des effets très concrets pour les fédérations nationales.

Le Maroc se trouve aujourd’hui au centre de cette mécanique. Le royaume, coorganisateur de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, a choisi d’afficher son appui à Gianni Infantino au moment où la gouvernance de la FIFA traverse une zone de fortes turbulences. La décision du 77e Congrès électif de la FIFA d’élire son président à Rabat le 18 mars 2027 donne à ce soutien une portée particulière.

Un calendrier serré autour du Mondial 2030

Le cadre institutionnel est désormais fixé. La FIFA a confirmé que le Maroc, l’Espagne et le Portugal accueilleront le Mondial 2030, avec des matches de centenaire en Amérique du Sud, et que la finale est programmée le 21 juillet 2030.

Dans le même temps, Rabat a renforcé sa place dans l’architecture du football mondial. La Fédération royale marocaine de football a annoncé dès le 1er mai 2026 son soutien à la candidature d’Infantino pour un nouveau mandat, puis a réitéré, le 1er août 2026, son appui après le retrait du projet FIFA Forward Enterprise.

Cette convergence explique pourquoi la moindre rumeur sur le lieu de la finale du Mondial 2030 prend une dimension politique. Le Maroc n’est pas seulement un coorganisateur. Il est aussi l’un des rares alliés publics d’Infantino à un moment où plusieurs confédérations contestent sa méthode de gouvernance.

Les faits : une polémique sur la finale et sur la méthode Infantino

Début août 2026, plusieurs médias internationaux ont rapporté qu’Infantino aurait évoqué, en privé, la possibilité d’attribuer la finale de 2030 au futur stade Hassan II, près de Casablanca, en échange d’un soutien politique. La FIFA a répondu que l’idée d’une promesse faite au Maroc était « fausse et trompeuse » et a ajouté que la décision sur la finale serait prise « en temps voulu ».

Dans ce climat, la FRMF a maintenu une ligne nette. Son président, Fouzi Lekjaa, a qualifié de « sage » la décision d’Infantino de retirer son projet de réforme, puis a réaffirmé son soutien au président de la FIFA. Le 5 août, jour de la réunion de crise tenue près de Rabat, la fédération marocaine a aussi affiché un appui sans ambiguïté sur ses canaux officiels.

Le dossier dépasse la seule question marocaine. L’UEFA a engagé des démarches judiciaires aux États-Unis pour obtenir des documents liés au projet de vente d’une part des revenus du Mondial, avant d’envisager une action en Suisse. Elle estime que le plan a été préparé sans consultation suffisante et dans l’intérêt d’un cercle restreint autour du président de la FIFA.

Ce que Rabat gagne, et ce qu’il risque

Le calcul marocain est lisible. Le royaume veut maximiser ses chances d’obtenir la finale d’un Mondial qu’il coorganise déjà, tout en consolidant son influence dans les instances du football africain et mondial. Dans ce type de rapport de force, une fédération qui soutient tôt le patron sortant espère souvent convertir sa fidélité en capital politique.

Mais ce pari comporte une contrepartie. Si Infantino sort affaibli de la crise, le Maroc pourrait se retrouver exposé, non pas pour avoir commis une faute avérée, mais pour s’être trop vite aligné. À l’inverse, si le président de la FIFA conserve la main jusqu’au congrès de Rabat, ce soutien pourrait peser dans la suite des arbitrages, notamment sur la finale du 21 juillet 2030. Cette lecture reste une inférence politique, mais elle découle du calendrier et des prises de position publiques déjà connues.

Pour le Maroc, l’enjeu est aussi intérieur. Le pays investit dans des infrastructures sportives de grande ampleur, à commencer par le futur stade Hassan II, présenté comme un symbole de puissance d’accueil. Les autorités marocaines veulent en faire un levier d’image, d’attractivité et de montée en gamme. Une finale de Coupe du monde renforcerait ce récit. Mais un débat prolongé sur les conditions de décision peut aussi brouiller le message.

Sur le plan régional, cette affaire rappelle que le football africain ne se limite plus à la participation sportive. Il s’agit désormais de gouvernance, de financement et d’accès aux grands événements. La position de la FRMF, très visible dans la crise, montre qu’une fédération africaine peut peser dans les équilibres de la FIFA, mais aussi se retrouver prise dans des querelles entre blocs.

Une affaire qui compte bien au-delà du Maroc

À l’échelle continentale, le dossier est suivi de près parce qu’il touche à la place de l’Afrique dans les grandes décisions sportives. Le Maroc, déjà qualifié pour incarner l’un des visages du Mondial 2030, veut démontrer que l’Afrique du Nord peut accueillir des compétitions du plus haut niveau avec des standards mondiaux. L’Espagne et le Portugal suivent de leur côté un intérêt différent, car la finale reste un symbole fort pour l’un ou l’autre camp du dossier.

Il faut aussi surveiller la séquence politique qui mène au 18 mars 2027. Ce jour-là, Rabat accueillera le congrès électif de la FIFA. C’est là que se jouera, au moins en partie, la force réelle du camp Infantino et la valeur des soutiens qui l’entourent. Pour le Maroc, l’équation est simple en apparence et complexe en réalité : transformer une proximité politique en avantage sportif, sans que cette proximité ne devienne un handicap diplomatique.

Au fond, cette affaire dit beaucoup du football mondial actuel. Les compétitions ne sont plus seulement des événements sportifs. Elles sont devenues des actifs, des leviers d’influence et des instruments de négociation. Le Maroc, lui, avance dans cet espace avec une ambition claire : faire de Rabat et de Casablanca des centres de gravité du football africain et international. Reste à savoir si le pari engagé autour d’Infantino servira cette ambition ou l’exposera davantage.