Le lithium malien change d’échelle, mais la bataille reste celle des permis et des infrastructures
À Bamako, la carte minière du Mali ne se lit plus seulement à travers l’or. Depuis 2024, le lithium a pris place dans le paysage industriel du pays, avec une première mine entrée en service à Goulamina, puis un second site à Bougouni, dans le sud du pays. Cette montée en puissance attire de nouveaux acteurs, au-delà des partenaires chinois déjà bien installés. Elle rappelle aussi une évidence : au Mali, la valeur d’un gisement ne se joue pas seulement dans le sous-sol, mais dans la capacité de l’État à délivrer, encadrer et faire vivre les titres miniers.
Le contexte régional compte. Le Mali fait partie de l’espace ouest-africain, où la CEDEAO demeure la principale organisation de coopération économique, même si les tensions politiques récentes ont rebattu plusieurs équilibres. Dans le secteur minier, le sud malien concentre désormais des projets de lithium parmi les plus suivis du continent. Les zones de Bougouni, Kolondiéba et Sikasso deviennent, pour les investisseurs, un couloir stratégique relié aux marchés internationaux des batteries et du stockage d’énergie.
Le fait le plus immédiat est administratif, mais il est loin d’être secondaire. Le Conseil des ministres du vendredi 21 août 2026 a approuvé le renouvellement de dix permis de recherche minière, dont deux permis de lithium détenus par Intermin Lithium SARL, filiale liée à First Lithium. Ces permis concernent Gouna et Faraba, dans le sud du Mali. Selon le communiqué officiel repris par la radio-télévision publique et par l’agence panafricaine APA, il s’agit d’un deuxième renouvellement pour ces titres, après une période perturbée par la suspension des renouvellements de permis de recherche entre décembre 2022 et mars 2025.
Pour First Lithium, ce renouvellement compte davantage qu’un simple papier. L’entreprise a indiqué fin juillet que la publication de sa première estimation de ressources minérales au Mali dépendait de cette étape administrative. Ses travaux se concentrent notamment sur Blakala, à l’intérieur du permis de Gouna, et sur Faraba. Dans le minerai, l’exploration est souvent le vrai point de départ économique : sans estimation solide, pas de projet bancaire, pas d’étude de faisabilité robuste, et donc peu de marge pour attirer des financements sérieux.
Mais le dossier malien ne se limite pas à un seul groupe. Le pays dispose déjà de deux mines de lithium en production, à Goulamina et à Bougouni. Les autorités maliennes présentent ce basculement comme une étape de souveraineté industrielle. Goulamina a été mise en service en décembre 2024, tandis que Bougouni a commencé sa production en février 2025, selon le groupe Kodal Minerals. Le ministère malien des Mines a même affirmé en février 2026 que la combinaison des deux sites pourrait placer le Mali au premier rang africain en volume de concentré de spodumène en 2026. Cette projection reste à manier avec prudence, car elle dépend des cadences effectives, de l’export et des contraintes logistiques.
La présence chinoise domine déjà une partie de la chaîne. Le site de Goulamina est porté par Ganfeng, acteur majeur du lithium coté en Chine, et Bougouni s’inscrit aussi dans une coopération structurée avec des partenaires chinois et britanniques. À côté de cela, d’autres intérêts apparaissent. En mai 2026, Rosatom a dit avoir obtenu des résultats préliminaires confirmant le potentiel d’un site de lithium au Mali, via sa filiale énergétique Atomenergoprom, d’après Interfax. Le groupe Lithium Africa, lui, dit avoir travaillé sur plusieurs projets maliens, mais ses permis auraient expiré en 2025 et leur renouvellement resterait en attente. Autrement dit, le Mali attire, mais le terrain reste concurrentiel, et chaque acteur cherche encore sa place dans une filière qui se construit par paliers.
L’enjeu dépasse enfin le seul Mali. L’Agence internationale de l’énergie estime dans son Global Critical Minerals Outlook 2026 que la demande mondiale de lithium devrait continuer à croître fortement d’ici 2040, dans le scénario fondé sur les politiques déjà annoncées. C’est une donnée clé pour les pays africains producteurs : la hausse de la demande peut soutenir les recettes, mais elle accroît aussi la pression sur les États pour mieux négocier les contrats, développer les routes, sécuriser l’énergie et transformer localement une partie de la chaîne. Pour le Mali, la prochaine séquence se jouera donc sur trois fronts : publication des ressources, rythme réel des mines déjà ouvertes et capacité à convertir cette ruée en retombées durables pour l’économie formelle, les collectivités du sud et l’État central.