Pour un producteur de pommes de terre, la récolte commence bien avant la mise en terre. Elle dépend d’abord de semences saines, disponibles au bon moment et à un prix accessible. Au Kenya et en Tanzanie, cette étape reste un frein majeur. Deux organisations professionnelles veulent désormais coordonner leurs efforts au-delà de la frontière.

Une filière régionale freinée par le manque de semences

Le Kenya et la Tanzanie sont voisins en Afrique de l’Est et membres de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), un espace d’intégration qui facilite la coopération économique entre ses États. La pomme de terre y nourrit les marchés locaux et soutient des activités allant de la production à la transformation. Mais les deux pays ne disposent pas encore d’une offre suffisante de semences certifiées, c’est-à-dire contrôlées pour leur qualité et leur état sanitaire.

Au Kenya, la demande annuelle de semences certifiées est estimée à environ 150 000 tonnes. La production se situe autour de 24 000 tonnes, selon des données présentées en août 2026 par l’Organisation kényane de recherche agricole et de l’élevage (KALRO). L’écart atteint ainsi quelque 126 000 tonnes. Faute d’approvisionnement formel suffisant, des cultivateurs réutilisent des tubercules issus de récoltes précédentes. Cette pratique peut accroître les risques de maladies et limiter les rendements.

En Tanzanie, les semences certifiées ne couvriraient qu’environ 2 % des besoins nationaux, d’après les chiffres cités dans le cadre de l’accord. Le niveau exact de la demande n’est pas précisé dans les informations disponibles. Il convient donc de retenir cet indicateur comme une estimation attribuée, et non comme une mesure exhaustive.

Un accord de cinq ans à mettre en œuvre

Le 28 octobre 2026, à Naivasha, au Kenya, le Conseil tanzanien de la pomme de terre et le Conseil national de la pomme de terre du Kenya ont signé un protocole d’accord de cinq ans. La signature a eu lieu pendant le 13e Congrès mondial de la pomme de terre, organisé du 26 au 30 octobre dans cette ville du comté de Nakuru.

Les deux conseils prévoient de travailler sur le partage de technologies semencières, les normes de qualité et les règles phytosanitaires, qui visent à prévenir la propagation des organismes nuisibles. Ils veulent aussi faciliter les échanges commerciaux et les liens directs entre producteurs et marchés. Le premier plan de travail conjoint doit commencer à être préparé en novembre 2026.

Abdalla Luvanda, membre du conseil d’administration du Conseil tanzanien, a présenté l’harmonisation des normes et le développement de circuits commerciaux directs comme des moyens d’aider les agriculteurs des deux pays à profiter des débouchés régionaux. Il s’agit toutefois d’objectifs annoncés : l’accord ne garantit pas, à lui seul, une hausse rapide de la production ni une baisse des prix.

Des investissements nationaux, des obstacles locaux

Le Kenya a engagé plusieurs actions pour renforcer sa production de semences. En août 2026, le gouvernement a mis en service le centre Marindas, dans le comté de Nakuru. Placée sous la responsabilité de KALRO, cette installation doit servir à la multiplication de semences, à la recherche et à la formation des producteurs. Kenya News Agency rapporte que le site s’étend sur environ 600 acres, soit près de 243 hectares, dont une partie sera consacrée à la production en rotation.

En parallèle, le Conseil national de la pomme de terre et des partenaires ont élaboré une feuille de route semencière pour 2025-2030. Le document prévoit des pistes pour développer l’offre et améliorer l’accès des petits producteurs à des semences de qualité. Les informations disponibles ne permettent cependant pas de confirmer son adoption officielle par le ministère de l’Agriculture.

En Tanzanie, les actions rapportées portent notamment sur le suivi des producteurs et la structuration du secteur semencier. Le protocole bilatéral pourrait faciliter les échanges d’expérience entre les deux pays, mais la certification restera du ressort des institutions nationales. Les autorités et organismes compétents devront donc traduire toute convergence en procédures applicables dans chaque pays.

Les difficultés ne se limitent pas à produire davantage. Il faut aussi acheminer les semences vers les zones de culture, financer leur achat et assurer leur disponibilité au calendrier des plantations. Les grandes exploitations et les producteurs proches des centres de distribution ne rencontrent pas nécessairement les mêmes contraintes que les petites fermes éloignées. De même, une semence de qualité n’améliore les résultats que si elle s’accompagne de conseils agronomiques et d’un accès aux marchés.

Le test sera celui de l’exécution

Pour les producteurs kenyans et tanzaniens, l’enjeu est concret : accéder à du matériel végétal fiable sans dépendre uniquement de circuits coûteux ou irréguliers. Une meilleure coordination pourrait ouvrir des débouchés aux producteurs de semences et rapprocher les organisations agricoles des acheteurs. Elle suppose néanmoins des règles claires, des contrôles efficaces et des infrastructures de transport adaptées.

À l’échelle régionale, l’accord s’inscrit dans une question plus large : comment faire circuler les produits agricoles et les innovations tout en protégeant les cultures contre les maladies ? L’harmonisation annoncée devra respecter les systèmes de certification du Kenya et de la Tanzanie. Elle devra aussi tenir compte des capacités réelles des producteurs, des laboratoires et des services d’inspection.

La prochaine étape observable sera donc le contenu du plan de travail attendu à partir de novembre 2026. Ses priorités, ses responsables et ses moyens diront si le protocole devient un outil opérationnel ou reste un cadre général. La coopération pourra être évaluée à partir de résultats concrets : volumes de semences certifiées disponibles, producteurs formés, délais de distribution et échanges effectivement facilités.

Pour l’instant, le rapprochement des deux conseils répond à un besoin partagé, mais les déficits ne disparaîtront pas par la seule signature d’un accord. La production locale, les investissements nationaux et la capacité à faire parvenir les semences jusqu’aux exploitations détermineront l’impact réel de cette coopération.