Une antenne installée n’est pas encore une connexion disponible. Au Ghana, le défi de l’extension mobile se joue autant dans la construction des sites que dans leur alimentation, leur protection et leur mise en service effective.

Le gouvernement veut ajouter des équipements et renforcer ceux qui existent déjà. Mais les coupures de fibre et les retards de projets rappellent qu’une couverture annoncée ne garantit pas, à elle seule, un service fiable pour les habitants.

Étendre le réseau, au-delà des grandes villes

Le Ghana prévoit de construire 800 nouveaux sites télécoms et d’en moderniser 2 000 à l’échelle nationale. Le ministre des Communications, du Numérique et de l’Innovation, Samuel Nartey George, a annoncé ce programme le 16 octobre 2026, lors d’une visite dans la région de la Volta. Le projet vise notamment les zones où l’accès au réseau reste insuffisant.

Cette ambition s’inscrit dans une trajectoire plus large de transformation numérique. Le pays développe ses infrastructures et poursuit des projets de téléphonie rurale, tandis que la National Communications Authority (NCA), le régulateur du secteur, supervise les opérateurs et les services. Pour les localités éloignées, l’enjeu est concret : pouvoir téléphoner, accéder à Internet ou utiliser des services numériques sans dépendre d’une couverture irrégulière.

Les données d’usage doivent toutefois être présentées avec prudence. Les estimations disponibles ne donnent pas toutes la même proportion de personnes hors ligne. L’Union internationale des télécommunications estime qu’environ 72 % de la population ghanéenne utilisait Internet en 2024, soit près de 28 % qui ne l’utilisaient pas. Ce chiffre ne mesure pas à lui seul la qualité de la connexion ni son coût.

Des infrastructures exposées aux coupures

La fibre optique relie les antennes au reste du réseau. Quand un câble est endommagé, plusieurs sites peuvent perdre une partie de leurs services, même si leurs équipements radio fonctionnent encore. Les travaux routiers et certaines activités minières sont cités parmi les causes de ces ruptures.

Le 7 septembre 2026, Samuel Nartey George a fait état de 8 578 coupures de fibre enregistrées depuis le début de l’année, selon la Ghana News Agency, agence de presse nationale. MyJoyOnline a également rapporté, plus tard en septembre, des coupures simultanées sur plusieurs routes de fibre desservant le nord du pays et une partie de la région d’Oti. Ces incidents montrent que la résilience du réseau dépend aussi de la coordination entre télécoms, autorités routières et autres acteurs intervenant sur le terrain.

Les équipements situés sur les sites éloignés sont également vulnérables. En novembre 2025, un responsable régional du Ghana Investment Fund for Electronic Communications (GIFEC), organisme public chargé de soutenir l’accès aux communications électroniques, a signalé dans l’Upper East des vols de batteries et des dégradations de panneaux solaires. Ces faits, rapportés par Asaase Radio, illustrent un risque opérationnel pour les installations qui alimentent des communautés parfois dépendantes d’un nombre limité de sites.

Le coût de l’énergie et de la maintenance

Un site doit rester alimenté pour fournir un service continu. Or, certaines localités rurales ne disposent pas d’un raccordement électrique fiable. Les opérateurs et gestionnaires d’infrastructures doivent alors recourir à des batteries, à des panneaux solaires ou à des groupes électrogènes. Le diesel ajoute des dépenses de carburant, de transport et d’entretien, particulièrement lorsque les routes sont difficiles d’accès.

À l’échelle africaine, la GSMA, association professionnelle du secteur mobile, estime que produire l’électricité d’un site avec un groupe électrogène diesel coûte généralement trois à quatre fois plus cher que s’approvisionner sur le réseau. Les systèmes solaires ou hybrides peuvent donc réduire certaines charges et limiter la dépendance au carburant. Ils doivent cependant être protégés contre le vol et entretenus pour rester opérationnels.

Les intempéries et les coupures d’électricité peuvent également fragiliser les services. En septembre, le ministre a cité les pannes de courant et les inondations parmi les facteurs perturbant les réseaux. Pour les habitants, les conséquences peuvent aller au-delà des appels : une connexion instable complique aussi l’accès aux paiements mobiles, aux démarches administratives et aux activités commerciales qui utilisent Internet.

Le nombre de sites ne suffit pas

Le Rural Telephony Project (RTP), programme de téléphonie rurale, met en évidence l’écart possible entre travaux déclarés achevés et fonctionnement réel. Sur 2 016 sites prévus, plus de 1 600 étaient annoncés comme construits à la mi-octobre 2026. Environ 1 400 seulement acheminaient alors du trafic, selon des déclarations du ministre relayées par MyJoyOnline et WoezorTV.

Samuel Nartey George a donné 30 jours au prestataire pour achever les travaux restants, avec la menace de pénalités en cas de retard. Le suivi devra donc distinguer les sites bâtis, ceux qui disposent d’une alimentation et ceux qui offrent effectivement un service. C’est cette dernière étape qui détermine si une communauté est réellement connectée.

La mise en place de nouveaux sites peut aussi prendre du temps en raison de l’accès au foncier, des autorisations et des échanges avec les communautés concernées. Ensuite, les équipes techniques doivent pouvoir atteindre les installations pour réparer les pannes. Ces contraintes pèsent sur les coûts des opérateurs et sur la rapidité des interventions, surtout hors des grands centres urbains comme Accra.

Un enjeu ghanéen, un défi ouest-africain

Pour le Ghana, membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’extension du réseau touche à la fois l’inclusion numérique et la fiabilité des infrastructures. Les ruptures de liaison dans le nord rappellent aussi que la continuité des communications dépend de réseaux capables de résister aux incidents et de réparations rapides.

La réussite du programme se mesurera donc moins au nombre d’antennes annoncées qu’à leur disponibilité, à la qualité du signal et à la régularité du service dans les zones éloignées. Les prochaines étapes à surveiller sont la mise en service des sites du RTP, le respect du délai accordé au prestataire et la protection des câbles et équipements. Pour les usagers, la promesse d’une couverture élargie ne prendra tout son sens que lorsque la connexion fonctionnera durablement.