Accra durcit le ton sur l’or artisanal

Au Ghana, le débat n’est plus seulement de savoir combien d’or sort du sol. Il porte désormais sur ce qui reste dans le pays, sur la capacité d’Accra à capter plus de valeur et sur la place des Ghanéens dans une filière longtemps dominée par les exportations rapides. Depuis le 1er septembre 2026, l’exportation d’or doré artisanal non raffiné n’est plus approuvée, ce qui oblige les acheteurs agréés à faire raffiner le métal sur le territoire ghanéen avant toute sortie du pays.

Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de reprise en main du secteur aurifère par l’État ghanéen. Le Ghana Gold Board, plus connu sous le nom de GoldBod, a été créé en 2025 et concentre désormais les pouvoirs de licence, d’achat, de pesée, de dosage et d’exportation. Il agit dans un pays qui reste l’un des poids lourds de l’or en Afrique de l’Ouest et une pièce importante du commerce régional au sein de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

Une réforme pensée pour retenir davantage de valeur

Le texte publié par GoldBod est clair. À partir du 1er septembre, aucun exportateur ne peut faire valider de doré non raffiné. Les accords entre agrégateurs autofinancés et acheteurs agréés doivent désormais inclure une clause de raffinage local. Le coût de cette opération revient aux opérateurs concernés, et les demandes d’exportation ne seront traitées qu’après confirmation du raffinage au Ghana et le respect des autres exigences réglementaires.

Dans les faits, le gouvernement veut empêcher qu’une partie de la richesse issue des petites mines quitte le pays trop tôt, sans transformation ni marge locale suffisante. L’objectif affiché est de renforcer la valeur ajoutée, de réduire les fuites de recettes et de soutenir la constitution des réserves de change. GoldBod affirme d’ailleurs disposer d’un mandat explicite pour réguler le raffinage et l’exportation de l’or.

Le dispositif n’arrive pas sans préparation. Depuis février 2026, GoldBod a lancé un partenariat de raffinage local avec Gold Coast Refinery, avec l’appui technique et commercial de Rand Refinery, en Afrique du Sud, la seule raffinerie du continent accréditée par la LBMA, la London Bullion Market Association, référence internationale pour la bonne livraison de l’or. Accra dit aussi avoir signé des accords avec quatre raffineries autorisées dans le pays, toutes inscrites dans le registre de GoldBod.

Le pari industriel se heurte à une réalité économique

La mesure répond à une ambition politique compréhensible. En 2025, GoldBod dit avoir exporté environ 104 tonnes d’or artisanal, tandis que le secteur artisanal et de petite échelle a dépassé, pour la première fois, la production des grandes mines. La même année, les petits exploitants ont généré des revenus évalués à près de 11 milliards de dollars, selon les données communiquées par l’institution ghanéenne. D’autres sources locales ont confirmé l’ampleur de cette montée en puissance, avec une production nationale d’or en forte hausse et un basculement du poids du secteur artisanal dans l’offre totale.

Mais la transformation locale ne garantit pas, à elle seule, la rentabilité. C’est le cœur de l’alerte formulée à Accra par le chercheur Bright Simons. Selon lui, l’or n’est pas un minerai que l’on vend vraiment brut, et la marge de raffinage reste faible. Son argument est simple : raffiner davantage pour exporter n’a de sens que si la chaîne industrielle, les débouchés et la certification suivent. Or, aucune raffinerie ghanéenne ne dispose encore de la certification LBMA nécessaire pour accéder directement aux marchés les plus exigeants.

Cette réserve n’invalide pas la réforme. Elle en souligne les limites. Le Ghana cherche à faire ce que beaucoup de pays producteurs tentent depuis des années : sortir du schéma où la matière première part vite, tandis que la valeur, les services et les emplois qualifiés se créent ailleurs. Mais dans l’or, la chaîne de valeur dépend autant de la chimie du minerai, des coûts d’énergie, des volumes traités et de la confiance des acheteurs que d’une volonté souveraine affichée depuis la capitale.

Ce que cette décision change pour le pays et pour la région

Pour l’État ghanéen, le signal est fort. Le pouvoir entend reprendre la main sur un secteur longtemps traversé par l’informalité, la contrebande et les intermédiaires étrangers. GoldBod a déjà durci l’encadrement du marché, réservé les licences, déployé des inspecteurs et lancé une nouvelle grille de prix adossée aux références LBMA pour réduire les distorsions internes. Le message adressé aux opérateurs est celui d’une formalisation accélérée.

Pour les petites mines et les agrégateurs, l’effet peut être double. D’un côté, la règle peut améliorer la traçabilité et, à terme, faciliter l’accès à des circuits plus rémunérateurs. De l’autre, elle ajoute une étape, donc un coût, dans une filière déjà sensible aux marges faibles et aux délais de paiement. Si la logistique locale ne suit pas, le risque est de déplacer une partie des flux vers des circuits informels, plutôt que de les faire réellement monter en gamme.

Pour Accra, l’enjeu dépasse la seule mine artisanale. Le gouvernement veut aussi montrer qu’un pays africain peut structurer sa chaîne aurifère, renforcer ses réserves et négocier d’égal à égal avec les acteurs internationaux. Cette lecture parle à toute l’Afrique de l’Ouest, où plusieurs États cherchent à mieux contrôler leurs ressources, à industrialiser localement et à limiter la sortie brute des minerais. Le Ghana sert ici de laboratoire, avec ses succès récents, mais aussi avec la question centrale de la rentabilité industrielle.

Une étape à surveiller au-delà du Ghana

La suite se jouera sur deux plans. D’abord, sur le terrain technique : capacité réelle des quatre raffineries, volume effectivement traité localement, respect des délais et progression vers l’accréditation internationale. Ensuite, sur le terrain politique : si la réforme retient davantage de valeur au Ghana, elle pourrait inspirer d’autres capitales africaines qui veulent sécuriser leurs recettes minières sans renoncer à la discipline des marchés. Mais si les coûts explosent ou si les opérateurs contournent la règle, la mesure risquera de rester symbolique.