À Jomoro, dans l’ouest du Ghana, l’annonce d’un partenariat de 28 milliards de dollars ouvre une nouvelle perspective industrielle. Mais une signature ne construit ni raffinerie ni port : le calendrier et les financements devront désormais se vérifier sur le terrain.
Le 19 octobre, la Petroleum Hub Development Corporation (PHDC), l’organisme chargé de développer le complexe, a annoncé un accord de construction-exploitation avec un consortium conduit par Global Sphere. Plusieurs détails financiers et l’identité complète des partenaires restent toutefois à éclaircir.
Une ambition industrielle dans une région en quête de capacités
Le projet se situe à Jomoro, dans la région ghanéenne de l’Ouest, près de la frontière avec la Côte d’Ivoire. Il s’inscrit dans une stratégie visant à transformer localement davantage de pétrole et à réduire la dépendance aux produits raffinés importés.
Cette ambition prend place dans un secteur en évolution. La raffinerie publique de Tema a repris ses activités après des travaux de remise en état, tandis que la raffinerie Sentuo prépare une extension. En juillet, le ministère ghanéen de l’Énergie estimait que les deux installations pourraient couvrir environ 70 % de la demande nationale après leurs expansions. Ces capacités annoncées rendent l’enjeu concret : le hub de Jomoro serait un investissement supplémentaire de grande ampleur, et non l’unique réponse aux besoins du pays.
À l’échelle ouest-africaine, l’approvisionnement et la qualité des carburants dépassent les frontières nationales. La CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, travaille notamment à harmoniser les normes applicables à l’essence et au diesel. Une production ghanéenne accrue pourrait alimenter les échanges régionaux, mais elle dépendra aussi des infrastructures, des prix et de la demande des pays voisins.
Ce que prévoit l’accord annoncé
Selon les informations rendues publiques à l’annonce, la deuxième phase comprendrait une raffinerie d’une capacité de 300 000 barils par jour, deux unités pétrochimiques et une jetée portuaire. Le démarrage des travaux est prévu au début de 2027, pour une mise en service visée en 2031.
La PHDC présente l’accord comme un partenariat de type « construction-exploitation » : le partenaire est censé réaliser les infrastructures puis les exploiter selon les modalités convenues. Mais l’annonce ne détaille pas publiquement la répartition des apports financiers, les garanties, la durée de l’exploitation ni les engagements précis de chaque membre du consortium.
Le chef de file, Global Sphere, est présenté comme entouré d’investisseurs et de partenaires techniques issus de Corée du Sud, des Émirats arabes unis et du Mali. Les informations disponibles ne permettent pas encore d’établir clairement son actionnariat ni la contribution de chacun. Le montant de 28 milliards de dollars doit donc être compris comme la valeur annoncée du partenariat, et non comme une somme dont le versement intégral serait déjà démontré.
Le complexe entier est évalué à environ 60 milliards de dollars et doit être développé en trois phases, avec un horizon annoncé en 2036. À terme, les plans évoquent trois raffineries, cinq unités pétrochimiques et des capacités importantes de stockage. Ces objectifs décrivent une ambition de long terme ; ils ne constituent pas des infrastructures déjà financées ou construites.
Le foncier, premier test de crédibilité
Le précédent de la première phase invite à distinguer l’annonce du chantier. En août 2024, une cérémonie officielle a marqué son lancement, autour d’un investissement estimé à 12 milliards de dollars. Mais les démarches foncières et les échanges avec les communautés locales ont continué de peser sur le calendrier.
La surface prévue a été réduite de 20 000 à environ 12 300 acres, soit près de 5 000 hectares. La PHDC a indiqué avoir engagé des consultations avec les communautés de Jomoro sur cette réduction et sur les questions d’acquisition et d’indemnisation. En avril 2026, une coalition locale a toutefois demandé au président d’éclaircir l’étendue des terres concernées, signalant que les chiffres et leur interprétation demeuraient contestés.
Ce débat n’est pas périphérique. Pour les habitants, l’enjeu porte sur les terres, les compensations et les effets du projet sur les activités locales. Pour les autorités, le foncier conditionne l’accès au site et le calendrier. Pour les investisseurs, il détermine la possibilité de commencer les travaux. La PHDC elle-même a souligné, lors de la signature, que le succès devrait se mesurer aux infrastructures réalisées, aux emplois créés et à la valeur apportée aux Ghanéens, plutôt qu’aux seuls accords conclus.
Des bénéfices possibles, des questions ouvertes
Si les installations voient le jour, elles pourraient renforcer le raffinage au Ghana, soutenir des activités pétrochimiques et créer des débouchés pour les entreprises locales. Une production accrue pourrait aussi réduire certains achats de carburants raffinés à l’étranger. Ces résultats dépendront cependant de la disponibilité du pétrole brut, de la viabilité des installations et de leur capacité à vendre à des prix compétitifs.
Le projet comporte aussi des enjeux de répartition. Les emplois spécialisés et les contrats industriels ne bénéficieront pas automatiquement aux communautés voisines. La formation, les règles de contenu local, les indemnisations et la transparence sur les retombées détermineront qui profite réellement de l’investissement. Les autorités devront également préciser les mesures de protection des terres, des eaux et des activités économiques existantes.
Enfin, une raffinerie de 300 000 barils par jour doit sécuriser des volumes réguliers de brut. La capacité de traitement annoncée ne garantit donc pas, à elle seule, une production continue ni une baisse des coûts pour les consommateurs. Il faudra connaître les contrats d’approvisionnement, les financements mobilisés et les modalités de réalisation avant d’évaluer l’effet sur les prix et la balance extérieure du Ghana.
Un calendrier à suivre au Ghana et dans la CEDEAO
La prochaine étape est moins spectaculaire qu’une signature : établir les engagements financiers, clarifier les responsabilités du consortium et faire avancer le foncier. Le début des travaux de la deuxième phase, annoncé pour 2027, sera un repère important. Les progrès de la première phase compteront aussi, car ils fourniront un indicateur concret de la capacité du projet à passer des plans aux infrastructures.
Pour la CEDEAO, Jomoro s’ajoute à une compétition régionale où plusieurs pays cherchent à développer le raffinage et les échanges de produits pétroliers. Le Ghana peut y gagner une place industrielle plus forte, mais seulement si les capacités annoncées sont construites, approvisionnées et reliées aux marchés régionaux. À ce stade, les 28 milliards de dollars signalent une ambition ; les contrats exécutés et les chantiers visibles en mesureront la portée.
Les détails publiés sur l’accord de la deuxième phase à Jomoro ; les consultations foncières annoncées par la PHDC ; les préoccupations exprimées par une coalition locale.