Former des techniciens pour une économie qui change déjà

À Accra, le débat sur l’emploi des jeunes ne se limite plus aux ministères ou aux amphithéâtres. Il se joue désormais dans les ateliers, les centres de formation et les filières où se prépare la transition climatique. Pour un pays où le marché du travail absorbe chaque année autour de 500 000 jeunes qui arrivent en âge de travailler, l’enjeu est simple : offrir des compétences utiles avant que la frustration ne s’installe.

Le Ghana, comme plusieurs économies d’Afrique de l’Ouest, doit aussi composer avec une réalité tenace : l’emploi informel reste dominant et les jeunes y sont particulièrement exposés. Les dernières données du Ghana Statistical Service indiquent qu’en 2024, le chômage atteignait en moyenne 32,0 % chez les 15-24 ans et 22,5 % chez les 15-35 ans. Dans le même temps, près de huit travailleurs sur dix restent dans des emplois informels, peu productifs et peu protégés.

C’est dans ce contexte que le Ghana TVET Service, l’organisme public chargé de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, a lancé le 30 août 2026 la Green TVET Initiative, avec l’Organisation internationale du travail. L’objectif est clair : intégrer les compétences vertes et la résilience climatique dans la formation technique, afin que l’école colle davantage aux mutations de l’économie.

Des métiers verts, mais aussi des débouchés concrets

Les filières visées ne relèvent pas du slogan. Elles couvrent les énergies renouvelables, l’agriculture intelligente face au climat, la construction durable, la gestion des déchets et les technologies propres. Autrement dit, des secteurs déjà présents dans l’économie réelle, mais qui demandent des profils plus adaptés, plus mobiles et plus outillés. Le directeur général du Ghana TVET Service estime que le marché du travail demandera de plus en plus des travailleurs capables de conjuguer savoir-faire technique et compréhension de la durabilité environnementale.

Le pari est aussi budgétaire et social. Former un jeune aux métiers verts coûte moins cher, à terme, que de réparer les effets du sous-emploi prolongé. Le gouvernement espère ainsi réduire l’écart entre les compétences disponibles et les besoins des entreprises, un décalage classique dans les économies où la formation avance moins vite que la transformation des secteurs productifs.

La dimension continentale n’est pas anodine. FSD Africa estime que la transition verte pourrait créer entre 3,8 et 7,9 millions d’emplois en Afrique d’ici 2030, avec un potentiel bien plus large à l’horizon 2050. La perspective est donc réelle, mais elle dépend de la capacité des États à former rapidement, à certifier correctement et à relier les apprentissages aux entreprises.

Pour le Ghana, cette lecture est particulièrement utile. Le pays ne part pas de zéro. Il a déjà engagé des programmes liés aux green jobs et aux green skills, notamment avec l’OIT et des partenaires européens, sur la période 2024-2027. La nouvelle initiative s’inscrit donc dans une trajectoire plus large, celle d’une réforme du TVET pensée comme levier de transformation économique, et non comme simple sous-produit de la politique de l’emploi.

Des pilotes, puis un changement d’échelle

Le dispositif repose déjà sur des expériences pilotes. Au Wa Technical Institute, une formation aux technologies solaires photovoltaïques a été lancée. Au Comboni Technical Vocational Institute, un programme d’agriculture intelligente face au climat doit rapprocher les étudiants des pratiques agricoles sobres en ressources. Dans d’autres établissements, l’accent est mis sur le numérique, l’équipement et la capacité des centres à devenir eux-mêmes des modèles de gestion durable.

Ce choix est important, car il ancre la réforme dans les régions, pas seulement à Accra. Les besoins d’un jeune de Wa, de Sogakope ou de Damongo ne sont pas identiques à ceux d’un diplômé d’un grand centre urbain. Les opportunités non plus. Décentraliser la formation verte, c’est donner une chance aux territoires de capter une partie de la valeur créée par la transition énergétique, agricole et numérique.

Le 24 avril 2026, le Ghana a aussi lancé avec l’OIT son Ghana Decent Work Country Programme III pour 2026-2030. Ce cadre place la création d’emplois productifs, la protection sociale et le développement des compétences parmi les priorités nationales. La Green TVET Initiative trouve donc sa place dans une architecture plus vaste : celle d’une politique publique qui veut parler à la fois d’emploi, de droits du travail et de résilience économique.

Il faut également regarder du côté de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO. Dans une région où la jeunesse est nombreuse, où la migration de travail reste importante et où les économies informelles dominent, la montée en puissance des compétences vertes peut devenir un terrain de coopération. Elle peut aussi devenir un facteur de concurrence entre pays si les systèmes de formation ne se modernisent pas au même rythme.

Ce que cela change pour les jeunes Ghanéens

Le cœur du sujet n’est pas seulement écologique. Il est social. Un jeune formé à l’installation solaire, à la maintenance d’équipements propres ou à l’agriculture climato-intelligente peut choisir entre plusieurs voies : emploi salarié, auto-emploi, microentreprise, ou travail dans des chaînes de valeur locales. C’est essentiel dans un pays où le diplôme seul ne garantit plus l’entrée dans l’emploi.

Mais la réussite ne dépendra pas uniquement des modules enseignés. Elle dépendra de trois conditions : des formateurs formés, des équipements disponibles et des débouchés réels. Sans cela, la « formation verte » risque de rester un mot élégant posé sur des ateliers mal financés. L’OIT rappelle d’ailleurs que l’outillage des établissements de TVET et l’intégration des compétences vertes doivent se faire de façon systémique.

Le défi est plus large encore dans un pays où les jeunes occupent une place centrale dans la démographie. Le Ghana Statistical Service a rappelé récemment que les moins de 35 ans représentent plus du tiers de la population. Cette donnée change la nature du débat : il ne s’agit pas d’un programme sectoriel, mais d’une réponse à une pression démographique durable.

Sur le plan économique, l’intérêt est double. Pour les pouvoirs publics, il s’agit de réduire la tension sur le marché du travail et de mieux aligner l’offre de formation sur les secteurs émergents. Pour les entreprises, c’est une manière d’accéder plus vite à des profils opérationnels. Pour les familles, enfin, la formation technique peut redevenir une voie de mobilité sociale crédible, à condition que la qualité soit au rendez-vous.

À l’échelle africaine, le Ghana envoie un signal clair : la transition climatique ne doit pas seulement être subie. Elle peut devenir une politique d’emploi, de compétences et de souveraineté productive. Le prochain point d’observation sera l’ampleur réelle du déploiement : nombre d’établissements concernés, volume de formateurs, budget alloué et capacité à transformer les pilotes en filières durables dans les mois à venir.