La hausse des échanges avec la Chine ne garantit pas, à elle seule, que davantage de valeur reste au Gabon. À Libreville, l’enjeu de la visite de Brice Clotaire Oligui Nguema est de convertir une relation commerciale déjà importante en activités industrielles, en emplois et en compétences locales.

Un partenariat à inscrire dans la trajectoire gabonaise

Depuis le changement de pouvoir du 30 août 2023, les autorités gabonaises cherchent à redéfinir les priorités économiques du pays et à diversifier ses partenariats. La transformation locale des ressources figure parmi les objectifs affichés. Elle vise notamment à réduire la dépendance aux exportations de matières premières peu transformées.

Le Gabon inscrit aussi sa stratégie dans un cadre régional. Membre de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, le pays partage avec ses voisins une monnaie et un marché régional. Des infrastructures de transport et d’énergie peuvent donc servir les échanges au-delà des seules frontières gabonaises, à condition que les projets soient effectivement réalisés et accessibles.

La Chine est déjà un partenaire commercial de premier plan pour le Gabon. Mais les chiffres disponibles ne concordent pas exactement. La présidence gabonaise avance 3,94 milliards de dollars d’échanges en 2025, en hausse de 8,2 % sur un an. L’agence gabonaise de presse a, pour sa part, publié un total de 3,19 milliards de dollars et une progression de 8,3 %. Les données douanières chinoises reprises par une base fondée sur UN Comtrade indiquent environ 3,92 milliards. Les périmètres ou méthodes de calcul diffèrent peut-être ; les sources consultées ne permettent pas de l’établir. Le total de 3,94 milliards doit donc être attribué à la présidence, et non présenté comme un chiffre harmonisé.

De Shanghai aux investissements productifs

Arrivé à Shanghai le 3 novembre 2026, le président gabonais a entamé une visite d’État en Chine prévue jusqu’au 7 novembre. La présidence gabonaise et le ministère chinois des Affaires étrangères confirment le calendrier. À Shanghai, Oligui Nguema s’est entretenu avec les autorités locales sur les investissements et les possibilités de coopération économique.

Le déplacement coïncide avec la neuvième Exposition internationale d’importation de Chine, organisée du 5 au 10 novembre. Le Gabon y participe pour la première fois avec un pavillon national. Pour Libreville, cette vitrine peut aider les entreprises du pays à présenter leurs produits et à nouer des contacts. Elle ne garantit toutefois ni commandes ni implantation industrielle : ces résultats dépendront des contrats conclus et de leur mise en œuvre.

Les priorités annoncées couvrent l’industrialisation, les infrastructures, la transformation des matières premières, les transferts de technologie et la création d’emplois. La coopération sino-gabonaise concerne déjà les mines, le bois, l’énergie, l’agriculture et les équipements. Le projet de minerai de fer de Belinga, associé à des infrastructures ferroviaires, portuaires et énergétiques, illustre l’ampleur des investissements envisagés. Mais les annonces ne valent pas calendrier de chantier : le financement, les autorisations, les besoins en infrastructures et les conditions d’exploitation restent déterminants.

La transformation du bois dans la zone économique spéciale de Nkok offre un autre point de comparaison. Le Gabon a fait le choix de limiter l’exportation de grumes afin de développer des activités de transformation sur place. L’expérience rappelle que la création de valeur locale suppose plus que l’installation d’usines : elle dépend aussi de l’approvisionnement, de l’accès à l’énergie, de la formation et des débouchés commerciaux.

Les retombées se mesureront au-delà des annonces

Pour les pouvoirs publics, attirer des capitaux peut soutenir la diversification de l’économie et élargir les recettes tirées des activités productives. Pour les travailleurs et les entreprises gabonaises, l’effet concret dépendra des emplois créés, des achats effectués auprès de fournisseurs locaux et des compétences transférées. Dans les zones proches des projets, les besoins en routes, en électricité et en services pèseront aussi dans le bilan.

Les échanges commerciaux ne disent pas, à eux seuls, qui capte la valeur. Il faut distinguer les exportations de ressources brutes des ventes de produits transformés, mais aussi examiner la répartition des contrats et les emplois durables. Une hausse du commerce bilatéral peut accompagner une industrialisation ; elle peut également refléter surtout l’augmentation des volumes de matières premières et des importations d’équipements. Les chiffres publiés ne suffisent pas à trancher entre ces scénarios.

Le contexte continental donne à cette visite une portée plus large. En 2024, lors du Forum sur la coopération sino-africaine, Pékin et les gouvernements africains ont réaffirmé leur volonté d’approfondir leurs liens économiques. Pour le Gabon, l’enjeu est de négocier des projets compatibles avec ses priorités nationales, tout en tirant parti de la CEMAC pour améliorer les connexions régionales. La concurrence entre partenaires extérieurs peut ouvrir des options, mais elle ne remplace pas la définition de règles publiques claires.

Des engagements à vérifier dans la durée

La visite met donc à l’épreuve une promesse précise : faire évoluer une relation structurée par les échanges et les ressources vers une coopération qui transforme davantage sur place. Les prochaines étapes à observer sont la signature d’accords, leurs montants et leurs échéances, puis les investissements réellement engagés. Il faudra aussi vérifier la part des emplois locaux, la formation prévue et les liens créés avec les entreprises gabonaises.

La présidence chinoise présente le Gabon comme un partenaire stratégique et met en avant la confiance entre les deux pays. Cette formule diplomatique décrit l’ambition politique du rapprochement, pas encore ses résultats économiques. Pour les Gabonais, le test sera concret : des projets livrés, des activités qui montent en gamme et des retombées mesurables au-delà des grands sites d’extraction.