Au Congo, produire du pétrole ne garantit pas de disposer de suffisamment de carburant raffiné. Une nouvelle étape technique relance le dossier de modernisation de la Congolaise de raffinage (CORAF), mais le financement et la capacité réelle du projet restent à préciser.

Un enjeu d’approvisionnement pour le Congo

La CORAF, installée à Pointe-Noire, est la seule raffinerie actuellement en activité dans le pays. Elle fonctionne depuis 1982 et appartient entièrement à la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), l’entreprise publique chargée d’une partie des activités pétrolières nationales. Sa capacité nominale est estimée à 21 000 barils par jour, mais cette capacité théorique ne signifie pas que l’installation traite chaque jour ce volume.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), la raffinerie a couvert environ 60 % de la consommation congolaise de produits pétroliers en 2023. Le reste doit être assuré par des importations, ce qui expose l’approvisionnement aux coûts de transport, aux prix internationaux et aux contraintes logistiques. Le chiffre de 40 % d’importations avancé dans les informations disponibles doit donc être compris comme un ordre de grandeur, susceptible de varier selon les années et les produits.

Ce décalage pèse aussi sur les finances publiques. Le FMI estime que le soutien direct de l’État à la CORAF a représenté en moyenne 1,8 % du produit intérieur brut par an entre 2018 et 2023. Il recommande d’évaluer les opérations de la raffinerie et de préparer une réduction progressive de ces soutiens. Cette recommandation met en lumière un arbitrage : maintenir une capacité locale de transformation tout en maîtrisant son coût pour le budget.

Une étape d’ingénierie, pas encore une décision d’investissement

Le 5 octobre 2026, Emil Alkhasli, directeur général de SOCAR Downstream, a annoncé le lancement d’une phase d’ingénierie préliminaire, appelée Pre-FEED. Elle doit définir les options techniques, le périmètre du projet et les exigences nécessaires avant les études détaillées. En clair, cette étape aide à préciser ce qu’il faudrait construire ou rénover et à en préparer l’évaluation.

SOCAR Downstream, filiale de la compagnie publique azerbaïdjanaise SOCAR, intervient comme consultant en gestion de projet pour la SNPC. Le travail découle d’un accord conclu à Bakou le 4 avril 2024 entre les deux sociétés, portant sur l’amélioration et l’extension de la CORAF. Le lancement du Pre-FEED constitue donc une avancée de préparation. Il ne confirme ni le coût définitif, ni le calendrier des travaux, ni la clôture du financement.

La question financière demeure centrale. Des responsables de la CORAF et de la SNPC ont indiqué ces dernières années chercher des partenaires et des financements. Tant que le montage financier n’est pas arrêté, l’étape technique ne permet pas de conclure que les travaux vont commencer prochainement. Les annonces suivantes devront préciser les investissements, les capacités visées, les produits concernés et les garanties de mise en œuvre.

Moderniser, construire ou importer : plusieurs voies en parallèle

La modernisation de la CORAF n’est pas le seul projet censé renforcer l’offre de carburants. Le Congo a également signé en 2020 une convention avec la société chinoise Beijing Fortune Dingheng Investment pour une nouvelle raffinerie dans la zone de Pointe-Noire, près de Fouta. Le ministère des Finances présentait alors une capacité prévue de 2,5 millions de tonnes d’hydrocarbures par an et une entrée en exploitation envisagée à l’horizon 2023. Cette échéance initiale est passée ; les informations fournies dans la matière de départ évoquent désormais 2027, mais aucune confirmation indépendante de cette date n’a été établie ici.

Une troisième piste concerne l’approvisionnement extérieur. Fin juin 2026, une délégation de la SNPC s’est rendue à Lagos pour rencontrer Dangote Petroleum Refinery. La chaîne nigériane Channels Television et l’agence africaine APA ont rapporté l’ouverture de discussions sur un possible partenariat. Il s’agit de pourparlers, et non d’un contrat annoncé. Pour le Congo, une fourniture régionale pourrait compléter la production locale, mais elle ne remplacerait pas à elle seule les décisions sur l’avenir de la CORAF.

Ces options répondent à des logiques différentes. Rénover l’installation existante peut préserver des compétences et des infrastructures déjà présentes à Pointe-Noire. Une nouvelle raffinerie promet davantage de capacité, mais exige un investissement important et une réalisation effective. Les importations, elles, peuvent apporter une réponse plus rapide à certains besoins, tout en maintenant une dépendance aux fournisseurs et aux marchés extérieurs.

Des effets concrets pour les usagers et les finances publiques

Pour les ménages, les transporteurs et les entreprises, l’enjeu immédiat est la régularité de l’approvisionnement. Des retards ou des ruptures peuvent perturber les déplacements, la distribution de marchandises et l’activité économique. Les conséquences ne se répartissent pas uniformément : les entreprises peuvent parfois absorber des coûts supplémentaires ou trouver des solutions logistiques, tandis que les petits commerçants et les travailleurs dépendant du transport disposent de marges plus limitées.

À Pointe-Noire, les projets de raffinage peuvent aussi concerner l’emploi, la formation et les activités de sous-traitance. Mais les bénéfices dépendront des choix d’investissement, du contenu local et de la capacité à faire fonctionner les installations de manière durable. À Brazzaville, les autorités devront suivre non seulement le coût des travaux, mais aussi les dépenses de soutien nécessaires à l’exploitation et les effets sur le budget public.

Le débat ne porte donc pas seulement sur la quantité de brut produite. Il concerne la transformation sur place, la qualité et la disponibilité des carburants, ainsi que le partage des coûts et des retombées. L’objectif de doubler la production pétrolière nationale à 500 000 barils par jour d’ici 2030, cité dans les informations disponibles, ne garantit pas à lui seul une hausse équivalente de l’offre de carburants raffinés : extraction et raffinage sont deux étapes distinctes.

Une portée régionale à mesurer dans la durée

Membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le Congo s’inscrit dans un espace où la sécurité d’approvisionnement et les infrastructures énergétiques dépassent les frontières nationales. Une raffinerie rénovée ou une nouvelle installation à Pointe-Noire pourrait, si sa production et sa logistique le permettent, servir des marchés voisins. La CEMAC est l’organisation régionale qui réunit plusieurs États d’Afrique centrale autour de la coopération économique et monétaire.

Mais la portée régionale reste une possibilité, pas un résultat acquis. Elle dépendra des capacités effectivement installées, des coûts de production, des routes de transport et des accords commerciaux. La prochaine étape à surveiller est la publication des conclusions du Pre-FEED, puis la présentation d’un financement et d’un calendrier vérifiables. Pour les Congolais, le test sera concret : des carburants disponibles plus régulièrement, sans charge budgétaire qui augmente indéfiniment.

Annonce du lancement du Pre-FEED par SOCAR Downstream ; évaluation du FMI sur le soutien public à la CORAF ; données de l’Agence américaine d’information sur l’énergie sur le secteur pétrolier congolais.