Pour une petite entreprise cap-verdienne, financer une cargaison importée ou honorer une commande à l’étranger peut être aussi décisif que trouver un client. Une facilité annoncée par la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) pourrait élargir les ressources disponibles. Mais elle n’est pas encore un financement opérationnel : sa mise en place dépend de procédures à finaliser.

Une économie insulaire tournée vers les échanges

Le Cap-Vert importe bien davantage de marchandises qu’il n’en exporte. Cette dépendance rend l’accès au financement du commerce particulièrement important pour les entreprises qui achètent des biens à l’extérieur, notamment des produits essentiels, des intrants ou des équipements.

Les données provisoires de l’Institut national de la statistique (INE), relayées par l’agence cap-verdienne Inforpress, montrent que les exportations de biens ont progressé de 18,2 % en 2025, à 9,386 milliards d’escudos. Les importations ont augmenté de 5 %, tandis que le déficit commercial s’est creusé de 4,4 %, à environ 190,6 milliards d’escudos. La hausse des ventes à l’étranger est notable, mais elle ne suffit pas à compenser l’écart persistant entre achats et exportations. Les données commerciales 2025 rapportées par Inforpress

Les chiffres diffusés publiquement ne sont pas parfaitement concordants : une communication de l’INE mentionne des importations de 199,554 milliards d’escudos, tandis que la dépêche d’Inforpress en rapporte 199,961 milliards. Les deux publications indiquent toutefois une progression annuelle de 5 % et un déficit proche de 190,6 milliards. Ces montants restent provisoires et doivent être lus avec cette réserve. La communication de l’Institut national de la statistique

Le pays est membre de la CEDEAO, la communauté économique qui rassemble des États d’Afrique de l’Ouest. Pour le Cap-Vert, l’enjeu ne se limite donc pas aux échanges avec les fournisseurs extérieurs : de meilleures capacités de financement peuvent aussi faciliter les opérations régionales, à condition que les entreprises puissent accéder aux marchés et aux réseaux logistiques. La communauté travaille notamment à renforcer les échanges et les liaisons de transport entre Praia et d’autres villes ouest-africaines. Le projet de liaison maritime régionale évoqué par la CEDEAO

Une facilité annoncée, pas encore décaissée

Le 15 octobre 2026, en marge des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale à Bangkok, la BADEA et le groupe Intercontinental Investment Bank (iiB) ont signé une déclaration d’intention. Celle-ci prépare un accord de financement qui pourrait combiner 20 millions de dollars et 10 millions d’euros pour les opérations de commerce au Cap-Vert.

La déclaration prévoit que la facilité passe par iiB Cabo Verde et reste soumise à l’accomplissement des procédures requises. Il ne s’agit donc pas encore d’un accord final ni d’argent déjà versé aux entreprises. La distinction compte : les PME ne pourront bénéficier de cette enveloppe qu’une fois les conditions de mise en œuvre précisées et les financements effectivement disponibles.

Selon les termes annoncés, les ressources viseraient en priorité les petites et moyennes entreprises, avec une attention portée à l’agro-industrie, aux énergies renouvelables et aux importations de produits essentiels. Le financement du commerce sert généralement à couvrir les besoins liés aux achats et aux ventes entre entreprises, par exemple le paiement d’une cargaison ou le décalage entre une commande et son règlement. Les modalités concrètes de la facilité — critères d’éligibilité, coût du crédit et calendrier — n’ont pas été détaillées dans l’annonce.

Le crédit reste un enjeu pour les petites entreprises

Cette annonce s’ajoute aux dispositifs cap-verdiens destinés à améliorer l’accès au crédit. En mars 2025, le gouvernement a lancé la plateforme du Registo de Garantias Mobiliárias, un registre permettant d’inscrire des garanties portant sur des biens mobiliers. L’objectif est d’élargir les garanties qu’une entreprise peut présenter, au-delà des terrains et des bâtiments. Le lancement du registre des garanties mobilières

Le mécanisme public Pró-Garante peut, de son côté, fournir des garanties aux institutions financières afin de faciliter certains prêts aux entreprises. Ce type d’outil partage une partie du risque avec les banques ; il ne remplace toutefois ni l’analyse de solvabilité ni la décision de prêt. Le registre et les garanties publiques répondent ainsi à un obstacle d’accès au crédit, tandis que la ligne de la BADEA viserait spécifiquement les opérations commerciales. Les mécanismes présentés par Pró-Garante

Les effets pourraient varier selon les activités et les lieux. Une PME de Praia ayant besoin de régler rapidement un fournisseur ne rencontre pas nécessairement les mêmes contraintes qu’une entreprise située sur une autre île, confrontée à des coûts de transport et de stockage. Dans l’agro-industrie, un financement adapté peut aider à acheter des intrants ou à transformer des produits ; dans les énergies renouvelables, il peut soutenir des importations d’équipements. Mais l’annonce ne permet pas encore d’évaluer combien d’entreprises seront concernées, ni à quelles conditions.

Un test pour le financement du commerce régional

Pour la BADEA, la facilité annoncée s’inscrit dans une coopération avec une banque opérant au Cap-Vert. Pour les entreprises cap-verdiennes, l’enjeu immédiat sera de savoir si cette ressource complète efficacement les dispositifs nationaux et si les petites structures peuvent réellement y accéder. Le déficit commercial rappelle, lui, que faciliter les importations ne réduit pas à lui seul la dépendance extérieure : le développement des capacités de production et d’exportation reste un autre défi.

La prochaine étape à surveiller est donc la finalisation de l’accord entre la BADEA et iiB, puis la publication de ses conditions d’accès. À l’échelle ouest-africaine, l’impact dépendra aussi de la capacité des entreprises à tirer parti des échanges régionaux. La facilité annoncée ouvre une possibilité de financement ; son apport réel se mesurera aux crédits accordés, aux opérations soutenues et aux entreprises effectivement servies.