Un changement de propriétaire peut se décider à Copenhague ou à Singapour. Ses effets, eux, se joueront aussi sur les quais de Béjaïa, d’Owendo et de Port-Gentil, où les terminaux relient les entreprises locales aux routes du commerce international.
Le 15 octobre 2026, le gestionnaire d’investissements danois A.P. Moller Capital a annoncé un accord pour acquérir 100 % de Portek International auprès du groupe japonais Mitsui. L’opération concerne un opérateur basé à Singapour, présent dans six pays et actif dans les ports, l’ingénierie et la maintenance. Elle n’est pas encore finalisée : des autorisations réglementaires et d’autres validations restent nécessaires. Les conditions financières n’ont pas été rendues publiques. Le communiqué d’A.P. Moller Capital sur l’accord Portek et l’agence malaisienne Bernama rapportent ces éléments.
Des terminaux entre Méditerranée et golfe de Guinée
Pour les pays concernés, l’enjeu est concret. Portek détient des intérêts dans sept terminaux répartis entre l’Algérie, le Gabon, l’Indonésie, la Lettonie, Malte et le Vietnam. En Afrique, ses activités se concentrent sur le terminal à conteneurs de Béjaïa, dans le nord-est algérien, et sur des installations à Owendo, près de Libreville, ainsi qu’à Port-Gentil, au Gabon.
À Béjaïa, Portek exploite le Bejaia Mediterranean Terminal avec l’Entreprise portuaire de Béjaïa, l’autorité publique locale. L’opérateur indique une capacité installée de 300 000 EVP par an. Un EVP correspond à un conteneur standard de vingt pieds. Le terminal dispose aussi d’équipements de manutention navire-quai et d’installations pour les conteneurs réfrigérés, utiles notamment aux marchandises qui exigent une température contrôlée. Ces données sont précisées par Portek sur la fiche de son terminal de Béjaïa.
Au Gabon, la filiale Gabon Port Management exploite des terminaux polyvalents dans deux villes portuaires aux fonctions différentes. Owendo, dans l’agglomération de Libreville, traite notamment des conteneurs, du fret général, des véhicules et du vrac. Port-Gentil est un point d’appui pour les activités maritimes liées à l’industrie et au secteur pétrolier. L’opérateur présente une concession de 25 ans, prolongée de dix ans jusqu’en 2042. L’historique des concessions publié par l’Office des ports et rades du Gabon confirme qu’un contrat de 25 ans avec Gabon Port Management a été signé en 2007. Les autorités portuaires gabonaises gardent leurs responsabilités publiques, tandis que les opérateurs concessionnaires assurent certaines activités commerciales.
Une vente, pas encore un transfert achevé
La distinction entre accord et acquisition finalisée importe. Tant que les conditions de clôture ne sont pas remplies, Mitsui demeure le vendeur et A.P. Moller Capital ne peut être présenté comme le propriétaire effectif de Portek. Les annonces de l’acheteur évoquent une collaboration avec les équipes locales après la finalisation, avec des priorités affichées sur la sécurité, la gouvernance et la performance opérationnelle. Ce sont des intentions annoncées, non des résultats déjà constatés.
Le périmètre compte également. L’accord porte sur Portek International et ses activités, mais ne signifie pas que chaque terminal est détenu à 100 % par le groupe. À Béjaïa, par exemple, l’exploitation repose sur une coentreprise avec l’autorité portuaire algérienne. Au Gabon, Portek intervient comme concessionnaire par l’intermédiaire de sa filiale. Les accords de propriété et de gestion ne sont donc pas identiques d’un port à l’autre.
À l’échelle de l’opérateur, les sept terminaux traiteraient chaque année environ sept millions de tonnes de marchandises en vrac, 700 000 conteneurs et 90 000 véhicules, selon les chiffres communiqués par A.P. Moller Capital et repris par Bernama. Ces volumes décrivent l’ensemble du portefeuille mondial de Portek, pas les seuls terminaux africains. Ils donnent une indication de l’ampleur de l’entreprise, mais ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer l’activité ou les retombées locales de chaque port.
Des infrastructures stratégiques, des effets locaux à suivre
Un terminal portuaire ne se résume pas aux navires et aux grues. Sa régularité influe sur les délais d’importation et d’exportation, les coûts supportés par les entreprises et l’approvisionnement de certaines filières. Les grandes sociétés de transport et les importateurs peuvent bénéficier d’une manutention plus fiable. Les salariés portuaires, les sous-traitants, les transporteurs routiers et les commerçants dépendent, eux, des choix d’investissement et de l’organisation quotidienne du site.
Ces effets varient aussi selon les territoires. Béjaïa est un maillon de la façade méditerranéenne algérienne, tandis que les installations gabonaises s’inscrivent dans les échanges du golfe de Guinée et dans l’économie nationale. Au Gabon, Owendo et Port-Gentil n’ont pas la même fonction : l’un est lié à la capitale et à des flux de marchandises variés, l’autre à un bassin industriel et pétrolier. La qualité des connexions routières, ferroviaires et maritimes autour de chaque plateforme conditionne donc une partie des bénéfices possibles.
La transaction s’inscrit dans un paysage où les concessions et les investissements privés coexistent avec les autorités portuaires nationales. En Afrique de l’Ouest et du Centre, les ports se disputent aussi les flux régionaux, mais ils doivent composer avec les infrastructures terrestres, les procédures douanières et les capacités logistiques des pays voisins. Pour Alger, comme pour Libreville, le transfert de contrôle d’un opérateur étranger ne remplace donc ni la régulation publique ni les décisions nationales sur le développement portuaire.
Ce que la région devra surveiller
La première échéance est la clôture de la vente, après les autorisations requises. Ensuite, les points décisifs seront moins les annonces générales que les investissements réellement engagés, les conditions de travail, la continuité du service et le dialogue avec les autorités et les acteurs locaux. Il faudra aussi distinguer les projets propres à chaque terminal des orientations affichées à l’échelle mondiale par le nouvel acquéreur.
Pour les pays africains concernés, le changement d’actionnaire peut apporter des ressources et une expertise supplémentaires. Il peut aussi soulever des questions de contrôle, de transparence des concessions et de partage de la valeur créée. L’accord ouvre une nouvelle étape pour Portek, mais ses conséquences dépendront des décisions prises à Béjaïa, à Owendo et à Port-Gentil, et de la capacité des institutions nationales à défendre l’intérêt public dans la durée.