Une route impraticable, une coupure d’électricité ou une facture publique impayée ne restent pas des problèmes de bureau. Pour une entreprise camerounaise, ils peuvent retarder une livraison, immobiliser de la trésorerie et repousser un investissement. C’est cette accumulation de contraintes que le patronat a remise au centre du dialogue avec le gouvernement, à Douala.

Un dialogue relancé après six ans d’interruption

La douzième session du Cameroon Business Forum (CBF), plateforme de concertation entre pouvoirs publics et secteur privé, s’est tenue les 22 et 23 octobre 2026. Le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, a présidé les travaux. Le rendez-vous réunissait près de 300 participants, selon le compte rendu publié par Cameroon Tribune et les informations du Conseil national des chargeurs du Cameroun.

Cette reprise intervient six ans après la session précédente, organisée en octobre 2020. Le président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), Célestin Tawamba, a jugé que plusieurs recommandations antérieures étaient restées sans suite suffisante. « Le problème, c’est l’exécution », a-t-il déclaré, selon le compte rendu de clôture du forum publié par Économie du Cameroun.

Son diagnostic porte sur des obstacles concrets : l’état des routes, l’accès à l’énergie, la fiscalité, le financement, la justice commerciale et la sécurité foncière. La formule « le pays est à l’arrêt » exprime le point de vue du patronat ; elle ne décrit pas, à elle seule, l’ensemble de l’activité économique. Les services et l’industrie manufacturière continuent de soutenir la croissance, selon la Banque mondiale.

Des fragilités structurelles, mais une économie qui continue d’avancer

Les indicateurs macroéconomiques nuancent le constat sans effacer les difficultés. La Banque mondiale estime la croissance camerounaise à 3,4 % en 2025, tandis que le Fonds monétaire international (FMI) l’évalue à 3,5 %. Ces estimations diffèrent légèrement, mais les deux institutions décrivent une activité modérée, freinée notamment par les lacunes d’infrastructures, la faiblesse des exportations et les contraintes d’investissement.

Les moyennes nationales ne racontent toutefois pas toute l’expérience des entreprises. Les grandes sociétés peuvent parfois absorber des retards ou financer des solutions de remplacement. Pour une petite entreprise, une panne, un transport plus long ou un paiement tardif de l’État peut peser directement sur les salaires, les stocks et la capacité d’emprunt. Dans le secteur informel, où les marges et l’accès au crédit sont souvent limités, ces coûts sont particulièrement difficiles à amortir.

Le pays dispose aussi d’atouts productifs et de secteurs qui progressent. La Banque mondiale relève le rôle des services et de l’industrie manufacturière dans l’activité récente, ainsi que le soutien apporté par la consommation, l’investissement et les exportations de cacao. L’enjeu est donc moins de déclarer l’économie immobile que de comprendre pourquoi cette activité ne se traduit pas assez vite en emplois de qualité, en production locale et en gains de compétitivité.

À l’échelle régionale, le Cameroun est l’une des six économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui partage notamment une monnaie commune. La Banque mondiale estime que la croissance de la CEMAC a ralenti à 2,6 % en 2025. Elle souligne aussi la forte dépendance régionale aux hydrocarbures : environ 70 % des exportations de la zone en proviennent. Cette exposition rend la diversification et le développement d’activités productives hors pétrole particulièrement importants.

Quatre priorités, et la question du suivi

À la clôture du forum, quatre axes ont été retenus : simplifier les procédures administratives, accélérer les projets routiers et énergétiques, faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises au financement et renforcer la compétitivité des entreprises camerounaises. Le compte rendu du CBF précise que les recommandations doivent être accompagnées d’une matrice de suivi, indiquant les administrations responsables, les échéances et les indicateurs.

Cette annonce marque une orientation, pas encore la réalisation des réformes. Le patronat a également demandé un calendrier public pour régler les arriérés de l’État et rembourser les crédits de taxe sur la valeur ajoutée. Il a plaidé pour que, dans le budget 2027, les dépenses d’investissement progressent davantage que les dépenses de fonctionnement. Ces demandes mettent en jeu les finances publiques autant que la trésorerie des entreprises : leur mise en œuvre dépendra des arbitrages budgétaires et de la capacité des administrations à tenir des délais vérifiables.

Les travaux s’inscrivaient dans le thème de la transformation productive et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui vise à faciliter les échanges entre pays africains. L’accès à de nouveaux marchés peut ouvrir des débouchés aux entreprises camerounaises. Mais il ne garantit pas qu’elles pourront rivaliser si les coûts de transport, d’énergie et de financement restent élevés. L’accord continental ne remplace donc pas les réformes nationales ni les chantiers d’intégration au sein de la CEMAC.

La crédibilité se jouera dans les résultats

Pour les autorités, le forum offre un cadre pour coordonner administrations et secteur privé. Pour les entreprises, sa valeur se mesurera plutôt aux changements visibles : procédures plus rapides, infrastructures plus fiables, crédit plus accessible et paiements publics moins incertains. Les bénéfices ne seront pas répartis automatiquement. Une amélioration des grands axes peut aider les exportateurs et les transporteurs, tandis que les petites entreprises locales auront aussi besoin de financements adaptés et de règles administratives prévisibles.

La prochaine étape sera donc la publication et l’application de la matrice de suivi annoncée. Elle permettra de distinguer les engagements des décisions effectivement exécutées. Dans une économie camerounaise qui reste active mais freinée par des contraintes persistantes, cette différence déterminera si la reprise du dialogue public-privé débouche sur des améliorations concrètes — et si les entreprises peuvent mieux contribuer à l’industrialisation et aux échanges régionaux.